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Jean-Luc Mélenchon répond à l’AJFER

Election présidentielle

Témoignages.re / 13 mars 2012

Samedi dernier, l’Alliance de la jeunesse pour la formation et l’emploi à La Réunion a annoncé qu’elle soutiendra la candidature du Front de Gauche à l’élection présidentielle. Cette décision a été prise en fonction de la réponse apportée par Jean-Luc Mélenchon aux propositions de l’AJFER. Voici la lettre que le candidat du Front de Gauche a adressée à l’AJFER.

« Monsieur le Président, cher Gilles,
Lors de mon dernier déplacement à l’Ile de La Réunion, j’ai voulu rencontrer votre organisation qui mène un combat exemplaire pour la jeunesse réunionnaise, si durement frappée par le chômage. De cette longue rencontre, je garde le souvenir d’un échange riche et franc, au cours duquel de larges convergences se sont effectivement dégagées sur l’essentiel. J’en retiens aussi l’urgence brûlante d’agir concrètement pour répondre au droit légitime de la jeunesse réunionnaise de vivre et travailler au pays.
La jeunesse réunionnaise est sacrifiée par le modèle de développement actuel de l’Ile. Economie de comptoir, La Réunion dépend comme jamais dans son histoire des importations de la métropole. Elle laisse en jachère ses immenses atouts avec notamment l’abandon du projet d’autonomie énergétique par l’actuelle direction UMP du Conseil régional. Elle ne tire pas profit comme elle le devrait de sa position géographique dans l’océan Indien au cœur d’un monde au développement démographique fulgurant, où se trouvent de très nombreux francophones.
C’est pourquoi il n’y aura pas de solution au chômage des jeunes réunionnais sans une rupture franche avec ce modèle qui fait de La Réunion une base avancée des exportations françaises dans le cadre du libre-échange inscrit dans les traités européens.
Regardons la situation en face. La situation de l’emploi à La Réunion est la plus grave de France et de toute l’Union européenne. Les chiffres que vous rappelez, 29,5% de la population active au chômage, 60% des jeunes de moins de 25 ans sans emploi recouvrent des situations de souffrances sans nom. Les 50% de la population réunionnaise qui vit sous le seuil de pauvreté sont aujourd’hui devenus spectateurs de la vie des autres. Ce système ne peut tenir et je suis convaincu que la chaîne va craquer. Il n’y a pas d’avenir pour La Réunion qui ne passe par l’éradication de la pauvreté et du chômage de masse.

Mes propositions d’un nouveau modèle de développement s’inspirent des projets et réalisations portées par le meilleur de la société réunionnaise. Mon projet de planification écologique s’inspire de l’autonomie énergétique qui a été pensée chez vous. A La Réunion, la planification écologique permettra aussi de réduire l’usage de la voiture par un transport ferré, de protéger la biodiversité exceptionnelle de l’Ile qui est un patrimoine pour toute l’Humanité, de relocaliser le plus grand nombre possible de productions, notamment industrielles. Ce sont des milliers d’emplois à la clé, certains d’entre eux hautement qualifiés. Ainsi tous les jeunes de La Réunion, parmi lesquels ceux qui ont accédé par leurs efforts à un haut niveau de qualification peuvent trouver à se rendre utiles à leur Ile. Bien sûr, il faudra faire évoluer la carte des formations, donner les moyens nécessaires aux établissements d’enseignement professionnel, à l’Université, développer la formation professionnelle, restaurer le service public de l’emploi sinistré par Sarkozy. La planification écologique devra donc intégrer une planification des besoins de formation car ceux-ci vont à la fois augmenter et se transformer.
Il s’agit d’initier un développement propre de l’Ile, d’assurer ses autonomies en affrontant dans tous les domaines les liens de dépendance qui l’entravent. C’est pourquoi il ne peut être question de pourvoir à ce grand besoin d’emplois par un recours au marché mondial des travailleurs, comme le font tant d’entreprises ici depuis la métropole, et comme le font à l’échelle du monde entier les Etats-Unis d’Amérique. La Réunion doit assurer la formation et l’insertion professionnelle de ses jeunes à hauteur de ses besoins de développement. Tous les jeunes réunionnais doivent pouvoir accéder à un emploi. Parce qu’elle est située à 10.000 kilomètres de la métropole, le nouveau modèle de développement que je défends implique donc pour l’Ile de La Réunion une priorité politique à l’emploi local.

Je suis certain qu’il y a aussi d’autres viviers d’emplois. La situation démographique de La Réunion appelle également un renforcement des services publics, dans tous les domaines. La satisfaction des besoins du million d’habitants que comptera l’ile d’ici quinze ans nécessite une politique de rattrapage fortement génératrice d’emplois, notamment pour la jeunesse réunionnaise formée et diplômée. Cet objectif ne sera possible que par la remise en cause, au niveau européen, des politiques d’austérité imposées aux peuples de l’Union européenne et à la France. Avec l’ensemble de mon groupe au Parlement européen, je me suis opposé à ce coup d’état financier visant à inscrire dans le marbre la stabilité budgétaire et par là-même à mettre en cause les services publics. Avec ce traité Sarkozy-Merkel accepté par les sociaux-démocrates en Europe et en France, c’est la fin pour les Outre mers de toute politique de rattrapage. Il y a là une contradiction sur laquelle mes concurrents et adversaires auront à s’expliquer.
Je pense aussi aux potentialités offertes par l’ouverture de La Réunion sur l’océan Indien. C’est un nouvel horizon pour les jeunes de La Réunion, sur le plan culturel comme économique et ceux-ci doivent devenir les principaux acteurs d’une politique de co-développement.

J’accueille aussi positivement la proposition faite par de nombreux élus de La Réunion et par votre organisation de développer l’économie sociale et solidaire. Comme vous le rappelez, les besoins sont immenses dans de nombreux domaines et c’est là encore un gisement d’emplois considérables notamment dans le domaine de l’environnement, du tourisme, des aides à la personne. C’est aussi une condition d’un environnement économique lié d’une manière saine au territoire. Une société coopérative n’a pas d’autres actionnaires que ses salariés. Les flux financiers qu’elle génère sont consommés et investis sur place. Elle donne logiquement la priorité à l’emploi et à sa qualité, contribuant ainsi bien davantage au développement humain local.
Je sais enfin l’attachement de votre organisation à la prise des responsabilités, notamment politiques, par les jeunes. Je soutiens pleinement cette aspiration qui se retrouve dans notre proposition d’instauration d’une Sixième république. Je propose qu’une nouvelle Constitution soit élue par une Assemblée constituante à laquelle les prochains élus à l’Assemblée nationale ne pourront se présenter, et dont les membres ne pourront être parlementaires par la suite. Je défends le non-cumul des mandats qui peut contribuer à l’émergence de toute une nouvelle génération aux responsabilités.
Je vous renouvelle mon soutien et mon estime pour le juste combat que vous menez pour les jeunes.

Bien fraternellement »,

Jean-Luc Mélenchon


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