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J-26 avant la décision concernant le tram-train

31 mai : Oui au tram-train de La Réunion

Céline Tabou / 5 mai 2010

L’inquiétude grandit dans le secteur du BTP de l’île de La Réunion, et du côté des travailleurs concernés par le projet du tram-train. Ayant promis de s’exprimer « abondamment » sur ce sujet, le nouveau président de la Région n’a toujours rien dit. Le projet n’est pas à son commencement, mais bien en cours d’opération. Son arrêt brutal entrainera des conséquences graves à La Réunion.

Le 31 mai est la date butoir accordée par le groupement Tram’Tiss pour lancer la dernière étape de la première phase du chantier du tram-train. Ce 31 mai est en effet la date à laquelle une solution doit être trouvée pour le financement par l’État d’une dotation ferroviaire, ou d’une recette équivalente, pour payer la redevance due à Tram’Tiss.

Les enjeux du tram-train

Un calendrier précis a été défini depuis 2006, lors de la prise de décision par la Région d’engager un Partenariat public privé (PPP). Celui-ci allait des Accords de Matignon précisant un soutien financier de l’État pour réaliser le tram-train et la route du Littoral sécurisée, en janvier 2007, la Déclaration d’Utilité Publique (DUP) communiquée en mars 2008, la signature du contrat de Partenariat public-privé en décembre 2008, jusqu’au début de la dernière partie du chantier de la première phase en 2010. Cependant, la venue de la nouvelle Direction à la Région a remis en cause tout le calendrier.
Le projet Tram-train possède cinq axes majeurs visant à améliorer la vie des Réunionnais, et à relancer l’activité à La Réunion. Il s’agit tout d’abord d’une alternative au "tout voiture", une amélioration de l’offre des réseaux de transports, relier les Hauts aux Bas. Ensuite, c’est revoir l’aménagement du territoire de sorte qu’il puisse répondre au million d’habitants en 2030, en adéquation avec le SAR (Schéma d’Aménagement Régional). Ce projet va non seulement relancer l’activité, mais être un transport propre possédant une approche culturelle particulière. Il s’agit de permettre à la population de s’impliquer dans les aménagements prévus, avec la création d’un Comité Culturel, et un « travail de mémoire sur le ti train et son histoire ».
L’enjeu essentiel de ce projet Tram-train est environnemental. Il est construit de sorte que les milieux naturels de l’île soient préservés, et que des études soient lancées en collaboration avec l’ensemble des acteurs écologistes de l’île, pour protéger la faune et la flore réunionnaises. Enfin, le dernier point est l’excellence réunionnaise sur le plan international. La réalisation de ce projet concerne non seulement l’économie de l’île, mais également des entreprises internationales qui contribuent indirectement à la réalisation du tram-train.

Un projet acté

Mercredi 2 décembre 2009 a été signé un contrat de partenariat entre la Région Réunion et le groupement Tram’Tiss avec l’approbation des conseillers régionaux : 27 voix pour, 9 contre et 4 abstentions. Le coût du tram-train est évalué à 1,5 milliard d’euros, financé par le groupement Tram’Tiss, qui réunit les géants mondiaux Bouygues, Bombardier et Véolia, pour un montant de 600 millions d’euros, l’État apporte 435 millions, la Région 350 millions et l’Europe 100 millions.
Les investissements entrepris par la Région, les entreprises collaboratrices et les petites et moyennes entreprises réunionnaises sont bien présents, et sont aujourd’hui remis en cause.
C’est d’ailleurs pour cette raison que le président du groupement Tram’Tiss, Inouk Moncorgé, a annoncé dans une lettre adressée président de la collectivité que « Le contrat de partenariat liant notre société à la Région pour 45 ans a été conclu le 2 décembre et 2009 et il est exécutoire ».
Cela signifie que Tram’Tiss n’est pas prêt à lâcher un marché de 1,6 milliard d’euros, avec la crise actuelle. Tram’Tiss a ajouté : « Il nous semblerait en effet peu opportun pour les Réunionnais, pris en qualités tant d’usagers que de contribuables, de voir ce projet abandonné et les finances de la Région lourdement grevées par une décision qui s’analyserait comme une résiliation pure et simple du contrat avec toutes les conséquences induites ».
D’autant que l’abandon du projet serait une « résiliation pure et simple du contrat » entre la Région et Tram’Tiss. Cette résiliation constituerait un motif de sanctions financières importantes, selon l’Agence France Presse, le groupement Bouygues, Bombardier et Véolia pourrait réclamer au moins 200 millions d’euros à la Région, au titre du manque à gagner.

La question de la dotation ferroviaire

De son côté, le gouvernement s’est engagé à soutenir le projet. Le Premier ministre François Fillon, dans un courrier, avait évoqué « la garantie de l’État aux emprunts jusqu’à hauteur de 800 millions d’euros, un prêt de 270 millions d’euros et la transformation de 190 millions d’euros de défiscalisation en aide directe ».
Par la suite, de nombreux responsables politiques avaient fait part de leur approbation pour la réalisation du tram-train. Marie-Luce Penchard, ministre de l’Outre-mer, le président de la République, Nicolas Sarkozy, et la première secrétaire du Parti Socialiste, Martine Aubry, avaient assuré lors de leur visite dans l’île le bienfondé du tram-train, et l’obtention « sans tracas » de la dotation ferroviaire.
Concernant la demande de la dotation ferroviaire, François Fillon avait précisé dans une lettre adressée à Paul Vergès, à la veille de la séance plénière décisive, que le délai d’ici le 3 décembre est trop court pour qu’une solution législative soit trouvée, mais il a dit que l’État prendra acte de la décision de la Région, et que l’État continuera à soutenir loyalement ce projet.
La sagesse de Tram’Tiss d’accorder un délai à l’État pour légiférer sur la dotation ferroviaire, d’un montant de 80 millions d’euros sur 40 ans, « aura permis aux Réunionnais de s’exprimer largement en faveur du tram-train », a déclaré Paul Vergès en décembre 2009. En effet, 78% des Réunionnais sont pour le tram-train, ont révélé les résultats du sondage "Louis Harris" diffusé le 8 mars 2009 par "Le Quotidien". Les sondés expliquent que le projet relancera l’économie de l’île, et créera des emplois.

Céline Tabou


L’attente des riverains devient longue

Le flou autour du projet Tram-train se se fera, se fera pas, met les nerfs des expropriés à vif. Ces derniers veulent savoir clairement si le projet va bel et bien être annulé, et surtout quand. Arrivé à la Région, Didier Robert avait martelé que le projet du tram-train ne se ferait pas en l’état. Aujourd’hui, c’est blackout, le nouveau président de la Région tarde à donner des réponses aux expropriés. Parti en France pour renégocier les Accords de Matignon (qui concernent le tram-train et la route du Littoral), Didier Robert a indiqué mercredi 21 avril, lors de la première Assemblée plénière de la Région, qu’« il n’y a aucun dossier compliqué. Il n’y a que des dossiers qui demandent réflexion. Je m’exprimerai là-dessus au moment opportun ».
Cette situation rappelle celle vécue par les 55 familles de Saint-Denis, là où le Pôle Océan devait être construit. 16.000 mètres carrés de surface étaient réservés pour la réalisation de ce centre commercial, dont le permis de construire avait été déposée en 2006. De nombreuses infrastructures ont été déplacées, et des entreprises et particuliers ont été expropriés. Aujourd’hui, le vide fait place au Pôle Océan, et les contribuables voient chaque jour un tas de terre laissé à l’abandon.
Certains riverains attendent d’avoir la confirmation définitive de l’arrêt du projet pour garder leurs biens, mais parmi eux, certains habitants de la Grande Chaloupe sont déçus de ne pas quitter les lieux, car ils avaient accepté de partir et de devenir propriétaires de leur nouvelle maison, dans le cadre de la location-vente.


Gilbert Annette annonce que le tram-train se fera

Dans un entretien accordé à Festival, mardi 4 mai, le maire PS de Saint-Denis a annoncé son soutien au projet du tram-train. Cette annonce est quelque peu ironique, d’autant plus qu’il faisait partie des détracteurs du tram-train, car idée de son rival Paul Vergès. Avant l’élection présidentielle, il avait clairement pris position contre le Protocole de Matignon, et par la suite remis en cause le financement du tram-train. Ce retournement de situation serait dû aux mauvais résultats qu’il a récoltés dans sa commune lors des élections régionales : malgré la présence d’une demi-douzaine d’adjoints au maire de Saint-Denis, la liste PS est arrivée 3ème aux deuxième tour des Régionales, loin derrière l’UMP et l’Alliance.


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