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L’aveu sur GERRI : « le GIP avait été créé pour faire adhérer le Conseil régional à l’affaire tout en empêchant Paul Vergès d’en prendre la barre. Didier Robert ayant été élu, il paraît plus acceptable de lui laisser les manettes »

Un moyen d’abattre la Région et retarder le développement de La Réunion

Manuel Marchal / 3 mars 2011

L’aveu est considérable, et il ramène La Réunion à l’époque des pires fraudes électorales. À cette époque, il existait des responsables politiques qui justifiaient la fraude parce qu’il fallait à tout prix empêcher les communistes de remporter des élections et de développer La Réunion. 50 ans plus tard, c’est la même logique qui a présidé à l’élaboration de GERRI : créer un moyen d’abattre Paul Vergès pour empêcher La Réunion de poursuivre son développement. Cet objectif a été atteint avec l’arrivée à la Région de Didier Robert, désormais l’UMP avait les mains libres pour arrêter tous les projets d’énergies renouvelables. Didier Robert a pu ainsi donner libre cours à ses inspirations de démolisseur : un projet reconnu internationalement depuis des années était cassé.

En 2007, un gouvernement français décide pour la première fois de faire du développement durable sa priorité affichée. Le numéro 2 du gouvernement est en effet le ministre de l’Écologie et du Développement durable. De ce ministère dépendent alors l’Énergie et les Transports, les deux principales causes de pollution. Et ce ministre est chargé de mener à bien ce qui constitue le premier temps fort médiatique de la présidence de Nicolas Sarkozy : le Grenelle de l’Environnement.
Mais à 10.000 kilomètres de Paris, cela faisait déjà bien plus de 10 ans qu’une politique de développement durable était menée. Tout avait commencé à se déployer en 1971. La lutte des démocrates commençait à payer, la fraude électorale avait reculé et dans plusieurs communes, les équipes élues reflétaient la volonté populaire. C’était par exemple le cas au Port où une politique de reboisement allait se mettre en place.

Le développement était amorcé

En 1975, soit à peine deux ans après la conférence des Nations Unies de Stockholm qui lançait le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, le Parti communiste réunionnais publiait le "Plan immédiat de survie". Dans ce document, le PCR proposait l’utilisation des énergies renouvelables telles que le soleil ou la bagasse pour appuyer le développement de La Réunion.
En 1998, l’élection à la Région d’une équipe conduite par Paul Vergès allait permettre d’avoir les moyens institutionnels de mettre en œuvre ces propositions : c’est le mot d’ordre d’autonomie énergétique pour 2025.
"Témoignages" d’hier a expliqué quels ont été les outils mis en place par la Région pour atteindre cet objectif. Des résultats concrets ont alors commencé à être obtenus. En attendant la diffusion massive de la production d’électricité à partir du soleil, les toits de La Réunion se couvrent de chauffe-eau solaires. Chaque visite ministérielle est l’occasion pour Paris de mettre en avant un projet réunionnais qui fait avancer la République.
À l’échelle internationale, c’est la reconnaissance de La Réunion comme laboratoire des technologies du développement durable.
Mais tout cela n’allait pas dans le sens de la stratégie électorale de l’UMP. Nous étions en 2008, et il était clair que les vieilles méthodes de la fraude électorale ne pouvaient plus être sorties du placard. Il fallait trouver autre chose, et ce sont des militants UMP installés au cœur de l’État qui allaient trouver l’arme pour abattre la Région et son président : prendre la main sur tous les projets de développement durable en créant un enrobage estampillé État. Cette arme allait s’appeler GERRI.

L’UMP et le démolisseur

L’État n’était plus là pour accompagner, mais il était utilisé dans une logique d’affrontement. Il n’était plus partenaire, mais devenait celui qui permettait à l’UMP de prendre à la Région son rôle de chef de file.
Ceci a eu tout d’abord comme résultat de brouiller le message. Quelle était la feuille de route ? Le PRERURE ou GERRI ? L’autonomie énergétique c’était pour 2025 ou pour 2030 ?
Tout cela n’a pas été dans le sens d’une accélération des projets. Il fallait pour l’UMP ternir le plus possible le bilan de l’équipe sortante de la Région. Quoi de mieux alors que de tenter de faire croire à l’opinion que tout ce qui avait été réalisé jusqu’à présent l’était grâce à l’État.
Le plan atteint son premier objectif avec la conquête de la présidence de la Région par l’UMP. Place maintenant à la seconde étape, la démolition, et c’est là que Didier Robert va pouvoir exprimer tout son talent.
Aussitôt après son élection, la géothermie est arrêtée. Paris sait alors que la voie est libre pour casser la filière photovoltaïque. Puis ce sont tous les projets liés à l’énergie de la mer qui commencent à prendre du retard et leur délocalisation est évoquée.
Le coup de grâce est donné par le nouveau directeur régional d’EDF, qui déclare qu’il est nécessaire d’importer deux turbines au fuel.
Quelques mois de démolition ont suffi à ramener La Réunion plus de dix ans en arrière. L’UMP a atteint son but : retarder le développement de La Réunion et maintenir la domination des monopoles parisiens.

Manuel Marchal 


Quand le GIEC trouvait le projet réunionnais « formidable »

C’est de notre île que venait alors une contribution importante à un problème global : quel modèle construire pour atténuer et nous adapter au changement climatique ?
Plusieurs organisations mondialement reconnues ne s’y sont pas trompées et ont fait de La Réunion le lieu d’une de leurs rencontres. Cela a d’abord été le cas du GIEC, puis de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Venu en 2008 à l’occasion de la conférence organisée par la Région et l’UICN, le ministre de l’Écologie et du Développement durable, Jean-Louis Borloo, n’hésita pas à déclarer que « La Réunion a un siècle d’avance ».
L’année suivante, Paul Vergès et Élie Hoarau, à la tête d’une délégation réunionnaise, avaient l’occasion d’être reçus par le Docteur Pachauri, président du GIEC, dans son bureau, et cela en pleine conférence de Copenhague sur le Climat. Si le président d’une des institutions internationales les plus importantes avait pris la décision de prendre sur son temps précieux pour s’entretenir avec des Réunionnais, c’est tout simplement parce que le projet réunionnais de développement durable à partir des énergies renouvelables était jugé « formidable » par Rajendra Pachauri.


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