Actualités

L’avenir de La Réunion se décide maintenant : les Réunionnais doivent se faire entendre

Paul Vergès et la future loi d’orientation découlant du rapport Lurel

Manuel Marchal / 23 mars 2016

Le rapport Lurel aura une suite. Dans les semaines qui viennent, le gouvernement va présenter un projet de loi qui fixera l’avenir de La Réunion pour les 40 années à venir. Paul Vergès note que si le rapport comporte des aspects positifs comme l’augmentation des retraites et le paiement plus rapide des sommes dues par l’État aux PME, il ignore l’essentiel des bouleversements qui toucheront La Réunion dans les 40 prochaines années : changement climatique, démographie, accords commerciaux, recherche et innovation. Il ne comporte rien sur la canne-sucre alors que c’est un rendez-vous social décisif l’année prochaine. Un milliard seront prélevés sur les classes moyennes pour financer les mesures avancées. Paul Vergès appelle les élus et les syndicats à prendre position sans tarder sur ce texte. Les Réunionnais doivent être informés de ce qui les attend.

JPEG - 84.4 ko
Paul Vergès, sénateur de La Réunion

Paul Vergès a tenu hier une conférence de presse pour donner sa position sur les propositions contenues dans le rapport commandé à Victorin Lurel par le gouvernement, et rendues publiques la semaine dernière. Le sénateur indique tout d’abord que c’est la première fois qu’un gouvernement veut régler le problème de l’outre-mer dans sa globalité. Cela souligne l’extrême gravité de la situation dans les territoires concernés.

Autre première : un gouvernement présente une stratégie globale avec la perspective de 40 ans. Cela donne une feuille de route pour 2057. Le problème de l’outre-mer devra être résolu dans 5 contrats de 5 ans, soit un délai de 25 ans.

La fin de la semaine dernière, rappelle Paul Vergès, Victorin Lurel a remis son projet au Premier ministre. C’est donc la dernière ligne droite avant le projet de loi d’orientation qui doit être déjà prêt. Selon les observateurs, le projet de loi sera soumis au Parlement en juillet, avant les vacances parlementaires, avec adoption au 3e trimestre par les députés et sénateurs.

C’est la première fois que les Réunionnais sont face au défi de voir se construire leur avenir pour un demi-siècle, selon une orientation fixée par Paris. Le sénateur rappelle qu’il y a 70 ans, Aimé Césaire et Raymond Vergès avaient défini par eux-mêmes l’avenir, dans un projet voté par la Constituante et promulgué le 19 mars 1946.

« Se pose pour les Réunionnais et pour les élus une prise de responsabilité qui doit être très rapide compte-tenu du calendrier prévu », met en garde Paul Vergès.

Situation d’urgence à La Réunion

À la lecture des 35 recommandations et 75 propositions, tout va être remis en cause. L’élu rappelle tout d’abord quelques indicateurs sociaux à La Réunion. Près de 30 % de taux de chômage, « si la France avait la même situation de chômage que nous, ce serait 11 millions de chômeurs ». 46 % des personnes sont en situation de grande pauvreté à La Réunion, en proportion la France aurait 30 millions de personnes dans cette situation.

Le rapport remis au gouvernement s’attaque à de nombreux domaines et propose une série d’institutions dont un organisme permanent de suivi des réalisations. Un rapport annuel sur l’évolution de la situation au gouvernement et au Parlement est annoncé. Tous les deux ans, un rapport sera remis au président de la République.

« Ce qui préoccupe tout Réunionnais, c’est le financement de ce plan », précise Paul Vergès, « les recommandations indiquent que l’État prendra ses responsabilités sur ce plan, avec un rapport annuel sur la tenue de ces engagements ».

1 milliard pris sur les classes moyennes

Sur le plan financier, le gouvernement s’attaque à la sur-rémunération en se donnant du temps, 5 à 10 ans. Cette sur-rémunération s’évalue actuellement à près de 700 millions d’euros pour La Réunion. Les propositions prévoient de supprimer les 30 % d’exonération d’Impôt sur le revenu qui existent à La Réunion : c’est une somme de plus de 300 millions. L’objectif est donc de prélever 1 milliard d’euros sur les bénéficiaires de ces mesures.

Ce qu’on appelle les classes moyennes à La Réunion « vont être la cible principale du plan prévu par le gouvernement » : ce sont des dizaines de milliers de bénéficiaires.

« Toute la situation des revenus de ce groupe va être remis en cause. Or c’est le groupe principal hérité des 70 ans de départementalisation », poursuit Paul Vergès. Plus de 90 % du PIB relève des services alimentés par ces revenus. Une véritable révolution est annoncée.

D’autres mesures annoncées relèvent de la justice sociale même si certaines font l’objet d’un procès d’intention d’électoralisme : hausse des pensions de retraités et réduction des délais de paiement des collectivités aux PME.

L’adaptation au changement climatique ignorée

Paul Vergès note d’importants manques dans les propositions contenues dans le rapport. Les forces agissant sur l’ensemble du monde de façon permanente ne sont pas prises en compte.

Tout d’abord le changement climatique. La conférence de Paris a pris des engagements pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre et pour l’adaptation. Les coraux sont en train de mourir à cause de la hausse de la température et de l’acidification du milieu marin. Le lagon de Nouvelle-Calédonie est menacé. La Réunion est touchée par ce phénomène mondial.

Le GIEC dit qu’il faut envisager une hausse d’un mètre du niveau des océans d’ici 2100. Cette croissance qui a déjà commencé. Les plus vulnérables sont les îles.

Quand le gouvernement se fixe l’objectif de 2057, quelle sera la situation des barrières de corail de La Réunion à cette date ? Que deviendront les constructions sur le littoral, l’aéroport de Gillot, les projets de ville nouvelle à Cambaie et de port à Bois-Rouge ? « Nous sommes menacés par des changements décisifs dans le demi-siècle qui vient ». Mais le rapport remis vendredi au Premier ministre n’évoque pas cette question, et sur le plan local, des décisions vont à l’encontre des orientations de la conférence de Paris sur le climat.

Où est l’intégration de La Réunion dans sa région ?

Démographie et mondialisation auront également une influence décisive. En 2030, le tiers de la population de La Réunion aura plus de 60 ans. Cela représentera plus de 300.000 personnes. Dès maintenant, les dispositifs doivent être pris, mais rien de cela dans le rapport Lurel.

En 1946, les îles de la COI comptaient moins de 10 millions d’habitants. Aujourd’hui, leur population s’élève à 30 millions. En 2057, La Réunion sera dans un environnement démographique de près de 60 millions d’habitants dont 55 millions à Madagascar. Le rapport n’en parle pas.

Actuellement, l’Union européenne et les États-Unis discutent d’un accord de libre-échange. Il sera signé bien avant le terme des 5 plans territoriaux de 5 ans et pèseront sur La Réunion. L’autre problème dont la signature sera encore plus rapide, c’est l’Accord de partenariat économique entre les pays européens et leurs anciennes colonies, qui succèdent aux accords préférentiels de Lomé dénoncés à la suite de la création de l’Organisation mondiale du commerce. L’UE a encouragé l’intégration de régions entières d’Afrique dans des unions organisant l’intégration économique de ces pays. C’est en train de se résoudre, rappelle Paul Vergès. L’accord du Caire rassemble 28 pays d’Afrique australe et orientale. Leur population est aujourd’hui de 638 millions d’habitants. Elle approchera le milliard d’habitants en 2100. Mozambique sera pays émergent en 2050. Les missions des États-Unis et de la Chine dans ce pays rappelle cette échéance. C’est une actualité qui n’est pas dans le rapport Lurel.

Francophonie en voie de disparition ?

« Comment définir une stratégie sans tenir compte de cet élément », interroge Paul Vergès, « comment allons-nous faire face à cette décision sur la liberté du commerce entre La Réunion et ses voisins immédiats ? »

De plus, un atout de La Réunion va disparaître dans une génération : le niveau de formation. Les jeunes diplômés peuvent contribuer au développement de Madagascar, à condition d’un soutien de la France à une politique valorisant la francophonie. Sinon l’anglais prendra la place.

« Cela passe par la création d’une Université de l’océan Indien qui sera francophone », poursuit Paul Vergès. Cette proposition est une convergence entre intérêts français et réunionnais. Malheureusement, elle n’est pas à l’ordre du jour du rapport commandé par le gouvernement.

Elus et syndicats invités à prendre position

Les propositions et les absences du rapport Lurel sont publiques depuis la semaine dernière. Paul Vergès tire la sonnette d’alarme. « Quelle position doit prendre La Réunion, ses citoyens et ses élus face à un projet concret, voté dans quelques mois pour un projet qui figera la situation de La Réunion pour un demi-siècle ? Pourquoi une apathie totale à La Réunion ? »

En effet, les 11 parlementaires de notre île devront voter sur le texte qui découlera du rapport dans quelques mois. « Le plus grand bouleversement se prépare. Les Réunionnais ne sont pas informés de l’ampleur et de l’urgence, et ils auront 11 parlementaires qui prendront position d’ici quelques mois », souligne le sénateur.

« Pourquoi cette passivité ? Alors que l’on va sceller l’avenir pour 40 ans, les textes existent… Sur 11 parlementaires, seulement 2 ont fait une contribution écrite au rapport. Et les autres ? ».

Le sénateur constate qu’on ne tire pas les leçons des 70 ans qui viennent de se passer. En 1946, les initiateurs du 19 mars abolissant le statut colonial avait obtenu le soutien unanime de l’Assemblée constituante pour la loi d’égalité. En 70 ans, on a vu exactement le contraire, rappelle Paul Vergès : sur-rémunération, retard d’un demi-siècle dans l’égalité sociale, deux générations de jeunes sacrifiés par la politique menée à Paris.

Quand Paris se donne une perspective de 40 ans, l’enjeu est le même : « que vont devenir les classes moyennes, les générations qui se lèvent ? ». « On a jamais vu une autorité d’État dire voilà votre avenir pour le demi-siècle qui vient, sans concertation préalable », indique le sénateur.

Epargner au lieu de supprimer la sur-rémunération

S’il n’est pas remédié à toutes ces lacunes dans le texte définitif, « nous ne pourrons qu’être opposés à cela, car l’avenir de La Réunion est en jeu ». « Les parlementaires de La Réunion vont engager l’avenir de leurs pays pour un demi-siècle, ils ne disent rien ». Et les syndicats sont tout aussi silencieux. « Quelle est leur position sur la remise en cause de la sur-rémunération ? ». Si les propositions contenues dans le rapport sont mises en œuvre, alors « les classes moyennes de La Réunion vont être fusillées ».

Paul Vergès rappelle que depuis plus de 20 ans, le PCR propose une alternative à la suppression de la sur-rémunération sur la base de deux principes : pas de remise en cause du contrat signé par le fonctionnaire avec l’État et consacrer la sur-rémunération à l’épargne. « Quel fonctionnaire serait opposé à l’épargne s’il sait que la somme lui sera restituée et pas supprimée ? ».

M.M.



Un message, un commentaire ?



Messages






  • L’avenir de la réunion devrait être déterminé en fonction au moins de deux questions .

    La première question devrait concerner le statut de la Réunion par rapport à la France et à l’Europe compte tenu de sa position géographique excentrée , ultrapériphérique, mais aussi implantée au beau milieu d’une zone géographique particulièrement pauvre et non soumis aux lois sociales françaises et européennes .

    Doit elle envisager une indépendance pour pouvoir être sur un plan d’égalité avec les pays voisins et pouvoir accéder comme eux aux différentes institutions internationales qui participent au développement économique et social du monde ,et notamment les institutions internationales telles que la Banque mondiale , le fond monétaire international, le fond européen de développement , ainsi que les organisations internationales d’aides humanitaires qui interviennent après les catastrophes naturelles ou qui contribuent à la résorption des écarts de développement humain en participant à des programmes prioritaires dans les domaines fondamentaux les plus sensibles tels que par exemple la santé , la lutte contre l’ilétrisme , la consommation de stupéfiants , la lutte contre la délinquance etcet... tout en conservant des liens très étroits avec la France et l’Union européenne .

    Ou doit elle conserver son statut juridique actuel d’appartenance à part entière à la nation française et par voie de conséquences à l’union européenne , mais avec une adaptation des lois économiques et sociales applicables sur son territoire pour lui permettre non seulement de combler le retard qu’elle a pris dans de nombreux domaines par une mauvaise prise en compte de ses besoins réels , compte tenu des handicaps naturels, ( éloignement de l’Europe , relief particulièrement difficile rendant plus coûteux la plupart des infrastructures , importance de la misère générant une évolution démographique différente de celle de l’Europe et accroissant chaque année un peu plus le taux de chômage , l’insuffisance des moyens mis en oeuvre pour couvrir les besoins fondamentaux , tels que le logement, la santé publique , l’éducation , la police la justice , la culture etcet..) mais également pour lui permettre de s’intégrer dans son environnement géographique naturel dans lequel existent des pays pauvres ou encore très en retard dans la compétition pour le développement économique et social .

    La deuxième question pourrait être : que faire pour que l’une ou l’autre de ces deux options soit une réussite et non un échec . ?

    La réponse à cette deuxième question passe obligatoirement par la mise en place de moyens permettant d’instituer une égalité réelle , d’une part entre tous les réunionnais s’il la première option était retenue et d’autre part entre les réunionnais et les européens si on restait dans la deuxième option c’est à dire le statut actuel avec des aménagements qui permettraient de tenir compte de tous les handicaps et de ratrapper tous les retards , tout en donnant à la Réunion la place qu’elle doit prendre dans sa zone géographique et géopolitique : la zone de l’océan indien .

    Je suis pour ma part plus favorable à cette deuxième option : le maintien de la Réunion dans la France et dans l’Europe , mais en essayant de donner à chaque réunionnais une situation comparable à celle de la moyenne des européens ou en tout cas de français de métropole .

    Cependant , comme il existe manifestement un retard considérable entre la réunion et la France et d’une manière générale les pays de l’Union européenne , je pense qu’il faut aller au delà de l’égalité de droit et viser une égalité réelle grâce à des inégalités de traitement provisoires jusqu’à ce que l’égalité réelle soit réellement atteinte .

    La loi de départementalisation du 19 mars 1946 a surtout visé l’installation d’une égalité de droit , et cette égalité de droit s’est installée progressivement souvent au détriment des réunionnais les plus pauvres pour préserver les intérêts de la métropole et des des réunionnais les plus riches bénéficiant de rente de situation héritée de l’époque coloniale , ce qui permet à certains de dire que la Réunion est restée malgré la départementalisation sous un régime néocolonialiste . Cette pratique néocoloniale consistant à minimiser le montant des aides sociales , à maintenir un écart relativement important entre les niveaux de rémunération dans le secteur privé par rapport aux salaires pratiqués en France , à ne pas appliquer les mêmes taux de cotisations salariales ,à attribuer des avantages importants à des personnes qui n’ont pas forcément investi dans l’économie réunionnaise , avantages tels que l’abattement fiscal de 30% et la sur- rémunération des fonctionnaires, qui ont concernés très souvent "des immigrés de France" qui n’ont fait que passer à la Réunion en investissant le moins possible dans leur région d’accueil et quelquefois même en consommant le moins possible pour réaliser des économies qui les ont permis de conforter leur situation en France métropolitaine ,est sans doute en grande partie responsable de la situation de la Réunion à l’heure actuelle même si l’égalité des droit est pratiquement atteinte .

    Certes il il faut tenir compte des handicaps naturel pour justifier les écarts éxistant entre la Réunion et la France, mais il faut aussi prendre en compte les conséquences de cette politique de privilèges accordés à une certaine partie de la population réunionnaise qui a peut être plus contribué à freiné le développement de l’île de la Réunion qu’à son progrès économique et social ..

    Si la nouvelle loi sur l’outre mer devait être nouvelle étape de l’évolution des français de la Réunion vers une égalité réelle avec les français d’Europe , il faudrait tenir compte des leçons du passé et ne pas maintenir les privilèges existant ou en créer d’autres .

    On pourrait peut être créer des inégalités de traitements qui permettront de ratrapper les retards, mais pas de maintenir les privilèges . Ces inégalité de traitements devraient être appliquées à toute la population réunionnaises toutes catégories confondues . Elles pourraient consister à leur appliquer à tous une sur-rémunération de l’ordre de 15% , que ce soit sur les salaires que sur les retraites . Mais il faudrait supprimer très rapidement la sur- rémunération des fonctionnaires qui est encore de l’ordre de 50% actuellement sans compter la prise en charge des déménagements et des congé bonifiés .

    Par ailleurs si on considère que le développement économique et social doit être basé non seulement sur la solidarité nationale , mais également sur une solidarité régionale , on pourrait prévoir une sur-imposition pour les contribuables de la Réunion au lieu d’un abattement . Mais cela suppose que l’on aille dans le sens que j’ai proposé dans une récente intervention , et notamment que l’Etat français accepte de déléguer à la région réunion une partie de sa souveraineté à certaines régions et notamment aux régions d’outre mer qui serait autorisées à fixer elles mêmes leurs bases d’imposition en fonction des difficultés auxquelles elle sont confrontées .

    L’idée serait que l’Etat conserve ses compétences régaliennes mais délègue à la Région Réunion et aux autres régions d’outre mer toutes les compétences qui peuvent leur être être déléguées sans déboucher sur une autonomie excessive ou une quasi indépendance , mais en conservant un contrôle étroit de sa délégation de souveraineté ,qui lui permette de veiller au maintien des principes de l’unité nationale et de l’égalité de tous devant les citoyens . Mais étant entendu que l’objectif l’égalité réelle devrait permettre de porter atteinte temporairement à l’égalité de droit en tout cas devant la collecte de l’impôt et de sa répartition .

    L’essentiel étant que chaque citoyen français paie un impôt de solidarité nationale qui permettra l’exercice des compétences régaliennes ou des compétences non déléguées et qui permettraient de partager la richesse nationales entre tous les citoyens en rétablissant une égalité réelle grâce à des systèmes de péréquation qui prennent en compte les situations particulières de chaque que région , en tout cas pour les régions d’outre mer .

    Bien entendu le choix de cette option du maintien du statut juridique de la Réunion dans la France et dans l’Europe n’empêche as d’avoir une autre politique régionale dans l’océan indien , mai là aussi les réunionnais sont les mieux placé pour définir et appliquer ce qu’ils doivent faire dans le cadre de cette politique régionale sans mettre en danger leurs intérêts économiques et sociaux .

    Article
    Un message, un commentaire ?


Kanalreunion.com