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L’effondrement de l’économie réunionnaise se rapproche

Baisse du nombre d’emplois dans le secteur privé

Manuel Marchal / 24 août 2012

Les derniers chiffres de l’emploi salarié du secteur privé à La Réunion sont alarmants. Le nombre d’emplois a diminué au cours des trois premiers mois de l’année. Cela donne un coup d’arrêt à un timide rebond après que l’économie ait semble-t-il touché le fond. Après les ravages causés par les démolisseurs des projets de développement, le système actuel ferme chaque jour davantage les espoirs de sortie de crise.

La crise structurelle s’accélère à La Réunion, c’est ce que confirme le dernier numéro d’Informations rapides Réunion publié mercredi par l’INSEE.
Le premier trimestre est en général la période la moins favorable pour l’emploi. C’est ainsi qu’entre janvier et mars 2011, une hausse de 0,1% avait été enregistrée avant une timide reprise au cours des trois trimestres suivants.
Mais cette année commence encore plus mal que l’an passé. Car d’après l’Institut de la statistique, l’économie réunionnaise a détruit des emplois entre janvier et mars dernier. La baisse des effectifs salariés dans le secteur privé est de 0,4%. En effet, le traditionnel rebond des embauches dans la construction n’a pas permis de compenser les pertes dans les autres secteurs de l’industrie, du commerce, et des services.

Les effets de la démolition des projets

Ces chiffres annoncent un coup d’arrêt porté à une bien timide reprise, qui s’était traduite par une croissance d’un peu plus de 1% après deux années successives de sévère récession. Sur un an, le secteur privé avait vu ses effectifs augmenter de 3,4%, une hausse due essentiellement au troisième trimestre 2011 avec une embellie dans les embauches dans la construction. Et surtout, nous sommes très loin du dynamisme affiché avant que Didier Robert et plusieurs autres maires conservateurs aient stoppé les grands chantiers : rocade Sud au Tampon, Pôle Océan, Zénith, Hippodrome dans un premier temps ; le tram-train, route du littoral et la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, dans un autre.
Quand en plus à Paris un gouvernement se rend complice de ces démolitions, et accentue encore la crise par des mesures d’austérité qui cassent l’emploi, le résultat combiné est la catastrophe que nous vivons.
Enfin, au palmarès des mesures négatives, on compte le coup d’arrêt au développement des énergies renouvelables en plein essor de la filière. Ce sont également des coupes sombres dans les subventions versées aux constructeurs de logements. La réorientation de la défiscalisation vers le logement social a eu pour effet de faire chuter la production, sans que ne s’amorce une baisse notable des demandes de logements sociaux. Autrement dit, la pénurie s’est accentuée.

Le secteur public sous la pression de l’austérité

Ces chiffres confirment l’aggravation de la situation. Si rien ne change rapidement, nous irons vers l’effondrement inévitable de l’économie réunionnaise. Ce sera alors le point le plus grave de plusieurs décennies de crise marquée par la ruine de nos industries traditionnelles, puis des relais de croissance qui avaient émergé et qui étaient censés suppléer les pertes antérieures.
Aux côtés de ce secteur productif durement éprouvé, le secteur public montre lui aussi des signes de faiblesses. La France s’est engagée depuis deux ans dans une politique d’austérité pour espérer revenir en dessous de 3% de déficit public. Cela s’est traduit à La Réunion par une diminution des postes dans l’enseignement lors des rentrées 2011 et 2012. Le nouveau gouvernement arrivé en mai dernier a décidé de garder le même objectif que le précédent en matière de réduction de déficit. Cela explique pourquoi malgré tous les espoirs, la rentrée 2012 a été un réveil difficile : il manque des postes, des classes ont fermé, d’autres sont surchargées ; tout le système éducatif repose sur des travailleurs en contrat précaire qui sont payés une fraction de SMIC mensuel pendant quelques mois qui viennent interrompre de longues périodes de chômage. Il a suffi que Paris ne réévalue pas correctement les dotations en emplois-aidés pour qu’aussitôt, tout soit bloqué.

La conférence sociale, économique et environnementale

Ces différentes impasses portent le poids de la responsabilité des démolisseurs, mais aussi de l’incapacité du modèle actuel à régler des problèmes persistants depuis des décennies. Malgré tous les colmatages à coup de lois décidées à Paris, la crise continue de s’aggraver.
C’est pour que nous puissions saisir ce moment de crise pour tout remettre à plat que le Parti communiste réunionnais a proposé au président de la République la tenue à La Réunion d’une conférence sociale, économique et environnementale.
Alors que l’effondrement du modèle s’approche, il est essentiel de tout remettre à plat pour qu’enfin le pays ait le droit de se développer. La majorité de la population qui vit en dessous ou juste au-dessus du seuil de pauvreté n’a en effet plus rien à attendre d’un modèle qui lui affirme chaque jour qu’il n’a pas besoin d’elle. Dans ce grand débat qui se profile, nous avons tous une part de la solution qui permettra enfin aux Réunionnais soumis à la pauvreté et aux jeunes de prendre toute la place qui est la leur dans une société débarrassée des injustices. Le redressement de l’économie réunionnaise et à ce prix.

Manuel Marchal

Face à l’urgence immédiate, propositions du PCR

En attendant que l’application d’un plan de développement porte ses fruits, le PCR propose d’agir sur deux leviers pour créer rapidement et dans le cadre actuel des milliers d’emplois durables pour les Réunionnais.

Environnement et aide à la personne

Lors de sa dernière conférence de presse, le Parti communiste réunionnais a rappelé comment il pourra être possible de redresser l’économie tout en redonnant sa dignité à une population injustement exclue des responsabilités.

Le moteur du développement, c’est en effet la responsabilité la plus largement partagée, et cela passe par la restauration du droit au travail.

Pour cela, le PCR propose de mutualiser les crédits de l’assistance pour créer les conditions de la solidarité réunionnaise autour de deux grands services : l’environnement et l’aide à la personne.

Cette proposition a le mérite de donner rapidement une réponse à l’urgence sociale qui a encore poussé des centaines de travailleurs à manifester devant la préfecture mercredi. Car au sein de ces deux services, il n’y aura pas de contrats précaires, mais uniquement des CDI avec des formations à la clé pour que chaque travailleur puisse devenir un acteur de la valorisation de l’environnement de notre pays, et de la solidarité intergénérationnelle.

Le moratoire dans la fonction publique

Dans l’état actuel de l’économie, la fonction publique apparaît comme un secteur dynamique en matière de créations d’emploi. Si le gouvernement tient compte de notre accroissement démographique et des besoins qui en découlent, alors le nombre de fonctionnaires est amené à augmenter de manière importante chaque année.

Le PCR propose d’orienter cet appel d’air en direction des Réunionnais diplômés au chômage. Ces derniers pourront bénéficier de formations leur permettant de réussir avec succès les concours dans la fonction publique. Dans le même temps, tous les postes créés à La Réunion dans la fonction publique seront exclus du mouvement national. C’est le moratoire. Cette gestion régionale existe déjà chez les professeurs des écoles, elle sera simplement étendue à toute la fonction publique.

Ceci pourra faciliter l’intégration d’au moins un millier de Réunionnais chaque année en tant que titulaire de la fonction publique d’État à La Réunion.


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