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L’Alliance propose l’alternative du co-développement

Face au rouleau compresseur idéologique et économique de la mondialisation ultra-libérale

Manuel Marchal / 6 mars 2010

La signature en octobre dernier d’un Accord de partenariat économique intermédiaire entre l’Union Européenne et plusieurs pays de notre région marque le début d’une nouvelle étape dans l’Histoire de La Réunion. C’est le début de son intégration dans une économie mondialisée, où tombent toutes les barrières de protection pour notre économie. La Réunion va-t-elle entrer dans une concurrence destructrice avec ses voisins, ou alors ce moment d’ouverture sera-t-il une opportunité pour construire une alternative à ce libre-échange ? Le co-développement est cette alternative proposée par l’Alliance.

Dans "Témoignages" d’hier, il a été décrit l’ébauche d’une stratégie de co-développement régional, reposant sur la recherche de complémentarités entre les pays de la région, en particulier les Comores, Madagascar, Maurice, La Réunion et les Seychelles. Deux secteurs étaient principalement abordés en mai 2008, lors du séminaire sur le co-développement durable des îles de l’océan Indien : l’autonomie énergétique et l’autosufisance alimentaire.
Les observateurs ont souligné que ce colloque a marqué une étape dans la construction d’une réponse commune aux défis de la mondialisation ultra-libérale. Cette rencontre s’inscrit dans un contexte que La Réunion n’a jamais connu.
Les relations entre La Réunion et ses voisins vont changer de nature. Cette évolution est inéluctable car imposée par un mouvement mondial. Afin que ses relations commerciales avec les anciennes colonies d’Afrique, du Pacifique et de la Caraïbe soient conformes aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’Union Européenne a mis fin aux accords dits préférentiels avec ces pays. Sont actuellement en négociation des Accords de partenariat économique (APE). L’APE qui concerne La Réunion et les pays voisins introduit une nouvelle relation. Les voisins ouvrent entre 80 et 100% de leur économie à l’Union Européenne, et en échange, l’Union Européenne ouvre la totalité de son marché. La Réunion est une région européenne, elle verra donc la totalité de son marché s’ouvrir à ses voisins, à l’exception de quelques produits qui pourront bénéficier d’une protection temporaire.
Comment peut alors évoluer le contenu de ces nouvelles relations ? Deux possibilités subsistent.
La première est l’application du libre-échange dans l’esprit des règles de l’OMC. Les pays de la région deviennent des concurrents, et cherchent à vendre à bon marché pour obtenir des débouchés en Europe. Les marchandises produites beaucoup moins cher chez nos voisins arrivent en masse à La Réunion, menaçant la survie de l’industrie réunionnaise.
L’alternative, c’est la recherche de complémentarités entre les économies de la région. Par exemple, puisque du foncier est disponible à Madagascar et que ce pays est confronté à la pénurie alimentaire, l’augmentation de la production alimentaire à Madagascar peut être un objectif partagé par tous les pays de la région. Ceci afin de raccourcir les circuits d’approvisionnement.
Les pays de la COI ont aussi une richesse partagée, c’est la pêche. Le développement des flottes de pêche et de l’industrie de transformation pourrait créer des dizaines de milliers d’emplois dans nos pays. Et par dessus tout, le co-développement, c’est la rupture avec les relations imposées par le modèle post-colonial. Proches culturellement et historiquement, La Réunion et ses voisins ont été séparés par la colonisation. Le co-développement est l’occasion de renouer des relations et de se rassembler pour être capables de relever ensemble le défi de l’intégration dans la mondialisation.

Manuel Marchal


Ce que propose l’Alliance

« Le co-développement durable »

« Cette stratégie de développement doit s’appuyer sur les atouts dont nous disposons pour tirer le meilleur parti d’une plus grande insertion de notre économie dans son environnement régional.

- Des pôles de complémentarité, notamment en matière de sécurité alimentaire, dans le secteur de la recherche, ou de la santé (CHU), peuvent être mis en place avec nos pays riverains, comme l’a démontré le séminaire sur le co-développement régional organisé par la Région en 2008.

- Le projet d’antenne de réception satellitaire, en construction à Saint-Pierre, s’inscrit dans cette perspective et représente un enjeu stratégique pour le partage des connaissances entre les pays de la COI

- La pêche et l’aquaculture représentent également des potentialités considérables de co-développement, dans un cadre régional. En conjuguant leurs atouts, les pays de la COI peuvent déployer une grande politique de la pêche dans cette zone du Sud-Ouest de l’océan Indien.

Cette politique de co-développement suppose que la Collectivité régionale dispose des moyens politiques de la mener, dans un cadre défini en cohérence avec les orientations de l’Etat. L’Alliance souhaite par conséquent que la compétence en matière de coopération régionale soit clairement attribuée à la Région et qu’elle dispose à cet effet des moyens des services de l’Etat et non l’inverse. Les orientations du CIOM s’inscrivent dans cet esprit, mais comportent des ambiguïtés qu’il convient de lever. »


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