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L’Alliance : « tourner résolument le dos aux énergies fossiles et remettre La Réunion sur les rails »

Pour que La Réunion retrouve le chemin du progrès social et économique

Témoignages.re / 14 mars 2015

Les conseillers régionaux de l’Alliance publient une tribune libre intitulée : « Après la crise des carburants et après les intempéries ayant affecté le réseau routier : Tourner résolument le dos aux énergies fossiles et remettre La Réunion sur les rails ». En voici le contenu :

Le blocage qu’a connu La Réunion suite à la grève des salariés de la SRPP a provoqué la colère des automobilistes et perturbé toute la vie économique et sociale. Cela ne doit cependant pas masquer les raisons fondamentales de cette grève, provoquée par une réaction légitime des salariés face à la mainmise du groupe Rubis sur la société qui les emploie. Cette opération purement financière ne remet nullement en cause la situation de monopole actuelle, mais au contraire la conforte. Plus que jamais, nous avons la démonstration que c’est bien tout le système d’approvisionnement, de stockage et de distribution des carburants qui doit être réformé.

Mais surtout les conséquences de ce conflit ont montré l’extrême fragilité de notre île, victime de sa dépendance au tout-automobile et aux énergies fossiles.

Cette dépendance lourdement préjudiciable a également été ressentie suite aux intempéries qui ont affecté le réseau routier et provoqué la fermeture de la route du littoral.

Au moment où le Parlement s’apprête à adopter la loi sur la transition énergétique, au moment où Paris se prépare à accueillir la conférence mondiale sur le Climat, nous avons la conviction profonde que La Réunion, sous l‘impulsion de la Région, doit reprendre sa marche vers l’autonomie énergétique.

Une marche engagée depuis 1998 mais malheureusement interrompue…

Avec le soleil (photovoltaïque, chauffe eaux solaires) le vent, (l’énergie éolienne), la mer, (énergies de la houle, des vagues, de la différence des températures), la biomasse, l’eau (l’hydraulique), le volcan (géothermie), notre île dispose en effet du potentiel pour être autonome sur le plan énergétique.

Pour atteindre cet objectif, il faut une ferme volonté politique

Il faut aussi une cohérence dans les choix opérés. Les décisions de la Région d’abandon du projet de géothermie qui était bien avancé et d’avoir renoncé à la construction à La Réunion de la centrale d’énergie thermique des mers initié avec DCNS sous la précédente mandature et expérimenté à Saint-Pierre (projet de centrale ETM - énergie thermique marine - redéployé en Martinique) illustrent ce manque de fermeté dans l’orientation stratégique proclamée.

L’enjeu des déplacements

L’une des questions décisives pour éliminer les carburants fossiles est celle des déplacements qui représentent plus de 40 % des émissions de gaz à effet de serre. Là encore, la Région n’est pas (n’est plus) au rendez-vous.

Des axes majeurs avaient été définis sous les mandatures de Paul Vergès :

- le projet d’un tram train électrique, devant relier Saint-Benoit à Saint-Joseph, afin de rompre concrètement avec le tout automobile
- le projet d’un itinéraire sécurisé tout autour de l’île dédié exclusivement aux vélos (voie vélo régionale) pour favoriser les modes de déplacement doux
- un programme d’équipements d’infrastructures en panneaux photovoltaïques afin d’anticiper, de favoriser et de programmer la mutation du parc automobile actuel en véhicules électriques.

Ces projets ont été abandonnés ou révisés à la baisse, loin des ambitions initiales et des objectifs stratégiques fixés.

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Photo Toniox

- Ainsi, le tram train a été purement et simplement supprimé ; la région a certes lancé des études pour un futur « Réseau régional de transport guidé » mais les études peinent à avancer et surtout aucun financement n’est programmé ; l’essentiel des moyens budgétaires de la région étant englouti dans la route en mer ; on ne soulignera jamais assez la signification du choix politique de la Région d’avoir supprimé les crédits qui étaient réservés au tram train dans les premiers accords de Matignon, pour les basculer en faveur de la nouvelle route du littoral. Quant aux 2000 bus, ils sont restés au rang de slogan électoral, reconvertis dans le laborieux programme du Trans Eco Express.
- le projet phare d‘équiper la route des Tamarins de panneaux photovoltaïques pour alimenter les véhicules électriques a été abandonné. La région a certes lancé en partenariat avec l‘ADEME un appel à projet pour des bornes de recharge de véhicules électriques mais là encore rien de concret n’a émergé.
- le plan pour le développement du vélo a connu des avancées, mais on est loin de l’ambition de la piste cyclable tout autour de l’île.

Force est de constater que La Réunion reste aujourd’hui encore plus dépendante du « tout voiture », des voitures fonctionnant avec des carburants fossiles. La part des véhicules fonctionnant avec le diesel (plus polluant que le sans-plomb) est d’ailleurs croissante.

Or, les choix politiques de la Région sont de nature à aggraver cette situation. Ainsi, le choix de la Région de donner la priorité absolue à la construction de la route en mer dite nouvelle route du littoral, constitue non seulement un encouragement au tout voiture, mais il obère toutes les capacités budgétaires de construire demain un tram train. La nouvelle route du littoral condamne le projet de tram train.
Et sans alternative crédible au « tout voiture », nous nous dirigeons inéluctablement vers le coma circulatoire. Le parc automobile, évalué en 2010, était de plus de 408 000 véhicules dont 328 000 voitures particulières. Chaque année, nous enregistrons plus de 20 000 immatriculations supplémentaires… Le projet de route en mer ne réglera rien mais au contraire il aggravera la situation de congestion du trafic. On va tout droit vers l’impasse. Les perturbations et dégâts récents sur le réseau routier liés aux intempéries climatiques démontrent une fois de plus combien nous sommes paralysés quand nos déplacements dépendent exclusivement de la voiture. L’impact de la fermeture de la route du littoral aurait été tout autre si le projet de tram train qui prévoyait un passage en Montagne et en tunnels était déjà une réalité.

Autre choix politique exprimé par la Région, celui de lutter contre le monopole du stockage des hydrocarbures avec le projet de construction d’une nouvelle unité de stockage. La Région a signé un protocole d’accord avec un opérateur, Indian Oil et le président de région a récemment évoqué Saint-André comme lieu d’implantation. C’est là une erreur stratégique majeure. Comment proclamer lutter contre la pollution et contre les carburants fossiles et vouloir installer une nouvelle unité de stockage de produits pétroliers à La Réunion et renforcer ainsi notre dépendance vis-à-vis des produits pétroliers ? Non, la lutte efficace contre le monopole de la SRPP ou de Rubis, ce n’est pas de faire intervenir un nouvel opérateur pétrolier, mais c’est offrir aux Réunionnais la possibilité de se déplacer sans devoir utiliser des carburants fossiles.
C’est favoriser les véhicules électriques alimentés par des énergies propres et surtout doter La Réunion d’un réseau de transports collectifs à énergie propre comme le tram train électrique.

Tourner le dos aux énergies fossiles et au tout-automobile exige une vraie cohérence dans les choix. Manifestement, la Région Réunion fait aujourd’hui fausse route… Il est urgent de remettre la Réunion, et la Région, sur les rails…

Le groupe des Conseillers régionaux de l’Alliance


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