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L’assimilation au cœur de la campagne présidentielle

Les propos de Nicolas Sarkozy confirment la ligne suivie depuis 70 ans par la France à l’égard de La Réunion

Manuel Marchal / 21 septembre 2016

Si le contexte de la campagne de la primaire de la droite a amené Nicolas Sarkozy à aller jusqu’à la caricature avec sa phrase « nos ancêtres sont Gaulois », il révèle que le but poursuivi reste l’assimilation. C’est justement cette politique d’assimilation qui est à l’origine de la crise que connaît La Réunion aujourd’hui, et qui la classe comme département socialement hors-norme. Cette politique est celle qui est menée depuis 70 ans par tous les gouvernement au pouvoir à Paris, quelle que soit leur tendance politique.

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Les jeunes au chômage sont le résultat de la politique d’assimilation menée depuis la décolonisation de La Réunion par la loi du 19 mars 1946.

« Nos ancêtres sont Gaulois », cette petite phrase extraite du dernier discours de Nicolas Sarkozy dans sa campagne de la primaire de la droite a lancé une polémique, elle a même suscité des réactions à La Réunion alors que les personnes indignées sont restées bien silencieuse quand Didier Robert a déclaré que « l’homme africain n’est pas suffisamment entré dans l’histoire, c’est vrai ». L’essentiel est que Nicolas Sarkozy se soit réaffirmé comme un ferme partisan de l’assimilation. Il a été très clair sur ce point et en a donné son contenu. À partir du moment où une personne obtient la citoyenneté, elle doit parler le français et s’inscrire dans l’histoire de France. Autrement dit, c’est l’obligation d’abandonner sa langue, sa culture pour se fondre dans le moule français.

Héritage politique de 2.000 ans d’histoire

Les propos tenus par l’ex-président de la République ne sont pas étonnants. Ils sont le résultat d’un héritage politique vieux de 2.000 ans. Quand l’actuel territoire de la France a été colonisé par les Romains, ces derniers ont diffusé leur vision d’un État centralisé qui assimile les personnes qui vivent à l’intérieur de ses frontières. Le couronnement de cette assimilation était la citoyenneté romaine. Mais cela signifiait de s’intégrer dans le modèle culturel romain pour bénéficier des droits du citoyen.

La construction de la France s’est faite sur la base de son héritage. Le but de ses dirigeants était la création d’un État centralisé, avec l’utilisation d’une seule langue et l’application partout des mêmes règles. Ce modèle s’est diffusé à d’autres continents lors de la colonisation. La Réunion est à ce sujet un véritable cas d’école. Avec d’être colonisée, notre île ne comptait aucun habitant. Elle n’a donc connu que l’administration des régimes qui se sont succédé en France.

Au moment de la décolonisation, la revendication de la quasi-totalité des peuples du monde était l’indépendance. La seule exception se situait dans les plus vieilles colonies françaises, où la demande était l’intégration à la puissance coloniale. C’était la suite logique de 300 ans de domination du modèle français. Mais cette intégration s’est heurtée à La Réunion à une impossibilité. En effet, comment assimiler un pays qui se situe à plus de 10.000 kilomètres ? Les premières décisions postérieures à la création du département de La Réunion ont été justement de refuser l’égalité sociale, et de ne pas soutenir l’industrialisation du pays. Dans le même temps, la politique d’assimilation était à l’œuvre sur le plan culturel.

L’urgence d’une nouvelle politique

Le PCR a fait le bilan de cette dernière période. L’assimilation a conduit à la crise actuelle avec près de 180.000 demandeurs d’emploi, 120.000 illettrés et près de la moitié de la population en dessous du seuil de pauvreté. Ces indicateurs sont bien différents de la situation à l’intérieur des frontières de la France. Ils soulignent que la poursuite d’une même politique ne pourra que conduire à la catastrophe. C’est pourquoi le PCR propose une autre voie.

Les propos de Nicolas Sarkozy indiquent que sa volonté est justement de continuer les politiques menées par les gouvernements qui se sont succédé depuis 70 ans, qu’ils soient de droite ou socialiste. Et du côté du gouvernement actuel, la tendance est la même, c’est ce qu’indique le contenu du projet de loi sur l’égalité réelle. Il est donc urgent de faire émerger un rassemblement qui soit porteur d’une nouvelle politique en rupture avec celle qui a fait de La Réunion un département socialement hors-norme. C’est le sens de l’appel au rassemblement du Parti communiste réunionnais qui propose notamment une assemblée unique dotée de pouvoirs permettant de faire des lois, et un fonds de développement pour financer les investissements nécessaires au développement durable de La Réunion qui marche vers le million d’habitants.

M.M.



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  • Bravo pour ces explications. Néanmoins, il ne faut pas oublier que l’île de la Réunion a aussi été durant 5 ans, colonie anglaise, comme les autres îles mascareignes, Maurice et Rodrigues. 1810-1815. L’île s’appelait jusqu’alors "Bonaparte", chère à l’empereur qui n’osa pas à remettre l’esclavage au goût du jour, dans les colonies, elle reprit le nom de "Bourbon", le petit corse étant l’ennemi des anglais. Ensuite, c’est sous le Roi Louis XVIII que fut rétrocéder l’île à la France. Sans rechanger de nom bien évidemment.
    C’est le WE dernier, pour les journées européennes du patrimoine, en allant visiter le joli fortin restauré, sauvé de l’oubli de la Redoute, soit un des plus anciens bâtiments de l’île, toujours militaire, que nous avons appris cela.
    Cela fait partie de l’Histoire locale, puis, celle de la France et aussi bien sur celle de l’Angleterre. Deux mosolés sont d’ailleurs visibles à proximité, sans oublier le fameux sentier des anglais qui relie la Grande Chaloupe et la Redoute. A voir. De belles vues.

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