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L’Abolition de la pauvreté, moyen et condition du développement

Le problème le plus grave de la société

Geoffroy Géraud-Legros / 1er décembre 2009

Au niveau global comme à La Réunion, l’actualité fait apparaître la faillite des systèmes basés sur l’accumulation de richesses qui se contentent de corriger les inégalités à la marge. C’est de la remise en cause de la pauvreté elle-même que viendra le développement.

La Réunion a passé près de la moitié de son histoire sous le régime politique de l’esclavagisme. La lutte pour l’Abolition s’était soldée par l’indemnisation des anciens propriétaires d’esclaves. Imposant des salaires très bas aux anciens esclaves, recrutant des engagés dépourvus du droit de vote, les dominants étaient parvenus, après 1848, à garder intacts leurs privilèges : l’esclavage aboli, deux mondes continuaient d’exister à La Réunion. A la suite des luttes sociales, l’ordre social fut de la société de plantation fut à son tour remis en cause par l’Abolition du statut colonial, le 19 Mars 1946.

Une société coupée en deux par la pauvreté

Cette fois, la tentative des dominants de conserver leurs privilèges et de retourner la transformation sociale contre les Réunionnais se heurta à la résistance populaire, qui prit une forme organisée en 1959 avec la création du PCR. La confrontation entre les héritiers de l’ordre ancien et la mobilisation de la population pour le respect des droits sociaux et politiques dura plusieurs décennies, faisant perdre à La Réunion de précieuses années dans la construction de son développement. Après la conquête de l’Egalité, malgré les immenses avancées matérielles et culturelles, La Réunion continue de souffrir de maux profonds. La pauvreté, qui touche 52% de la population, est le problème le plus grave que doit affronter notre société.
Deux mondes existent encore aujourd’hui à La Réunion : celui de ceux qui ont accès aux biens, aux services et aux loisirs, et celui du plus grand nombre, que la pauvreté relègue dans l’ombre.

Vaincre la pauvreté pour conquérir le développement.

Comment accepter pareille injustice, dans une société de droit, dont l’Egalité est censée constituer l’un des fondements ? Après l’Abolition de l’esclavage et celle de la colonisation, l’Abolition de la pauvreté est nécessairement la nouvelle étape que doit franchir notre pays.
L’urgence de la situation dans le domaine social et environnemental amène à repenser la question du développement. Aujourd’hui, celui-ci ne peut plus être envisagé dans la perspective d’un affrontement qui divise le peuple réunionnais. Il ne peut non plus se satisfaire des solutions peu ambitieuses d’hier, qui se limitent à "corriger » les effets pervers d’un système économique injuste…pour, au final, n’être souvent que des mesures d’accompagnement de la misère. Abolition de la pauvreté et lutte contre la crise économique ne peuvent plus désormais être conçues de manière séparée : c’est la mobilisation de toutes les énergies contre la pauvreté elle-même, par la construction des 30.000 logements sociaux nécessaires, l’équipement de la population, le développement des deux grands services d’intérêt général, qui constitue le terrain sur lequel se livrera la bataille pour le développement de notre île.

Geoffroy Géraud.


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