Actualités

L’Alliance propose un front commun à la Région Réunion

Les déplacements à La Réunion

Manuel Marchal / 15 mai 2010

La date du 31 mai approche, et avec elle le risque de grands dangers pour La Réunion si jamais le projet de tram-train est remis en cause de manière unilatérale et brutale comme le laissent entendre les déclarations du nouveau président de la Région. L’Alliance a donc proposé hier à ce dernier de réaliser un front commun autour de la politique des transports dans notre île. Car désormais, Didier Robert est confronté à la réalité, et le tram-train n’est pas le projet d’un parti, mais de tous les Réunionnais. L’Alliance a donc décidé de lui proposer de « faire cause commune sur des problématiques de déplacements qui intéressent tous les Réunionnais ».

Hilaire Maillot, Pierre Vergès, Philippe Jean-Pierre et Raymond Mollard ont donné hier la position de l’Alliance concernant deux grands projets dont l’échéance de la décision approche : le tram-train et la route du littoral.
Ces deux projets sont liés par le Protocole de Matignon, signé en janvier 2007 par l’État et la Région. Il fixe la répartition du financement de ces deux grands projets, tout en ouvrant la possibilité à la collectivité d’emprunter à des taux extrêmement favorables auprès de la Caisse des dépôts et des consignations.
Pierre Vergès rappelle que le lancement du chantier de la première phase du tram-train avait besoin de la levée d’un dernier obstacle : la garantie l’abondement par l’État à partir de 2014 d’une ligne de crédit pour permettre le versement d’une redevance annuelle perçue par le groupement Tram’Tiss, constructeur et exploitant du tram-train.

L’échéance du 31 mai pour le tram-train

La recherche de cette garantie a introduit une clause suspensive dans le contrat de partenariat public privé signé le 2 décembre 2009. Cette clause court sur six mois. Donc, au 31 mai au plus tard, la Région doit en séance plénière prendre une décision. Soit elle a obtenu de la part de l’État un engagement permettant de garantir le financement de la redevance perçue par Tram’Tiss à partir de 2014 et dans ce cas le chantier est lancé définitivement, soit la Région n’a pas encore vu ses démarches aboutir, et d’un commun accord, la collectivité et le groupement d’entreprises Tram’Tiss décident de prolonger la clause suspensive durant une ultime période.
Tout autre décision, ou toute absence de décision de la part de la Région Réunion ne remettrait pas seulement en cause la crédibilité de sa signature vis à vis de ses partenaires européens, mais également ouvrirait la porte à d’importantes difficultés qui seraient supportées par le peuple réunionnais, et non pas par les auteurs de la non-décision.
Car, comme l’a rappelé hier l’Alliance, le délai supplémentaire accordé par la clause suspensive ne signifie pas que le tram-train est remis en cause, mais que la Région obtient un délai lui permettant de rechercher une solution avec l’autre partenaire du projet, le pouvoir central représentant l’État. Manifestement, ce n’est pas la voie choisie par Didier Robert. Ce dernier a en effet déclaré durant la campagne électorale qu’il voulait faire un référendum sur le tram-train une fois qu’il sera élu. Puis il se dit défavorable au projet sous sa forme actuelle mais va ensuite à Matignon pour demander au gouvernement de basculer les crédits d’État prévu sur le tram-train sur d’autre projet. Cela suscite aussitôt ce commentaire de RFO dans son journal du soir : « le tram-train est enterré ». Un commentaire et des déclarations qui à ce jour n’ont été confirmé par aucune déclaration officielle du gouvernement.

350 à 500 millions d’euros à payer

Si les propos tenus lors de cette opération de communication étaient suivis dans la réalité, alors La Réunion est exposée à un grave danger, et c’est là-dessus que l’opposition au Conseil régional tente d’éclairer l’actuelle direction.
« La remise en cause unilatérale du contrat de partenariat peut entraîner de la part du groupement Tram’Tiss l’introduction d’un contentieux contre la Région pour préjudice subi », précise l’Alliance. Et ce contentieux aurait de grandes chances d’aboutir sur la base des arguments suivants : « aucun effort de la Région afin de discuter avec l’État de solutions pour des efforts financiers partagés, déclaration d’une des parties consacrant la volonté de remettre en cause le projet, mobilisation de membres du groupement autour de ce projet… », et de citer notamment le gel de liquidités qui auraient pu être utilisés sur d’autres projets. Les indemnités que Didier Robert ferait payer aux Réunionnais seraient de 350 à 500 millions d’euros, si le président de Région arrivait à obtenir l’arrêt du tram-train.

Transparence et ouverture

C’est une somme considérable, et l’Alliance lance un signal d’avertissement à la nouvelle direction. Mais elle appelle à aller au-delà des clivages pour rechercher ensemble une solution permettant de défendre l’intérêt général de La Réunion. C’est un appel à tourner le dos aux sectarismes partisans issus d’une époque révolue, puisque l’Alliance déclare « être à la disposition de la nouvelle majorité, pour lui apporter tout éclaircissement, ou toute suggestion utile, afin de faire cause commune sur des problématiques de déplacements qui intéressent tous les Réunionnais ».
Il reste moins de deux semaines à Didier Robert pour décider.

Manuel Marchal


Près de 2 milliards d’euros pour 12 kilomètres

À quelques jours de la rencontre de Didier Robert avec les services du gouvernement à Matignon, le "JIR" et le "Quotidien" levaient le voile sur un chantier pharaonique : un viaduc en mer à six voies de 12 kilomètres pour aller de Saint-Denis à La Possession.
Hier, Pierre Vergès a expliqué que dans l’état actuel du projet (route à quatre voies), si Didier Robert persiste dans sa volonté de refuser un péage sur la route du littoral, alors la part payée par tous les automobilistes réunionnais passera de 191 millions d’euros à 653 millions d’euros. C’est donc un surcoût de 462 millions d’euros qui seront financés par les Réunionnais, qu’ils empruntent ou non la route du littoral.
Mais Didier Robert veut une route à six voies, ce qui entraîne, sans compter le prix des études à refaire, un surcoût d’au moins 25% de l’estimation actuelle, soit 350 millions de plus.
Le chantier pharaonique de Didier Robert, ce sont donc près de 800 millions d’euros de plus à payer par tous les Réunionnais, qu’ils roulent ou pas en automobile sur la route du littoral. Quant au prix final, à l’heure du premier coup de pioche, c’est-à-dire pas avant 2014, il est estimé à 1.930 millions d’euros, et cela pour un ouvrage qui ne fera qu’accentuer les problèmes de circulation à Saint-Denis. Pour que ces derniers soient atténués, il faut ajouter le prix d’un "Boulevard Nord" souterrain, soit 250 à 300 millions d’euros.
Quant aux 435 millions que l’État doit verser pour financer le tram-train, le gouvernement s’engagera-t-il par écrit avant le 31 mai à les verser sur un autre projet à La Réunion ?


Les bus plus chers que le tram-train ?

Si Didier Robert décide de confirmer dans les actes les opérations médiatiques autour du tram-train qu’il a lancées depuis son élection, alors non seulement les Réunionnais devront payer des centaines de millions d’euros pour dédommager Tram’Tiss, mais en plus ils devront mettre la main à la poche pour payer les 2.000 bus, et cela sans aucune garantie de financement de l’État.
Ces bus représentent non seulement un coût à l’achat (250.000 euros pièce à changer tous les 15 ans au plus), et en fonctionnement : 200 millions d’euros par an pour 2.000 bus.
En ramenant la comparaison sur le bassin de population traversé par la première phase du tram-train, l’Alliance précise que sur 40 ans, le coût à supporter sera de 3,5 milliards d’euros, et cela rien que pour aller de Sainte-Marie à Saint-Paul, et sans compter le prix des aménagements routiers à construire pour relier les deux communes sans passer par les embouteillages.


Kanalreunion.com