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« L’annulation de la DUP est nécessaire et inévitable »

Mobilisation pour une alternative au projet de route du Littoral

Témoignages.re / 16 juillet 2012

Vendredi, une délégation conduite par Bruny Payet a pu exposer à une conseillère du ministre des Outre-mer les raisons qui amènent à l’annulation de la Déclaration d’utilité publique en faveur d’une route ruineuse et dangereuse en dépit des affirmations de la Région Réunion. Voici le communiqué publié par la délégation à la sortie de l’entretien.

« Une délégation restreinte de la société civile conduite par Monsieur Bruny Payet a demandé une audience auprès de Monsieur le Ministre des Outre-mer, Victorin Lurel.
La délégation a été reçue ce vendredi 13 juillet 2012 par Madame Nathalie Puvilland, Attachée de cabinet du ministre des Outre-mer, et par Monsieur Thierry Devimeux, Secrétaire général pour les Affaires régionales SGAR.
La délégation était composée des personnes suivantes :
Bruny Payet, ancien Conseiller général et régional et ancien Secrétaire général de la CGTR, Georges Marie Lépinay, ancien Secrétaire général de la CGTR et membre du CESR, Patrice Rivière, Architecte DPLG et Vice-président du Conseil régional de l’Ordre des Architectes de La Réunion, et François Payet, Ingénieur civil architecte.
Après un rappel historique du projet de liaison Nord-Ouest, des problèmes soulevés par la Nouvelle route du Littoral ont été exposés à l’appui du dossier remis. L’annulation de sa “Déclaration d’utilité publique” (DUP) a été présentée comme nécessaire et inévitable.
Des éléments nouveaux qui n’ont jamais été soumis à l’enquête publique viennent en effet remettre en cause les fondements mêmes de la DUP.
Il s’agit notamment de l’impossibilité de trouver sur place les remblais nécessaires aux digues envisagées, contrairement aux informations fournies au public lors de l’enquête publique. La Région propose soit leur importation en provenance de l’extérieur ou le remplacement des digues par un scénario de prolongement du viaduc, solution encore plus coûteuse.
Malgré l’affirmation persistante de la Présidence de la Région, personne ne conteste que le coût du projet dépasse déjà largement le budget prévu aux Accords de Matignon.
Cela non par le jeu inévitable des révisions de prix, mais par l’inadéquation du choix du tracé en mer qui pousse à la surenchère des moyens techniques pour affronter les sollicitations marines (rehausse des talus et viaducs, importation des remblais des digues ou prolongement du viaduc...).
Ces scénarios de recours comme les ressources complémentaires (emprunt, fiscalité régionale et/ou le péage) nécessaires n’ont jamais été soumis à l’enquête publique et viennent même la contrarier. »


« Repenser le projet de façon à éviter de nouveau l’irréparable »

Voici le document introductif du rapport présenté vendredi par la délégation de la société civile lors de sa rencontre avec la conseillère du ministre des Outre-mer.

« Monsieur le Ministre,
J’ai l’honneur de vous remettre ci-joint un dossier sur le projet régional de nouvelle route littorale que nous destinons notamment à tous les parlementaires de l’Ile et aux autorités locales compétentes. Ce dossier est une compilation des contributions des uns et des autres qui se sont exprimés contre ce projet.
La Région entend dit-elle réaliser une route « moderne, sécurisée et gratuite ».
Cette délégation souhaite pour sa part attirer votre attention sur la gravité des enjeux que représente ce choix d’aménagement du territoire en vous exposant succinctement les conséquences sur le plan économique, social et sur celui de la sécurité et de l’environnement à La Réunion.

• Quel est l’impact d’un tel projet pharaonique sur le plan économique et social ?
Le montant initial des travaux de 1,6 milliard d’euros s’avère d’ores et déjà insuffisant alors que la totalité des Accords de Matignon 2 a été mobilisée pour la réalisation de ce seul projet routier.
Le coût n’est plus maîtrisé. D’ailleurs, la Région vient d’informer le public que pour compenser nos ressources naturelles insuffisantes, les remblais des digues seront soit importés en partie de l’extérieur, soit abandonnés au profit du prolongement du viaduc encore plus coûteux.
La Réunion en crise aggravée ne profitera pas économiquement du regain d’activité promis. Selon toute vraisemblance, les 25 lots réservés pour les entreprises réunionnaises sur 27 ne porteraient que sur environ 1/3 du budget, les deux tiers restants bénéficieraient à deux entreprises extérieures à l’île. La formation envisagée pour les hommes se limitera-t-elle principalement à la manutention de galets, gravats et autres pour remblais ? Tout cela pour seulement 2.400 emplois annoncés en moyenne pendant six ans, guère plus et non durables !

• Sur le plan de la sécurité, c’est un arrogant défi de plus à la géographie de l’île toujours indomptée
Doit-on rappeler que ce tracé de route en mer supprimera le recours possible par la voie actuelle ?
Le projet est conçu pour faire face, dit-on, au risque centennal, voire aux effets du réchauffement climatique. D’accord, peut-être ! Et, en effet, des moyens importants sont mobilisés pour défier la nature. Mais en allant au-devant de nos dangers marins au lieu de s’en éloigner, ce projet s’expose au risque de dépassement des phénomènes climatiques envisagés. Ces dépassements sont certains sur une période plus longue comme à Fukushima. En plus des dangers courus alors du fait de cette impréparation, serons-nous alors toujours en mesure de réparer un tel ouvrage par nos seuls moyens techniques et financiers, insulaires et endogènes ?
Quoiqu’on en dise, ne pouvant y faire face, cette route en mer ne sera jamais sécurisée !

• Sur le plan environnemental, on poursuit le remodelage du littoral et des sites, contraire à l’esprit du classement des cirques et remparts au Patrimoine de l’UNESCO.
En effet, ce choix d’ouvrage d’art répond essentiellement à un besoin de grandeur. Cela se fait au détriment du respect de notre île à plusieurs égards.
Faut-il rappeler que l’avis négatif de la commission départementale des sites n’a été écarté que grâce à la voix supplémentaire du Préfet. L’impact définitif sur notre île est pourtant rédhibitoire :

- modification du paysage naturel de la falaise et de ses proportions depuis la route,

- modification des courants marins et destruction de la biodiversité du milieu côtier,

- extractions excessives de matériaux prévus pour les digues (3 à 4 fois les besoins annuels habituels),…

• Les finances régionales seront insuffisantes pour garantir une gratuité promise
Outre les dépassements de coût déjà dénoncés, les finances régionales ne pourront pas absorber tout autre dérapage financier (on parle de 70% statistiquement pour les surcoûts inévitables à terme). La Région ne pourra garantir ainsi la gratuité promise.
En plus des milliards déjà engloutis pour franchir la Montagne entre le Nord et l’Ouest s’ajouteront d’autres milliards qui seront encore jetés à la mer.
Le Réunionnais devra soit compenser ces dépassements par une fiscalité locale, soit par un péage jusqu’ici exclu. Ce projet mégalomane compromettra l’avenir des générations futures !

• En conclusion, les fondements de la DUP sont remis en cause ; une solution alternative doit être repensée !
Ces seuls éléments énumérés précédemment suffisent à contester la validité de la DUP et la sincérité des motifs que ses auteurs avaient formulés alors peut-être trop hâtivement.
La liaison Nord-Ouest sécurisée demeure une exigence toujours insatisfaite. Il faut repenser le projet de façon à éviter de nouveau l’irréparable et pour ne pas sombrer dans le mythe de Sisyphe.

Monsieur le Ministre,
Nous comptons sur votre influence et sur votre motivation personnelle pour porter notre requête aux plus hautes instances de la nation en vue de l’annulation de la DUP pour aller vers un Matignon 3.

En espérant une suite favorable à cette demande, recevez Monsieur le Ministre, l’expression de notre plus haute considération.

Bruny Payet
ancien Conseiller général et régional,
ancien Premier adjoint de la Commune de Sainte-Marie,
ancien Secrétaire général de la Confédération syndicale CGTR,
ancien Officier de Marine FNFL (Forces Navales Françaises Libres 1943-46),
Ingénieur diplômé de l’Ecole supérieure d’Electricité de Paris (SUPELEC-promotion 1946-48) »


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