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Julie Pontalba : « Plaidoyer pour un 19 mars célébré, férié et payé »

Conférence du Parti communiste réunionnais sur le 71e anniversaire de l’abolition du statut colonial

Témoignages.re / 21 mars 2017

Ce 19 mars 2017, le PCR a organisé une conférence à Saint-Paul pour célébrer le 71e anniversaire de l’abolition du statut colonial à La Réunion. Deux interventions ont eu lieu. Première à prendre la parole, Julie Pontalba, membre du Comité pour un 19 mars célébré, est revenue sur les étapes qui ont amené à la promulgation, le 19 mars 1946, d’une loi mettant fin au régime colonial. Rappelant que dans toutes les anciennes colonies, la fin de ce régime est célébré, Julie Pontalba a souligné l’importance de faire du 19 mars un jour célébré, férié et payé et a proposé d’adresser aux candidats à la présidentielle un courrier leur demandant de prendre position sur cette question.

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Maurice Gironcel, secrétaire général du PCR, et Julie Pontalba, membre du Comité pour un 19 mars célébré.

Chers camarades,

Si nous sommes réunis aujourd’hui, c’est pour apprendre un peu plus sur l’Histoire de notre pays, de nout peuple. Aujourd’hui cela fait 71 ans que la loi du 19 mars 1946, dit aussi loi de la départementalisation, a été votée à l’unanimité à l’assemblé constituante.

Au PCR, nous affirmons, que c’est une date aussi importante pou notre pays, que le 20 décembre 1848. Et c’est la raison pour laquelle, depuis plusieurs années déjà, nous militons pour que ce jour soit fêté, férié et payé. C’est un devoir de mémoire et en même temps une reconnaissance vis-à-vis de ce qui a été accompli par nos ainés.

Pou mieux faire comprendre ce que nous affirmons, il est peut-être important et nécessaire de remettre en tête quelques dates historiques pour La Réunion.

La période de l’esclavage

En 1663, elle commence réellement a être habitée. A l’époque, elle ne s’appelle pas encore La Réunion. Ce sont 2 Français et 10 Malgaches qui viennent y vivre.

L’île est régie sous statut de colonie et elle est rattachée au service du Roi de France, par l’intermédiaire de Compagnies. Tout est fait ou produit selon les besoins de La France. Et très vite le régime esclavagiste est mis en place, alors qu’il est interdit en France. Si on ne connaît pas la date précise du début du peuplement de l’île par l’esclavagisme, par contre nous savons que c’est homme d’État, Colbert, ministre de la France qui a écrit le Code Noir, qui règlemente la traite des Noirs dans les colonies. permettant aux Blancs de soumettre et de maltraiter les Noirs.

Ce régime politique abominable perdure près de 2 siècles, jusqu’à son abolition en 1848.

C’est à partir de 1848 aussi que notre île prend définitivement le nom de “La Réunion”.

A partir de 1848,…et jusqu’en 1946, près d’un siècle, La Réunion vit sous un régime colonial direct.

Là encore tout est produit pour les besoins d’une métropole : La France.

Les conditions de vie sont très difficiles malgré tout : le taux de mortalité infantile très élevé, une espérance de vie d’une quarantaine d’années, très peu de médecins et d’écoles, quasiment pas de route, d’électricité, et d’eau courante. L’île manquait de tout. D’ailleurs on entend parfois nos ainés dire que « à l’époque l’argent navé mais navé point rien pou acheter, aujourd’hui na toute mais na point d’argent ». Le respect des cultes n’existe pas non plus. Ce régime dure jusqu’en 1946.

Le choix de sortir de la colonisation

En 1945 c’est la fin de la 2e guerre mondiale, la guerre 39-45. Le monde est bouleversé et doit trouver un nouvel équilibre. A La Réunion la situation est désastreuse, l’île est marquée par la misère et le rationnement durant la guerre. Il y a encore des personnes qui parlent de la souffrances de cette époque.

C’est dans ces conditions, de grande pauvreté et de dénuement, que Raymond Vergès et Léon de Lépervanche, se présentent aux élections législatives d’octobre 1945, sous l’étiquette du CRADS. Ils militent pour la fin de la colonisation d’une part, et pour l’intégration dans la République Française, d’autre part, pour pouvoir bénéficier de l’égalité des salaires, et du régime de protection sociale en vigueur en France. Face à eux, l’autre camps souhaitent rester sous le régime colonial.

Le 21 octobre 1945 la population vote en majorité, pour les 2 candidats du CRADS. Donc, ce jour-là, et pour la 1ère fois, les Réunionnais ont choisi leur voie, et leur choix a conditionné notre destin, aujourd’hui encore, 71 ans après. C’est dire l’importance de leur choix !

Arrivés, en France, les 2 Députés Réunionnais portent les mêmes revendications que les députés martiniquais, guadeloupéens, et guyanais. Ils déposent ensemble, la même proposition de loi, et, Le 19 mars 1946 une loi est votée, à l’unanimité de l’Assemblée Constituante, érigeant les « 4 vieilles », comme ont les appelait à l’époque, en départements français. Il y est clairement stipulé que toutes les lois appliquées en France le seront dans ces nouveaux départements.

Les Réunionnais y devaient donc, normalement, bénéficier des mêmes droits que n’importe quel autre citoyen français.

Bataille pour l’égalité

Nous savons que malheureusement dans la réalité, il n’y aura pas tout de suite les mêmes droits qu’en France, d’ailleurs aujourd’hui encore nous entendons parler “d’égalité réelle” comme un aveux officiel de l’échec de l’application de la loi de mars 46. 70 ans après.

Cependant il y eut quelques avancées immédiates quand même :

Le régime de la Sécurité Sociale en 1947

L’allocation aux vieux travailleurs en 1948

la dynamisation de la condition des fonctionnaires.

Et puis d’autres avancées arrachées par la lutte.

En 1959, le PCR est créé. La ligne du parti est d’une part de faire appliquer la loi puisqu’elle a été voulue et votée, et d’autre part de sortir du statut de ce département.

Des années de luttes se sont donc engagées dans un contexte très difficile.

Enfin, en 1986, le pouvoir n’a pas réussi, cette fois-ci, à empêcher Paul Vergès et Elie Hoarau, d’être élus députés. En 1987, ils démissionnent de leur mandat pour protester contre une loi votée par le Parlement remettant en cause la loi du 19 mars. Ils réclament le respect de la dignité des Réunionnais et que l’égalité sociale prévue par la loi depuis 40 ans soit enfin appliquée. Ce fut chose faite peu après. L’égalité sociale ce sont des centaines de millions d’euros chaque année pour les Réunionnais.

Quel bilan ?

Donc, au bout de 71 ans, que dire ? Nous constatons des avancées, c’est indéniable. Nos ainés demandaient surtout de meilleures conditions de vie pour tout le monde, une meilleure espérance de vie pour les enfants et les adultes, la protection sociale, des écoles, des routes praticables, l’alimentation des maisons en eau et en électricité, l’abolition de la famine et la sous-nutrition.

Tout ça, OUI, les Réunionnais l’ont obtenu. OUI au regard de là d’où nous sortons, nos conditions sont meilleures. Et il faut être capable de reconnaître cette part là. Nous ne sommes plus dans la situation coloniale directe.

Mais il faut aussi reconnaître, que fondamentalement, les inégalités et les injustices sont aggravées. Selon les termes du rapport de l’INSEE de août 2013, La Réunion est un département “hors norme”, en terme de chômage et de pauvreté. Il faut donc reconnaître la loi à sa juste valeur mais pouvoir constater qu’il est nécessaire de la dépasser.

19 mars aussi important que le 20 décembre

Du 19 mars, nous voulons retenir la rupture historique par rapport au régime politique d’avant, la colonisation. C’est exactement comme quand nous fêtons le 20 décembre, c’est bien l’abolition de l’esclavage que nous célébrons, pas la continuation du régime colonial, sous d’autres formes. D’ailleurs dans tous les pays du monde, la fin de la colonisation est fériée et fêtée, et c’est ça que nous réclamons, ni plus ni moins.

Nous pensons que cette date est aussi importante que le 20 décembre et c’est pour ça que nous militons pour que le 19 mars soit un jour férié et fêté parce que sans cela, cette partie importante de notre histoire sera oubliée. Aujourd’hui elle est quasiment inconnue. Si comme pour le 20 décembre, nous ne fêtons ce jour-là, nos enfants ne connaîtrons jamais le rôle des ainés, jamais tout ce que nous devons à ses personnes, et la fierté que nous pouvons avoir d’être Réunionnais.

La bataille peut être longue. Par exemple le 20 décembre 1848 a été reconnu seulement en 1983, près de 150 ans après l’évènement ! Nous espèrons que pour le 19 mars, cela va aller plus vite. Mais il faut prendre part à la bataille.

Les actions menées

Je voudrais vous dire que le Parti communiste prend toute sa part dans la lutte, pour cette reconnaissance de notre histoire et l’affirmation de notre identité. L’année dernière pour les 70 ans du 19 mars, le PCR s’est rassemblé à Sainte Suzanne et a sorti une brochure très complète de la situation. C’était en mars mais un mois avant, en février 2016, déjà Paul Vergès avait déposé en tant que sénateur, une proposition de loi pour réclamer le 19 mars célébré. En 2013, par exemple, c’est à Saint-Denis que le parti a tenu sa conférence devant plus d’une centaine d’invités.

Depuis 2009, il y a aussi un “Comité pour le 19 mars célébré” qui a été créé. Et ce comité a fait plusieurs conférences dans toute l’île, pour expliquer cette date et son importance. Mais le groupe demande a être étoffé et agrandi. Aussi je profite de l’occasion pour lancer un appel à toutes les personnes qui souhaiteraient apporter leur aide et de se faire connaitre pour rejoindre le Comité ! Ensemble nous seront certainement plus efficace.

Interpeller les candidats à la présidentielle

Et enfin, pour marquer notre conférence d’aujourd’hui et puisque nous sommes dans un contexte d’élection présidentielle, je voudrais vous proposer d’adresser collectivement un courrier pour les candidats à la présidentielle.

Mesdames, messieurs, chers camarades, je vous remercie pour votre attention, pour votre coopération, et votre engagement dans cette bataille. Je laisse la place à Maurice Gironcel, qui va vous parler de l’ère de la Responsabilité, après l’ère de l’Egalité.


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