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L’autonomie alimentaire

La rupture c’est maintenant

Manuel Marchal / 6 décembre 2012

La semaine dernière, lors du Forum économique des îles de l’océan Indien, le secrétaire général de la COI avait mis l’accent sur la sécurité alimentaire. Depuis 2008 et les premières émeutes de la faim largement médiatisées à l’échelle mondiale, la question de l’autonomie alimentaire des îles est au cœur des préoccupations. Dans ce domaine, le PCR fait des propositions.

Durant la première partie de son histoire, La Réunion était un grenier. Elle produisait tout ce qu’elle consommait et elle exportait aussi de la nourriture. Elle devint ensuite une île exportatrice de cafés et d’épices, puis depuis le début du 19è siècle, le sucre est devenu le principal produit d’exportation. Sous le régime de l’esclavage, la population atteint à peine 100.000 habitants. Sa croissance est alimentée par les apports de travailleurs forcés venant des pays voisins et d’Inde. Après l’abolition de l’esclavage, le développement de l’industrie sucrière fut soutenu par l’arrivée massive de travailleurs sous contrat engagés notamment en Inde. La population se stabilisa alors aux alentours de 180.000 habitants jusqu’au milieu des années 1920. Elle connaît alors une légère croissance pour atteindre 225.000 habitants au moment du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. La prise de pouvoir des partisans du régime de Vichy entraine le blocus de La Réunion pendant plus de 2 ans. Alors que la population dépassait à peine 200.000 habitants, il était très difficile de nourrir tout le monde. Même après la libération de La Réunion en 1942 et sa réouverture sur le monde, les tickets de rationnement ont persisté pendant plusieurs années.

L’atout du co-développement

Au moment de l’abolition du statut colonial, La Réunion comptait moins de 250.000 habitants. 66 ans plus tard, elle est peuplée par 850.000 personnes. Durant toute cette période, les lois sociales de la France ont été peu à peu étendues à toutes les couches de la population. Les progrès sanitaires ont été fulgurants, ils ont inscrit La Réunion dans une tendance mondiale, celle de la transition démographique. Le pays se dirige donc tout droit vers le million d’habitants.

Mais pendant ce temps, la dépendance de La Réunion aux importations de nourriture est toujours là. En 2008, des émeutes de la faim ont éclaté simultanément dans plusieurs pays. En mai 2008, un séminaire sur le co-développement durable des îles de l’océan Indien organisé à La Réunion avait inscrit à son ordre du jour la question de la sécurité alimentaire. Avec le co-développement, ce problème peut être traité différemment, en mutualisant nos forces.

Il ne s’agit donc plus de réfléchir à comment une île montagneuse surpeuplée de 2.500 kilomètres carrés pourra nourrir un million d’habitants, mais comment Madagascar, les Comores, les Seychelles, Maurice et La Réunion pourront être capable de produire ensemble suffisamment de nourriture pour les plus de 40 millions d’habitants annoncés pour les pays de notre région.

Au cours des débats de ce séminaire, il avait été proposé de redonner à Madagascar son rôle moteur dans la sécurité alimentaire de notre région. Grâce à la mutualisation des efforts, Madagascar redeviendrait le grenier de l’océan Indien, ce qui permettra enfin à l’île sœur d’atteindre l’autosuffisance alimentaire pour son peuple, mais aussi de contribuer de manière décisive à l’autonomie alimentaire de notre région.

Nécessité liée au changement climatique

À La Réunion, les agriculteurs ont fait des efforts considérables de diversification. Lors d’une intervention au Sénat en mai 2010, Gélita Hoarau rappelait que 72% de la consommation de fruits et légumes à La Réunion était assurée par les agriculteurs du pays.

Depuis sa création, le Parti communiste réunionnais considère que l’autosuffisance alimentaire est une priorité. Ces avancées doivent être accentuées, elles vont diminuer nos importations et créer des emplois. Cette orientation est d’ailleurs imposée par la réalité.

Le contexte actuel favorise en effet la hausse des cours mondiaux des produits que nous importons de plusieurs milliers de kilomètres. La population mondiale continue à augmenter tandis que la production de nourriture donne des signes d’essoufflements. Le changement climatique est un élément perturbant, il va diminuer les rendements des récoltes. L’année dernière, les sécheresses aux États-Unis, en Russie et en Australie ont fait monter les prix d’un coup, car ce sont trois grands exportateurs qui étaient touchés par l’impact du changement climatique. Qui ne dit pas que dans les années à venir, ce sera au tour de l’Europe et de l’Asie d’être soumis à de telles catastrophes.

Dans ces conditions, tant que nous ferons venir notre nourriture de très loin, nous serons toujours pénalisés par des cours mondiaux dont nous ne fixons pas le montant. La tendance structurelle est à la hausse, ce qui est intolérable pour un pays comme le nôtre où la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

En replaçant La Réunion dans son réseau traditionnel de proximité avec Madagascar et les îles alentour, la pression sur les prix pourra diminuer. Car l’autonomie alimentaire sera un objectif partagé par tous les peuples de notre région.

Manuel Marchal

À la reconquête du marché intérieur

Voici les propositions du PCR transmises aux candidats à la présidentielle.

« Des possibilités considérables de conquête du marché intérieur existent, notamment dans le secteur de la restauration collective (restauration scolaire, hôpitaux, administration...) qui concerne plus de 200.000 personnes par jour. La mise aux normes des installations de production des repas pour les élèves exige notamment un plan de soutien aux communes.

L’organisation de ce marché représente un enjeu important pour la production réunionnaise et exige une concertation entre la profession agricole et les collectivités publiques. Nous proposons également l’établissement d’une charte entre la grande distribution et les représentants des producteurs réunionnais pour assurer la programmation de la régularité de l’approvisionnement et la commercialisation des produits dans les meilleures conditions.

L’industrie agro-alimentaire réunionnaise mérite d’être soutenue et doit bénéficier d’outils d’aides ou de protection comme l’octroi de mer pour résister à la concurrence de l’importation. La démarche qualité-santé est aussi un élément de sa valeur. »


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