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L’Alliance OSE le modèle réunionnais de développement durable

Présentation d’un projet économique basé sur l’Ouverture, la Solidarité et l’Excellence

Manuel Marchal / 25 février 2010

Maya Césari, Jean-Pierre Avril, Raymond Lauret, Emmanuel Lemagnen et Philippe Jean-Pierre ont présenté hier les priorités en matière économique du programme de l’Alliance. L’Alliance met l’accent sur l’innovation, ainsi que sur la valorisation des compétences et des potentiels réunionnais, qui sont autant de leviers pour un développement durable de La Réunion dans un environnement mondial en plein changement. Cette recherche de solutions sur le moyen terme s’accompagne de propositions pour répondre à l’urgence sociale via un plan réunionnais de relance pour le BTP.

Au cours des quatre prochaines années, La Réunion va connaître une nouvelle évolution importante dans ses rapports avec le monde. La période de l’économie de comptoir sera définitivement terminée. La Réunion n’échappera pas à l’ouverture des marchés, et à son intégration dans un ensemble mondial. Jusqu’à présent, notre île avait vécu le libre-échange avec la France, puis avec l’Europe. La mise en concurrence d’une économie sortie de 300 ans de colonisation avec celle d’un des pays les plus développés du monde a entraîné une quasi-disparition de l’industrie réunionnaise. Dans le cadre de cette première intégration, d’autres voies ont été explorées au cours des soixante dernières années. C’est notamment le cas de l’import-substitution, et de la transformation de l’économie de comptoir en économie de filière, soulignée par Emmanuel Lemagnen.
Mais au cours des quatre prochaines années, notre économie va connaître des changements de fonds. C’est tout d’abord la signature des Accords de partenariat économiques et ses conséquences (voir l’article de Sanjiv Dinama en page 8). Cet accord signifie l’ouverture de l’économie de La Réunion à la concurrence des produits fabriqués chez nos voisins. Cela signifie l’intégration de La Réunion dans une mondialisation dominée actuellement par les règles de l’ultralibéralisme. De cette orientation idéologique découle la remise en cause de plusieurs fondamentaux de l’économie réunionnaise. C’est tout d’abord l’octroi de mer, vue par les partenaires de l’Europe comme une taxe qui n’a pas sa place dans un monde dominé par « la concurrence libre et non faussée ». C’est ensuite la remise en cause des marchés d’exportation protégés pour notre économie, avec cette question : quel avenir pour la filière canne après 2014 ?

Anticiper des rendez-vous inévitables

En quelques années, ces changements vont bouleverser l’économie réunionnaise. Comment anticiper ces rendez-vous inévitables tout en apportant une réponse crédible à l’urgence sociale matérialisée par 52% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté ? C’est à partir de cette réalité que l’Alliance décline plusieurs projets qui visent à faire émerger à La Réunion une nouvelle économie, reposant sur des avantages comparatifs qu’il n’est pas possible de contester à notre île.
Décrits par Maya Césari, ces avantages sont la base d’une stratégie de développement. Cette dernière repose tout d’abord sur la richesse de la population réunionnaise en termes d’apports culturels. Tous ces différents apports expliquent pourquoi les Réunionnais ont toujours su faire preuve d’ingéniosité pour survivre dans des conditions difficiles. C’est tout d’abord ce "génie réunionnais" que l’Alliance propose de valoriser, dans le contexte de ce 21ème siècle qui n’est plus celui de l’époque post-coloniale.

Autonomie énergétique en 2025

Ensuite, l’Alliance construit son projet à partir d’une autre réalité héritée cette fois de la géographie. La Réunion est la seule région de l’Union Européenne située dans l’hémisphère Sud, et également seule région de l’UE dans l’océan Indien, la zone la plus dynamique sur le plan démographique. Un des axes de la stratégie économique de l’Alliance s’appuie donc sur le co-développement. Il peut se concrétiser par exemple dans la filière pêche, car à la différence de l’hémisphère Nord, les ressources de notre région sont encore bien là, et constituent un gisement d’emplois pour nos îles.
Le dernier point est la réalité naturelle de La Réunion. C’est la richesse de la biodiversité réunionnaise, et l’apport de son endémisme à un patrimoine mondial. C’est également l’exploitation de richesses présentes en abondance à La Réunion, et qui peuvent être converties en énergie : la mer, le soleil et le vent notamment. Maya Césari rappelle que le pari de l’autonomie énergétique en 2025 est plus que jamais maintenu.
Ouverture, Solidarité et Excellence, l’Alliance OSE le pari du développement durable de La Réunion du million d’habitants. Et pour cela, elle s’appuie sur les perspectives ouvertes par les expérimentations concrètes réalisées depuis 12 ans, et saluées au plus haut niveau, comme en témoigne la rencontre entre Rajendra Pachauri, président du GIEC, et Paul Vergès lors de la Conférence internationale de Copenhague sur le changement climatique.

Manuel Marchal


Raymond Lauret : « rassembler les compétences »

Raymond Lauret a commencé la conférence de presse en rappelant que la Région fait d’importants efforts en matière d’allotissement pour ouvrir au maximum la commande publique aux TPE.
Le président de la Commission d’appels d’offres de la Région souligne qu’« en période de crise, il y a nécessité de se prémunir », et il revient sur les prêts facilement accordés par les sociétés de défiscalisation à des petits entrepreneurs qui sont aujourd’hui en grande difficulté parce qu’ils remboursent d’importantes sommes.
Raymond Lauret note également que dès à présent, les changements annoncés sont déjà vécus par la collectivité. Il constate que lors d’un appel d’offres sur un marché d’assurances, une société de Lituanie a postulé de plein droit car elle est implantée dans un État membre de l’Union européenne.
« Les choses ne sont plus comme avant », souligne Raymond Lauret, qui note une convergence entre la société civile et le courant politique de Paul Vergès. Cette convergence se manifeste dans le fait de « rassembler les compétences ».


Philippe Jean-Pierre : « créer un Conseil du développement »

Professeur d’économie à l’Université de La Réunion, Philippe Jean-Pierre note que les enjeux devant nous passent par la réussite de plusieurs chantiers économiques. L’objectif est « d’apporter des réponses concrètes aux problèmes de La Réunion », et cela dans une vision cohérente entre le moyen et le long terme.
Il s’agit donc pour l’équipe de l’Alliance de « répondre aux enjeux transversaux » de « faire une politique cohérente », qui ne soit pas « gouvernée par le cycle électoral » afin de « sécuriser la trajectoire de l’économie réunionnaise ».
Cette politique économique s’organise à partir de grands axes. À partir de « la fin d’un modèle économique », il est possible de produire « de la croissance endogène pour du développement endogène ».
Philippe Jean-Pierre met donc l’accent sur une politique favorisant l’émergence d’une nouvelle économie, qui tient aussi compte du fait que « pas de croissance sans relance ». L’économiste présente également le projet de « créer un Conseil du développement », un outil qui permettra notamment d’avoir une vision en matière d’évaluation des politiques publiques, afin de mieux négocier avec les différents partenaires de la Région, et notamment l’Union européenne.
En conclusion, Philippe Jean-Pierre constate que pour accompagner son développement, La Réunion a besoin de « créateurs de consensus ». Car les enjeux de La Réunion méritent de dépasser les intérêts individuels.


Jean-Pierre Avril : La Réunion peut produire tout ce dont elle a besoin

Le président de Qualitropic rappelle tout d’abord que l’atelier sur le développement endogène a permis d’aller vers une vision partagée pour dire que La Réunion a des atouts pour moins dépendre de l’extérieur.
Et à la question de savoir si La Réunion a la capacité de produire les biens et les services dont elle a besoin, « la réponse est oui », précise-t-il.
Jean-Pierre Avril note que « La Réunion a déjà des expériences réussies ». Entre 1970 et aujourd’hui « nous avons transformé l’économie de La Réunion ». « Ce que nous avons réussi dans les conditions des années 70-80, rien ne nous empêche de faire plus et mieux dans les conditions de 2010 ». Mais « on ne peut pas faire plus et mieux en restant au même niveau de fonctionnement ».
Il est donc important de « décloisonner les compétences » en s’appuyant sur « des réussites dont on peut être fier », en tenant compte « des attentes importantes » et en se fixant comme ambition l’excellence.
Jean-Pierre Avril conclut en rappelant combien la volonté politique est nécessaire pour « oser les challenges » : « la volonté politique permet de transcender les challenges et d’aller plus loin ».


Emmanuel Lemagnen : « ne pas rater la reprise économique »

Emmanuel Lemagnen indique que « depuis peu, le Conseil régional gère tous les maillons de la chaîne » en matière d’économie. Ce changement a lieu au moment où la crise économique est devenue une crise sociale avec des drames humains.
Emmanuel Lemagnen appelle à « ne pas rater la reprise économique » et revient sur les mesures inscrites dans les propositions de l’Alliance pour traduire en actes cette volonté politique.
Tout d’abord, le budget 2010 est orienté vers le développement des TPE. Ensuite, l’Alliance plaide pour l’harmonisation du calendrier des grands chantiers entre l’État et les collectivités afin de lisser la commande publique pour éviter la succession de périodes de surchauffe et de trou d’air qui sont autant de catastrophes sociales.
Emmanuel Lemagnen met aussi en avant la proposition d’un Code de bonne conduite de la sous-traitance, afin qu’en cette période de crise, les sous-traitants des marchés attribués à une grosse entreprise qui a cassé les prix ne soient pas acculés à la faillite.
Emmanuel Lemagnen rappelle que l’éradication des radiers est un programme qui peut rapidement concerner l’ensemble des TPE. Afin d’accélérer la sortie de crise en utilisant cette proposition, Emmanuel Lemagnen demande que la préfecture puisse accepter la demande d’« un principe d’acclimatation des règlements en fonction du sens de la réalité locale ».
Il évoque également la nécessaire rencontre de la grande distribution et de la petite production : « chacun a besoin de l’autre ». Et de souligner que dans une économie de filière, la solidarité s’exerce entre les différents acteurs. « C’est un point fort de notre culture économique ».
Emmanuel Lemagnen plaide aussi pour « redonner une culture de fierté économique aux Réunionnais » et conclut en évoquant la formidable opportunité que constitue le fait que les touristes dépensent 40 millions d’euros en achat de souvenirs chaque année. 85% des produits sont importés, ce qui donne une très grande marge de progression aux productions réunionnaises dans ce secteur.


An plis ke sa

Où est le débat ?
Philippe Jean-Pierre constate l’absence de débat sur les questions économiques évoquées lors de la conférence de presse. Et de noter que du côté des adversaires de l’Alliance, les idées sont « très ponctuelles » et ne prennent pas en compte l’interdépendance de nombreux secteurs. Ainsi, 65% de l’investissement d’un grand chantier est injecté dans l’économie réunionnaise sous forme de salaires.

Où sont les autres partis pendant la crise ?
Emmanuel Lemagnen note que « nous avons traversé cette crise économique avec un total d’élus de certains partis politiques ». Autrement dit, des élus n’ont pas été à la hauteur des responsabilités confiées par le suffrage universel.


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