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L’Alliance dénonce un crime contre la mémoire du peuple réunionnais

À moins de 20 jours du 10 mai, la nouvelle direction de la Région vote contre la MCUR

Témoignages.re / 22 avril 2010

En réponse à la décision de la nouvelle direction de la Région de poursuivre le projet de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, Aline Murin-Hoarau est intervenue au nom de l’Alliance pour souligner les conséquences de cette décision qui va dans le droit fil d’une idéologie : priver le peuple réunionnais de son Histoire pour tenter de faire croire qu’il n’y a pas de peuple réunionnais. L’œuvre de l’effacement est déjà en marche, puisque toutes les réalisations faites par la Région depuis sa création ont été effacées du site du Conseil régional. Didier Robert renoue avec les méthodes d’un préfet qui brûlait toutes les archives ayant trait à l’esclavage qu’il trouvait sous la main. Mais aujourd’hui, Jean Perreau-Pradier est dans les poubelles de l’Histoire, tandis que le peuple réunionnais est plus que jamais vivant. Voici le texte de l’intervention d’Aline Murin Hoarau.

Mesdames, messieurs, chers collègues, monsieur le président, si j’ai bien compris, vous avez décidé de mettre un coup d’arrêt, d’assener un coup de massue en supprimant les dépenses, les crédits affectés à la culture sur d’autres projets qui n’ont rien à voir avec le patrimoine, la culture. Vous sortez du cadre culturel, une belle sortie de route avec de nombreux dégâts en répartissant ce budget d’abord sur les petits travaux routiers. Vous prenez donc le budget culturel à travers Ia MCUR pour faire des chemins.
Ensuite vous annoncez que 40 millions d’euros seront injectés sur les équipements culturels et sportifs. Au nom de la transparence, monsieur le président, quels sont les équipements culturels et sportifs concernés ? Quelles sont les communes concernées ? Et y a-t-il déjà des projets bien précis ? Quelle est la nature de ces projets ? Oui, vous allez me répondre « les modalités de mise en œuvre de cette mesure devront être précisées »... une conjugaison du futur qui traduit une irresponsabilité et un grand manque de rigueur dans l’utilisation du budget qui, après tout, s’il ne sera pas consommé, sera rendu à l’État.
Ensuite vous n’accordez que 3 millions d’euros à notre culture, à notre patrimoine, à notre mémoire, et pourtant, qui a dit le 26 mars dernier que « notre histoire, notre culture, notre identité métisse, nous la voulons vivante, expressive ». Or, là, elle est victime du paupérisme intellectuelle, une misère insolente. Je continue à vous citer : « nous sommes ici dans une terre d’expression, une terre où le vivre ensemble mélangé l’a emporté sur les oppositions blessantes, une terre de tolérance et d’acceptation des différences ». « Il y a des hommes et des femmes qui portent témoignage de notre histoire, un histoire douloureuse, mais aussi passionnante que vous ne souhaitez pas enfermer entre 4 murs ». Mais monsieur le président, vous êtes contradictoire car non seulement vous avez enfermé notre histoire, mais nous sommes revenus à l’époque du régime colonial. (…)

Une décision qui attise les divisions

Aujourd’hui, par votre décision, vous attisez les divisions. Nous avons une ligne de partage qui sépare ceux qui comme nos ancêtres s’engagent à donner aux Réunionnais la connaissance de leur histoire et de leur culture : une histoire qui puise ses racines dans 6 mondes : Madagascar et les îles, Afrique de l’Est, France et Europe, et les mondes musulman, hindou et chinois, et nous avons ceux qui veulent comme vous, monsieur le président, vouer les Réunionnais à l’assimilation, à l’ignorance, à l’artifice culturel : nous ne sommes plus les danseuses de personnes. Notre culture mérite d’être reconnue et surtout respectée car chaque Réunionnais reste fidèle aux combats menés par ses ancêtres. Et nous espérons que la demande de l’association créée trouvera un accord favorable de votre part pour ne pas payer les indemnités comme cela a été le cas pour l’arrêt du Zénith où il a 7 millions d’euros à payer aux différents entreprises et maître d’ouvrage.

Un retour aux années 50

En mémoire, monsieur le président, la construction du centre culturel Tjibaou est un signal fort pour montrer que ce centre a répondu aux inquiétudes en apaisant les tensions internes qui ravageaient le pays. Vous savez, quand il s’agit de paix sociale, quand il s’agit de préserver la cohésion, tous les efforts sont permis.
Je continue car les inquiétudes grandissent dans l’Éducation nationale où le Rectorat et les enseignants s’interrogent sur la décision que vous avez prise en supprimant les actions menées avec les écoles : 2.000 enfants bénéficiaient chaque année, dans le cadre du programme “Chemin la vie”, d’une connaissance de leur culture, de leur histoire, un programme qui leur permettait de découvrir les chemins de leurs origines multiples.
Vous avez aussi supprimé, c’est incroyable, nous n’avons jamais vu cela depuis les années 50, toutes les archives de plus d’une décennie disponibles pour tous les Réunionnais qui ont disparu sur le site de la Région.
Monsieur le président, l’époque de Perreau-Pradier est révolue : ne mettons plus à la poubelle la mémoire des esclaves, des engagés. “Respecte à nous”.


Un projet largement soutenu

Dans son discours, la conseillère régionale de l’Alliance a rappelé les nombreux soutiens à tous les niveaux qui appuient le projet de Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise.

On peut s’étonner quand on sait que Français Fillon considère la MCUR « comme un élément du dynamisme régional ». Et Nicolas Sarkozy, président de la République actuellement ; deux élus du parti politique que vous soutenez hautement, souligne à son tour que « cet équipement culturel permettra de favoriser l’expression de la diversité des cultures. Il saluait aussi un projet de grande envergure pour La Réunion et un musée à vocation nationale ».
Martine Aubry, en visite chez nous, a reconnu ce projet culturel comme un élément nécessaire pour favoriser la cohésion sociale.
Je rajouterais que plusieurs intellectuels, artistes, citoyens accentuent leur mobilisation pour soutenir la Maison des civilisations ; un véritable laboratoire. À l’heure où on érige en Polynésie un centre culturel qui exalte le caractère pluriel des identités de l’Outre-mer français, ici on démolit un projet réunionnais qui place La Réunion dans son ensemble économique de la zone, un projet qui célèbre de manière égale toutes les cultures, un projet qui est la locomotive du développement durable. Permettez-moi, monsieur le président, de dire que vos décisions politiques reflètent une attitude irresponsable, conservatrice.


Un gâchis pour La Réunion et la République

En refusant la poursuite du projet de la MCUR, la nouvelle direction de la Région prend une lourde responsabilité : elle compromet la participation de la République au dialogue des cultures.

La MCUR était un projet prêt à démarrer avec tous les contrats signés. C’est un projet où les crédits existent venant de l’Europe et l’État. De plus, la Région avait épargné plus de 61 millions, qu’allez-vous en faire ?
Vous mettez fin, et je me demande pourquoi, à un projet qui allait briser l’histoire du silence, un projet qui a pour objectif de valoriser notre culture, notre histoire. Les Réunionnais avait là l’opportunité de faire bénéficier à l’ensemble de la République de leur modèle de vivre ensemble salué par le monde comme un modèle de coexistence de partage. À l’heure où dans le monde, les affrontements religieux et ethniques déciment des civils, chez nous, dans notre île, c’est un modèle de cohésion. Cette diversité, ces différentes civilisations traduisent le miracle réunionnais.


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