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Jeux des îles : « Comoriens : Nous avons un avenir à bâtir ensemble… », écrit le Mauricien

Lu dans la presse chez nos voisins

Témoignages.re / 6 août 2015

Dans Le Mauricien du 4 août, Jean-Clément Cangy, journaliste bien connu de l’île sœur, livre son analyse sur le déroulement des Jeux des îles de l’océan Indien à La Réunion.

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Qu’elle était belle, la cérémonie d’ouverture de ces Jeux des Îles ! Un bel hymne à l’amour et à la fraternité ! Une célébration de nos îles plurielles. Une fête dit-on gâchée par le retrait des Comoriens qui mettent en avant que Mayotte aurait dû défiler lors de cette cérémonie derrière le drapeau des Jeux et non celui de France Océan indien. On peut comprendre la réaction des Comoriens quand il est question de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale. Ils ont toujours revendiqué leur souveraineté sur Mayotte, comme Maurice quand il est question des Chagos.

Si vous allez aux Comores, pays d’un islam soft, juste à l’extérieur de l’aéroport, vous êtes accueilli par un grand panneau avec cette affirmation : « Mayotte appartient aux Comores. » Le Comité i ternational des Jeux et le comité d’organisation des Jeux portent l’entière responsabilité de ce couac diplomatique retentissant, de cet affront fait aux Comores et aux Comoriens. Ils auraient dû trancher cette question depuis longtemps. Y a-t-il eu un coup de force de dernière minute de la France Océan indien dans le cadre de ce défilé ?

L’Histoire porte témoignage du refus constant des Comores d’abdiquer leur souveraineté sur Mayotte. Ancienne colonie française, les Comores, qui comprennent la Grande Comore, Anjouan, Mohélie et Mayotte, ont proclamé leur indépendance en 1975, mais la France a continué à occuper Mayotte. L’occupation de Mayotte par la France a été condamnée en au moins une vingtaine d’occasions et de résolutions de l’Organisation des Nations unies. À la suite d’une consultation en 1976, Mayotte a demandé son rattachement à la France, mais cette consultation n’est pas reconnue ni par les Comores ni par l’Organisation des Nations unies qui s’en tiennent à la résolution 3385 du 12 novembre 1975 de l’ONU qui rejette toute consultation ultérieure en territoire comorien par la France.

Depuis, les Comoriens sont régulièrement en butte à des tracasseries en ce qui concerne des visas pour entrer à La Réunion. Tout comme, d’ailleurs, les Malgaches et les Seychellois. Si les Mauriciens n’ont pas besoin de visas, ils doivent cependant montrer patte blanche, certificat d’hébergement, certificat d’assurance-voyage et leurs ressources financières pour séjourner à La Réunion aussitôt leur arrivée. Dans le temps, il suffisait d’une adresse dans l’île-sœur pour y entrer. Aux yeux des autorités réunionnaises à l’aéroport de Gillot, les Comoriens, les Malgaches, les Mauriciens sont des citoyens de deuxième zone, des misérables, des traîne-savates.
À ce chapitre, il faut reconnaître la faillite de la Commission de l’Océan Indien, incapable de faire reconnaître les droits des Comoriens, des Malgaches, des Mauriciens et des Seychellois en ce qui concerne leur libre circulation parmi les pays membres de la COI. Alors que la libre circulation des personnes et des biens est un des fondements de la coopération région et de l’entité qu’est la Commission de l’Océan Indien.

Pourtant, nous, peuples du sud-ouest de l’Océan Indien sommes convaincus que nous avons un avenir à bâtir ensemble, pour que l’Indianocéanie, formule littéraire chère à Camille de Rauville et reprise dans la sphère politique, économique et sociale par Pierre Yin, favorable à une coopération régionale basée sur la coproduction, ne soit plus un rêve fou.

Comme nous, Reynolds Michel est d’avis que pour que cet avenir à bâtir ensemble soit approprié pour tous, il convient de mettre en œuvre des mesures concrètes. Dans un article en date du 25 juillet 2014 dans Le Mauricien (Forum), Reynolds Michel écrivait : « Des propositions intéressantes ont été faites lors d’un Colloque organisé par la COI à l’Île Maurice, en juin 2013, notamment : une télévision régionale de la COI ; des études indianocéaniques dès le Secondaire dans toutes nos îles ; des stages à nos ressortissants dans chacune de nos îles ; la co-création culturelle et des spectacles qui tournent, etc. etc. Mais toutes ces mesures risquent d’être inefficaces si parallèlement le caractère dissymétrique des relations entre les îles ne cesse de s’accentuer, si la réciprocité n’existe pas dans les accords, si tous les habitants de nos îles ne sont pas traités de la même manière. C’est hélas notre situation actuelle ! Cette situation, vous la connaissez bien et elle ne va pas dans le sens de vos discours d’ouverture empreints d’humanisme et dans le sens des discours tenus actuellement sur notre « indianocéanité », « socle et tremplin de notre devenir ». Elle est surtout contraire à notre histoire indianocéanique et ses valeurs. Citoyen de cette zone du Sud-Ouest de l’Océan Indien et attaché à cet espace riche d’une histoire, à la fois de détresse et de fertilité interculturelle, je me permets humblement de vous inviter à prendre les mesures concrètes qui s’imposent pour favoriser la libre circulation des personnes par le biais d’une citoyenneté indianocéanique et impliquer nos populations dans la construction de cet « avenir à bâtir ensemble ». Sans participation citoyenne, il n’y aura pas d’intégration régionale porteuse d’espoir. »



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  • lire aussi cette bonne analyse parue également dans Le Mauricien :

    Les Comoriens sont remontés. Toucher à la souveraineté d’un État, sournoisement, en public, à l’occasion d’une célébration des valeurs de fraternité et de solidarité, c’était un coup bas. Prémédité ? Le Premier ministre français, Manuel Valls, de passage à Mayotte en juin dernier disait : « Les athlètes mahorais qui remporteront des épreuves chanteront l’hymne national, en tenue de l’équipe de France et sous le drapeau français »…
    La décision politique – et émotive, épidermique même – de l’Union des Comores est certainement compréhensible, à plusieurs égards.
    D’abord, le litige qui oppose les Comores et la France au sujet de Mayotte a valu à Paris des condamnations des Nations unies. Quand bien même les Mahorais ont préféré rester dans le giron français, le droit international coutumier interdit le démembrement d’un territoire, en l’occurrence l’archipel comorien, au moment de la décolonisation. C’est tout le drame chagossien et c’est aussi ce qui explique que nos frères Rodriguais soient restés Mauriciens.
    Ensuite, il y a la charte des Jeux des Îles. Elle est claire : Mayotte a été admise en 2005 selon les modalités suivantes : « Mayotte participe aux réunions de toutes les instances du Conseil permanent international des Jeux des Îles (CIJ) sans droit de vote avec voix consultative" et "en toute occasion et cérémonie nécessitant l’utilisation d’un drapeau, elle utilisera celui des Jeux et n’utilisera aucun symbole de l’État français (hymne et drapeau) ». Aux Jeux des Iles de 2007 à Madagascar et de 2011 aux Seychelles, les Mahorais – et la France – s’étaient accommodés, bon gré mal gré, du drapeau des Jeux…
    La charte a été bafouée, de manière unilatérale et sans consultations préalables. Et elle l’est encore avec la décision du CIJ de remplacer les hymnes nationaux par celui des Jeux. C’est une reculade qui ne dit pas son nom. C’est un camouflet, au passage, aux autres pays membres du CIJ pour sauver maladroitement l’honneur de l’hôte des Jeux - la France / Réunion – et de la délégation à l’origine de l’incident diplomatique – la France / Mayotte. Et le propos du ministre métropolitain Patrick Kanner, soulignant en creux la primauté des intérêts français au détriment de la charte des Jeux, n’est que le retour, du revers de la main, de la douloureuse gifle déjà infligée.
    La diplomatie française – de Paris ? de l’océan Indien ? – a fait preuve d’amateurisme en ne prévoyant pas la réaction prévisible des Comoriens. Pourtant, on sait combien le « visa Balladur », qui impose depuis 1995 des conditions draconiennes de contrôle migratoire entre Moroni et Mamoudzou, contraint des centaines de Comoriens, chaque année, à s’embarquer sur des kwassa-kwassa au péril de leur vie. Bon nombre y ont laissé la leur. Pourtant, on sait aussi combien les Comoriens sont attachés au retour de Mayotte dans l’Union (voir photo) d’autant plus que c’est la géopolitique qui a séparé des familles.
    Reste que Paris ne risque pas de lâcher Mamoudzou, chef-lieu du 101e département français depuis 2011. C’est le message que véhiculent les récentes visites du Président et des membres du gouvernement ces derniers mois. Car à bien y regarder, Mayotte offre près de 75000 km² de zone économique exclusive à l’entrée du Canal du Mozambique. C’est une position géostratégique qui tend à gagner en intérêt compte tenu des traces de gisements de gaz et d’hydrocarbures offshore dans la région.
    De fait, Paris – car c’est bien là-bas que se décide l’avenir de la « France de l’océan Indien » – impose au forceps Mayotte dans le cercle régional. Or, aucun des États de la région ne reconnaît explicitement Mayotte comme territoire français. D’autant que la France a d’autres litiges territoriaux non-réglés dans la zone, avec Maurice au sujet de Tromelin, avec Madagascar au sujet des Glorieuses… C’est toute la question du jeu de la France dans l’océan Indien qui se pose…
    Il est regrettable que la politique se soit invitée aux Jeux remisant aux derniers rangs l’esprit de solidarité et la fraternité. C’est d’ailleurs pour cela que la Commission de l’océan Indien – qui n’a rien à voir avec les Jeux organisés par le CIJ dont sont membres les États de la COI en plus de Mayotte et des Maldives – relègue les litiges territoriaux à leur juste place : au niveau bilatéral. Sans quoi, c’est toute la coopération régionale et ce sont toutes les festivités et activités communes qui s’en trouvent empoisonnées.
    Les 9e Jeux des Îles auront au moins permis de montrer qu’un petit pays, même dépendant de la solidarité internationale, ne transige pas sur sa dignité. Ça mériterait presqu’une médaille d’or…

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