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L’échec du système dans le débat au Conseil départemental

Présentation du projet de mandature

Témoignages.re / 29 octobre 2015

La séance plénière du Conseil départemental tenue hier était largement consacrée au projet de mandature 2015-2021. Un débat dans lequel les conseillers départementaux du Groupe de concertation pour le développement de La Réunion ont fait entendre leur voix. La présidente a alors elle aussi adopté le mot système à la place de modèle pour qualifier l’organisation qui existe depuis 1946 à La Réunion.

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Les élus du Groupe de concertation pour le développement. Les interventions de Michelle Caniguy et Maurice Gironcel ont amené le débat sur le fond du problème : la rupture avec un système à bout de souffle.

Le Conseil départemental a tenu hier sa séance plénière avec notamment à l’ordre du jour la suite de la présentation des orientations de la mandature.
La séance a débuté par une minute de silence en hommage aux victimes de l’accident de la route du Puyssegrin en France. Outre les élus et les administratifs, l’hémicycle accueillait une classe du lycée du Verger à Sainte-Marie. L’étude du Conseil départemental est son projet pédagogique.

Puis a commencé la lecture de plusieurs motions. Les trois premières étaient présentées par le groupe majoritaire. Tout d’abord il était question de la nomination d’un Réunionnais au poste de secrétaire général de l’Académie de La Réunion, ensuite du maintien des exonérations de charge et du dispositif de défiscalisation jusqu’à au moins 2025, et enfin de l’entrée de Roland Garros au Panthéon.

Le Groupe de concertation pour le développement de La Réunion a rendu public deux autres motions. La première lue par Michèle Caniguy demandait le soutien du Conseil départemental pour la ratification de la Charte européenne des langues régionales. La seconde, lue par Maurice Gironcel, réaffirmait le soutien du Conseil départemental à la filière canne et lançait un appel à l’action pour débloquer la situation.

Tournant historique

Dans son discours introductif à l’ordre du jour, Nassimah Dindar, présidente du Conseil départemental, a rappelé le tournant historique que connaît La Réunion. Le chômage ne baisse pas, et c’est la réduction des dotations de l’État. 800 millions de dépenses supplémentaires ne sont pas compensées par l’État.

Cela amène à « s’appuyer sur nos propres richesses ». La présidente du Conseil départemental a également insisté sur l’importance d’ouvrir La Réunion sur son environnement régional. Elle note aussi l’importance de rechercher des solutions ici. « L’État nous incite à construire notre propre développement. Prenons l’État au mot, la lecture des motions va dans ce sens ».

Se sont ensuite succédé des interventions de cinq conseillers départementaux donnant leur position sur le projet de mandature : Sergio Erapa, Paulette Adois-Lacpatia, Philippe Robert, Michèle Caniguy et Maurice Gironcel.
Philippe Robert a déploré l’absence de programmation de nouveau collège à La Possession, alors que les trois de la commune sont saturés.

Où est la culture ?

Michèle Caniguy a constaté le manque d’un chapitre dédié à la culture. Il aurait pu s’articuler autour de plusieurs piliers : droit à la lecture pour tous, patrimoine réunionnais, une ile fière de ses artistes et un territoire numérique.

Elle a aussi souligné que 47 % de la population réunionnaise est sans diplôme. Cette proportion atteint 53 % dans l’Est. D’où l’importance de la prise en compte des langues maternelles, dont le créole, dans l’apprentissage du français.

« L’éducation nationale a changé de discours », dit la conseillère départementale, qui cite une feuille de route adoptée par le Conseil académique, instance où siège le Conseil départemental. Malheureusement, cette feuille de route ne trouve pas son application partout : « nous devons veiller à ce que la langue créole soit enseignée dans les établissements. Une feuille de route a été faite par le Conseil de l’Éducation où siège le Conseil départemental ». À l’appui de son discours, Michelle Caniguy a fait écouter une chanson de Gaël Vellayen.

En réponse, Nassimah Dindar a indiqué que le Département maintient ses politiques de démocratisation de la culture, et insiste sur l’effort fait par la collectivité dans les théâtres.
Et d’indiquer que le Conseil départemental ne peut de lui-même agir dans des questions qui relèvent des compétences de l’État : langues régionales, lutte contre l’illettrisme.

Manque d’ambition

Maurice Gironcel a déploré le manque d’ambition des orientations de la mandature. Il a rappelé les rendez-vous des six prochaines années : disparition de la défiscalisation dans sa forme actuelle, menace sur la filière canne. Le système est arrivé à bout de souffle.
Or, l’an prochain, le gouvernement propose l’inscription dans la loi de l’égalité réelle. Une réforme institutionnelle est possible, ne faut-il pas en débattre ?
Sur les inégalités, Maurice Gironcel a rappelé la différence de PIB par habitant entre La Réunion et la France : 14.000 euros. Cela fait 12 milliards au total. Il a donc fait part d’une proposition : que 500 à 600 millions d’euros soient affectés chaque année dans un fonds de développement pour arriver à terme à l’égalité du PIB par habitant.
Le conseiller départemental a noté également que 25 millions sont affectés pour les 700 kilomètres de routes départementales, insuffisant. Et « que fait-on pour éradiquer les radiers ? »

Et la filière canne-sucre ?

Maurice Gironcel a aussi constaté qu’ « aucun collège n’est programmé, alors que l’on dit que l’éducation est une priorité ». Et de rappeler que sur sa commune, un terrain viabilisé est disponible, et des plans ont été faits, pour construire un collège à Bagatelle.
Pour répondre aux besoins dans l’action sociale, l’élu a de nouveau proposé de mutualiser les crédits pour créer deux grands services d’intérêt public : un d’aide à la personne proche des gens, et un pour l’environnement avec la mise en valeur du Parc national.

Enfin, Maurice Gironcel a souligné l’absence de la filière canne-sucre du projet de mandature, ainsi que celle des accords de partenariat économique. Faits dans notre dos, ces APE annoncent la mort de nos productions agricoles.
Nassimah Dindar a rejoint l’élu communiste sur un point : le système est à bout de souffle. Une idée qu’elle a ensuite développée.
La séance s’est achevée après l’examen des autres points à l’ordre du jour. La commission permanente s’est réunie dans la foulée.


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