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Jeux des îles : la politisation voulue par le gouvernement français tourne au fiasco

Le CIJ tente de sauver les Jeux à La Réunion, sa décision est méprisée

Manuel Marchal / 5 août 2015

Hier, le CIJ a tenté de sauver les Jeux à La Réunion en décidant de n’utiliser désormais que le drapeau et l’hymne des Jeux pour toutes les cérémonies de médailles. Nos voisins ont pris sur eux pour préserver l’essentiel. Mais cette décision a aussitôt été violée par trois athlètes mahorais ce qui a entraîné d’autres dérapages. Les trois athlètes seront-ils sanctionnés ? Cette sanction touchera-t-elle toute la délégation de Mayotte ? Que feront les délégations de nos amis Malgaches, Mauriciens et Maldiviens si la Charte des Jeux et les décisions du Conseil international des Jeux continuent à être méprisées ? La volonté du pouvoir français de politiser le plus important événement sportif de nos îles fait tourner ces Jeux au fiasco. Qui réparera les dégâts ?

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Manuel Valls et Patrick Kanner lors de leur tournée dans l’océan Indien au mois de juin. Quand le Premier ministre a fait sa déclaration péremptoire à Mayotte, en avait-il bien mesuré toutes les conséquences ?

Hier dans l’après-midi, le Comité international des Jeux des îles a publié le communiqué suivant :

« Suivant les décisions prises à la majorité lors de sa session du 2 août 2015 et le communiqué de presse diffusé le 3 août 2015 relatif au respect de la Charte et du règlement intérieur, les membres du CIJ, réunis ce mardi 4 août 2015 en session du CIJ, afin d’éviter les incidents sur le non-respect de la Charte et de l’article 26 du règlement intérieur, décident, à l’unanimité, pour cette présente édition des Jeux des îles, d’apporter les modifications suivantes :
1) Lors des cérémonies de médailles, pour la levée de drapeau, seul celui des Jeux sera hissé et seul, l’hymne des Jeux retentira.
2) Lors des présentations des équipes, seul l’hymne des Jeux retentira.
Ce dispositif a été adopté dans le but de préserver et d’assurer le bon déroulement de ces 9e Jeux des îles. »

Les pays de notre région ont pris sur eux pour essayer de sauver les Jeux des îles, compromis par leur politisation par le gouvernement français. En juin dernier en visite à Mayotte, le Premier ministre avait dit trouver normal que les athlètes mahorais défilent derrière le drapeau français et qu’ils puissent entendre l’hymne de la France en cas de médaille d’or. Cette déclaration d’un chef de gouvernement français entre en totale opposition avec ce que le mouvement sportif a réussi à construire.

Malgré la crise ouverte par la France en 1976 dans l’archipel des Comores, une solution avait pu être trouvée pour permettre aux athlètes mahorais d’avoir leur propre délégation aux Jeux des Îles. Elle s’inspire de celle qui existe aux Jeux olympiques pour les territoires dans la même situation. C’est de défiler sous les couleurs du drapeau des Jeux et d’utiliser l’hymne des Jeux. Cette solution a été acceptée par tout le monde, inscrite dans le règlement intérieur et la Charte des îles. En 2011, Mayotte était aux Jeux des îles des Seychelles, avait utilisé sous le drapeau des Jeux. Personne dans le gouvernement français n’avait alors trouvé à redire.

Les autorités françaises gâchent la fête

Mais cette année, la fête a été gâchée à La Réunion. Tout d’abord, les autorités françaises ont multiplié les tracasseries administratives à l’encontre des athlètes invités aux Jeux des îles. Le 28 juillet, le Parti communiste a dénoncé ce scandale et a affirmé sa solidarité avec les peuples de notre région. Deux jours plus tard, un communiqué de la Jeunesse réunionnaise engagée souhaitait la bienvenue aux invités, ce qui montrait que les discriminations subies allaient totalement à l’encontre du vivre-ensemble du peuple réunionnais.

Mais les autorités françaises ont persisté. À la veille de l’ouverture des Jeux des îles, elles ont interdit l’entrée dans notre pays à près du tiers des membres de la délégation des Comores. Une partie des sportifs de Madagascar étaient dans la même situation. Cela a entraîné l’annulation le 31 juillet de deux rencontres de football auxquelles devaient participer nos amis. Bien qu’ils ne soient en rien responsables de la situation, les équipes féminine des Comores et masculine de Madagascar ont été sanctionnées : match perdu par le score de 3 à 0.

Le lendemain 1er août, jour de l’ouverture des Jeux des îles de l’océan Indien, les responsables français ont semblé revenir à la raison. Ils ont débloqué la situation pour permettre aux athlètes invités aux Jeux en s’engageant à lever l’interdiction d’entrée à La Réunion pesant sur des dizaines d’entre eux. Cette décision de dernière minute a permis la présence de toutes les délégations à la cérémonie d’ouverture.

Nos voisins tentent de sauver les Jeux

C’est alors qu’est survenu un nouveau coup de théâtre. Mayotte a défilé sous le drapeau français, ce qui est un mépris de la Charte approuvée par tous les sportifs de l’océan Indien. Cela a entraîné le départ immédiat des athlètes comoriens du stade, suivis par les responsables de la délégation. Présent à la cérémonie, Patrick Kanner, ministre français des Sports, a fait encore augmenter la tension en ne condamnant pas la violation de la Charte, et en affirmant qu’il était normal que Mayotte défile derrière les couleurs de la France.

En conséquence, le gouvernement des Comores a dû agir. Un Conseil des ministres extraordinaire a été convoqué dans la journée même. Il a décidé le retrait des Comores des Jeux des îles 2015, le rappel de l’ambassadeur des Comores en France, et la convocation de l’ambassadeur de France aux Comores pour demander des explications.

Le lendemain, les couleurs françaises étaient hissées dans le stade pour saluer la médaille d’une Mahoraise.

Tout cela a entraîné une réaction des autres îles. Le Conseil international des Jeux a pris position le 2 août. À la majorité, il a pris acte de la décision des Comores et a demandé « le respect intégral de la Charte des Jeux des îles » ce qui veut dire par exemple que Mayotte doit utiliser le drapeau et l’hymne des Jeux et pas celui de la France. Obligation était faite aux Comités nationaux olympiques et aux CROS d’en référer leurs gouvernements respectifs.

Charte des Jeux et CIJ méprisés

Alors, pour sauver les neuvièmes Jeux des îles, nos voisins décident de renoncer à faire monter leurs couleurs et à faire retentir leurs hymnes. Cette décision est actée le 4 septembre à l’unanimité par le Comité international des Jeux des îles de l’océan Indien : désormais seuls le drapeau et l’hymne des Jeux seront utilisés.
Quelques heures après cette décision, trois athlètes mahorais remportent les trois premières places du concours du lancer du javelot. Ils montent sur le podium et chantent la Marseillaise au moment où l’hymne des jeux est jouée. Puis ils prennent un drapeau français. Cette nouvelle violation de la Charte adoptée par le monde sportif fait tout déraper.

À partir de ce moment, l’organisation est totalement débordée, incapable de faire respecter les décisions.

Ces dernières sont alors bafouées à de multiples reprises publiquement sur les podiums et ailleurs. C’est ainsi que la responsable de la Ligue de La Réunion de volley a choisi de pénaliser les quatre équipes encore en lice dans le tournoi féminin en refusant d’organiser les matchs. Elle justifie cette décision incroyable à la télévision en réponse à une sanction décidée par le CIJ à l’encontre d’une joueuse de l’équipe de La Réunion. Selon le Comité international des Jeux, l’athlète ne répond pas aux critères lui permettant d’intégrer la sélection de La Réunion. Pour la présidente de Ligue, « c’est une insulte vis-à-vis de La Réunion, c’est une insulte vis-à-vis de la France ».

Qui réparera les dégâts ?

Ces Jeux des îles sont en train de tourner au fiasco. Ce mercredi sera décisif. Les trois athlètes mahorais seront-ils sanctionnés ? Cette sanction touchera-t-elle toute la délégation de Mayotte ? Que feront les délégations de nos amis Malgaches, Mauriciens et Maldiviens si la Charte des Jeux et les décisions du Conseil international des Jeux continuent à être méprisées ?

La volonté du pouvoir français de politiser les Jeux des îles de l’océan Indien organisés à La Réunion ouvre une très grave crise entre La Réunion et ses voisins, et sème la division entre Réunionnais. À la différence des responsables politiques français qui ne sont que de passage, les Réunionnais vivent tous les jours à La Réunion, et le peuple réunionnais aura toujours pour voisins les pays qui participent aux Jeux des îles.
Qui réparera les dégâts ?



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  • Le changement de règle comme quoi il n’y aurait pas de drapeau ni d’hymne nationale n’est qu’une aberration. Et cela juste après que les comoriens soient parti ...
    En 1980, au Jeux Olympique de Moscou, plus d’une cinquantaine de pays ont boycotté les jeux pour cause politique face à l’attaque de l’Afghanistan par l’URSS. Ont-ils interdit les drapeaux et les hymnes pour autant ? Même pas.
    Idem pour le cas des J.O de Los Angeles en 1984.
    Les drapeaux et l’hymne sont les symboles d’une nation, on s’y bat pays contre pays et ne pas les afficher est juste comme si les athlètes y sont en leurs propres noms. Une décision tout simplement ridicule et puéril !!!

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