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Jean-Hugues Suzanne : « Un parti moderne, ouvert et ambitieux, sans prêt-à-penser »

Geoffroy Géraud-Legros / 26 octobre 2012

Qu’attends-tu de la reconstruction ? A cette question, Jean-Hugues Suzanne, secrétaire de la section de la Petite-Île nous a répondu par sa vision. Celle d’un militant engagé dans la reconstruction du PCR en milieu rural, avec réalisme mais surtout, avec espoir.

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« J’attends un parti moderne, ouvert, ambitieux. Moderne : un parti qui rassemble les gens, qui soit imaginatif. Pour reconstruire, nous devons proposer des solutions. L’arrivée d’un million d’habitants impose une réflexion renouvelée, d’autant plus qu’avec 30% de chômeurs, La Réunion accuse de graves retards structurels. Le PS propose des contrats d’avenir : c’est bien pour pallier l’urgence, mais ce n’est pas suffisant, pour faire face à un chômage structurel. Pour ce qui est des propositions, le PCR a toujours une longueur d’avance. Ce programme, il faut le faire partager, en admettant le débat : cela ne doit pas être prêt-à-penser. Pour l’instant, la population ne s’est pas approprié notre vision. Voilà à quoi doit travailler la reconstruction ! Nous faire entendre, militer, porter la parole, face aux médias qui ne nous font pas de cadeaux. Nous avons un journal, mais force est de constater qu’il n’a pas l’audience nécessaire… Sans doute faudra-t-il revoir la manière dont est fait « Témoignages », aider pour être accessible au plus grand nombre. J’essaie pour ma part d’être sur le terrain toute la journée ; et cela donne de l’espoir, car il y a une écoute, les gens prennent en compte nos propositions.

 
« Le Parti doit accepter le débat »

Pour faire progresser le débat, il est selon moi nécessaire de remettre en place des lieux d’échanges, quelque chose comme les cellules d’autrefois… A trois ou quatre, on parle, on discute. Dans les grandes réunions, les militants sont intimidés. Ouverture : le Parti doit accepter le débat, et accepter le débat, c’est accepter la contradiction. Je prends pour exemple la surrémunération. C’est un vaste débat, il y a 20% de fonctionnaires dans notre section, la plupart d’entre eux sont issus de l’Education nationale. Comment faire comprendre, lorsque nous militons, que les fonctionnaires ne sont pas les boucs émissaires de la réflexion sur la surrémunération ? Il n’est pas facile de faire comprendre la position du Parti, et c’est l’un des domaines sur lequel il doit y avoir un vrai débat, un débat qui accepte les contradictions et les arguments. Il ne faut pas, lorsqu’on parle d’apartheid social, qu’on apparaisse comme ceux qui accusent et stigmatisent…
Enfin, je souhaite que nous reconstruisions un Parti ambitieux. Si nous sommes un Parti de combat, le but est évidemment d’exercer des responsabilités politiques. Mais si nous y parvenons, gardons à l’esprit que cela procure surtout des devoirs. Le communiste doit être exemplaire : respecter les règles du Parti, avoir un rapport assaini à l’argent. Et sur le plan politique, il faut aussi être honnête : faire le maximum, parce qu’il faut aider notre peuple, qui s’enfonce dans la pauvreté et le désespoir. Mais il faut aussi, vouloir faire évoluer le cadre général : parce que pour l’instant, on est bridés par le cadre existant, par le cadre imposé par la loi, par l’Etat, l’organisation administrative »…

 Propos recueillis par Geoffroy Géraud Legros 

« Entre communistes, l’honneur doit suffire »

« La première des valeurs, c’est l’intégrité intellectuelle de nous tous, militants et élus. Ainsi, dans le cas de ces derniers, les indemnités ne devraient pas poser problème. Au centre, il y a aussi la question de l’engagement quand on est communiste, on n’a pas besoin de signer des contrats avec un camarade. Il ne doit y avoir que des contrats d’honneur. Je crois aussi que l’aide que nous devons apporter au peuple doit aller au-delà de l’aide matérielle. Il faut travailler à donner une conscience politique à la population ; de par le fonctionnement de la politique, les gens perdent de leur dignité : ils sont dépendants du maire, des associations. Quand on doit tendre la main, on n’a plus de dignité. Faire prendre conscience de cela aux gens, c’est le premier pas du travail politique ».
« Une valeur, la solidarité dans notre section »

« Je ne suis pas de ceux qui ressassent les anecdotes d’anciens combattants, mais il y a une histoire que je voudrais raconter, car elle illustre une valeur du communisme : la solidarité. En 1967 : lors de l’élection qui opposait notre camarade Bruny Payet à Cerneau , il y a eu un échauffourée entre nous et la droite. Un home est mort et on en a profité pour enfermer 40 communistes. Une quinzaine d’entre eux ont été jugés. Et bien, quand ils étaient en prison, tous les camarades de Petite-Île ont repris leur exploitation, gratuitement, avec l’aide de camarades du Tampon, de La Rivière, de Saint-Joseph... Quand ils sont sortis, ils n’avaient rien perdu. Cette solidarité s’est organisée autour du parti, de la section ».
 
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« Le peuple de gauche a besoin d’un nouvel espoir »

Jean-Hugues Suzanne est né le 1e Aout 1952 à la Petite-Île, dans une famille communiste. Jeune homme, il milite au front de la jeunesse autonomiste réunionnaise (FJAR). En 1977, il s’envole pour Paris, où, lauréat du concours des PTT, il travaille jusqu’en 1986. Il milite en parallèle à la CGT et au Parti communiste français (PCF). Rentré à La Réunion, il revient au militantisme actif après un déclic, en 2010. « A Saint-Pierre, j’ai rencontré un camarade que je n’avais pas revu depuis 30 ans. C’était Alix Hoarau, avec qui j’étais au FJAR ; ce jour là, lu té porte semiz rouz ! Il m’a proposé de donner un coup de main aux Régionales, et je me suis trouvé plongé dans l’ambiance de la campagne. Puis, je rencontre un camarade de Petite-Île qui me dit : reviens sur Petite-Île. Je me suis investi. Je suis retraité depuis 2008, et il n’y avait plus de section. On est aujourd’hui à 50 cartes, et la dynamique est sensible ! 

Reprise des cartes

Aux législatives, nous avons mené une campagne courte mais efficace avec Elie. Nous avons organisé la reprise ou la prise de cartes chez les gens que nous avions rencontrés pendant la campagne…La commune est dirigée par un maire socialiste, qui se sépare de ses adjoints : il y a une forte instabilité politique, et le peuple de gauche a besoin d’un nouvel espoir. La Petite-Île, c’est une commune rurale, vouée à la culture de l’ail, des agrumes, de la canne. Les habitants sont souvent propriétaires de leurs logements ; la misère est moins visible, mais elle existe bel et bien. De nouveaux problèmes apparaissent ; ce sont par exemple les problèmes de la dépendance, avec l’allongement de la durée de vie. C’est aussi le problème des petites retraites : les planteurs, après une vie de travail, n’ont presque rien… Et bien sûr, il y a le fléau du chômage : de plus en plus de jeunes gens sont formés, diplômés. L’école avant donnait accès à un emploi. Aujourd’hui, trop de jeunes restent sur le bord du chemin »…

 GGL 


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