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Jeunesse réunionnaise : le temps de la parole

L’Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion

Geoffroy Géraud-Legros / 17 octobre 2009

Jeudi dernier, un groupe de jeunes a annoncé la création de l’Alliance des jeunes pour la formation et l’emploi à La Réunion. Le temps d’une réunion publique, ces porte-parole de la génération qui vient ont eu un échange privilégié avec le Président de la Région.

Ils se nomment Béatrice, François, Gilles, Eddie, Yannick, Laurence. Ils viennent de Saint-Louis, de l’Etang-Salé, de Saint-Pierre, du Tampon. Ils sont jeunes travailleurs, chômeurs, étudiants. Agés de 19 à 30 ans environ, ils présentent le visage d’une jeunesse réunionnaise contemporaine bien différent des clichés de dérive et de perte de repères qui circulent dans les médias.
Désirant regarder leur avenir en face, ils se sont réunis pour, ensemble, avoir prise sur leur futur, et rechercher des réponses aux grands problèmes qui se posent à leur génération. Ces interrogations, ils ont choisi de les partager avec le Président de la Région Réunion, Paul Vergès, au cours d’une réunion publique qui a réuni près de 1.000 personnes.
L’éducation à la santé, le devenir des agriculteurs, le développement des transports en commun, l’emploi : ce sont tous ces sujets qui ont été évoqués par les jeunes devant le Président de la Région.
Répondant à ces interrogations, Paul Vergès a montré à quel point les défis auxquels sont confrontés ces jeunes sont imbriqués dans les grandes transformations du monde d’aujourd’hui… et que la génération nouvelle était capable d’y faire face.

Un monde en révolution(s)

Trois courants majeurs parcourent la planète, et transforment irréversiblement les conditions de vie de l’humanité. C’est tout d’abord une révolution démographique qui se déroule sous nos yeux : nous sommes aujourd’hui 7 milliards à peupler un monde qui ne comptait que 2 milliards et demi d’habitants en 1950. Alors que la population européenne vieillit, la Chine et l’Inde émergent comme géants démographiques. En 2050, l’Afrique, voisine de La Réunion, comptera 1 milliard 800 millions d’habitants. Plus près de nous encore, Madagascar comptera 28 millions d’habitants en 2025, et atteindra 42 millions en 2050. Dans notre île, la croissance du nombre d’habitants est vertigineuse : passée de 250.000 habitants en 1950 à près de 800.000 aujourd’hui, la population réunionnaise s’élèvera à 1 million à l’horizon 2025. Cette explosion, a souligné Paul Vergès, pose un problème immédiat : comment nourrir une population mondiale qui ne cesse de croître ? Comment nourrir 9 milliards d’hommes et de femmes en 2025 ? Comment nourrir La Réunion du million d’habitants ?
Parallèlement au problème démographique, la jeunesse devra affronter les conséquences du changement climatique. Fonte des glaces, réchauffement des océans, sécheresses, violence accrue des cyclones et des tempêtes : les implications de ce processus sont immenses, et n’épargneront pas les Réunionnais. Ceux-ci doivent dès aujourd’hui anticiper la montée des eaux en zone côtière, la destruction des barrières de corail sous l’effet de la chaleur croissante des océans, ainsi que les risques accrus de sécheresse et de cyclones…
A ces contraintes démographiques et environnementales s’ajoutent les contradictions issues de l’accélération de la mondialisation capitaliste… qui, déjà, frappe à la porte de la société réunionnaise. En effet, la conclusion des Accords de partenariat économique (APE), de même que la vraisemblable disparition en 2014 des prix garantis et des subventions qui protègent la production locale, vont dans un délai très court bouleverser l’économie déjà très fragile de notre pays, aggravant encore la pauvreté qui touche plus de la moitié de notre population.

S’emparer d’un moment décisif

S’ajoutant les unes aux autres, ces contraintes posent la nécessité, pour la génération qui vient, de poser les bases d’un développement durable et d’une meilleure répartition des richesses. Comment la jeunesse peut-elle relever ces défis ? Comment sera-t-elle en mesure, demain, de prendre en main le futur de notre pays ?
Les Etats-généraux ont été l’occasion d’une grande consultation des Réunionnais. Pourtant, les jeunes en ont été écartés : leurs propositions n’ont pas été intégrées au document final. La jeunesse ne peut se résigner au silence. Comme l’y a appelée Paul Vergès, elle doit « prendre le pouvoir », dans cette période où s’engagent des décisions qui pèseront de manière décisive sur l’avenir de La Réunion.
La Réunion possède des atouts majeurs, dont la jeunesse doit se saisir pour affronter l’avenir.
La perspective de l’autonomie énergétique, qui devrait être atteinte en 2025, fournit ainsi à la jeunesse l’opportunité d’occuper des emplois et d’investir son énergie et sa créativité dans l’innovation. À titre d’exemple, le secteur de l’énergie solaire fournit un gisement d’emplois et d’initiatives, plus particulièrement dans le domaine de l’équipement des ménages en chauffe-eau solaires. L’autonomie alimentaire offre pour sa part l’occasion d’un nouveau départ aux enfants des planteurs, notamment par la diversification des cultures et la valorisation des terres.
Le recyclage et la transformation des déchets déclinent lui aussi une série de possibilités de création d’emplois.
Le développement durable passe aussi par une nouvelle définition des rapports entre les êtres humains : l’un des chantiers de la jeunesse sera de créer enfin dans notre pays de véritables structures d’aide, d’accompagnement et de solidarité envers la personne.
Cette accession des jeunes Réunionnais aux responsabilités se fera par l’accès aux positions où s’exerce la décision politique ; la jeunesse n’y parviendra pas sans rompre avec un modèle où les combats de chefs et le cumul des fonctions et des mandats priment sur l’intérêt général.

Geoffroy Géraud


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