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L’égalité réelle a rendez-vous avec la jeunesse

Une priorité : la lutte contre le chômage des jeunes

Manuel Marchal / 25 juillet 2015

Quelques semaines après que le gouvernement ait lancé son concept d’égalité réelle, il annonce une proposition d’adaptation du Code des marchés publics pour favoriser l’emploi des jeunes. L’ampleur de la tâche est en effet immense. À La Réunion, plus de la moitié des jeunes sont au chômage. Quelle égalité réelle dans ces conditions ?

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Le 22 juillet dernier, George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer, a annoncé une décision relative à l’emploi des jeunes prise par le Conseil des ministres du jour. Il s’agit d’un projet d’ordonnance relative aux marchés publics. C’est une adaptation spécifique à l’outre-mer pour lutter contre le chômage des jeunes en utilisant le levier de la commande publique. Rappelons qu’à La Réunion, la commande publique représente par exemple plus de 80 % du chiffre d’affaires du BTP. Voici un extrait du communiqué annonçant la nouvelle :

« Compte tenu de la situation économique et sociale outre-mer, l’ordonnance porte également des mesures spécifiques pour ces territoires, en particulier pour favoriser l’emploi des jeunes dont les taux de chômage sont parmi les plus élevés du territoire national. Pour compléter son action volontariste en faveur de l’emploi des jeunes, la ministre a en effet souhaité qu’une disposition ambitieuse et innovante permette aux acheteurs publics de favoriser, outre-mer, l’emploi des jeunes de moins de 25 ans lors l’exécution d’un marché. Désormais une part minimale du nombre d’heures nécessaires à l’exécution des marchés publics devra être effectuée par des jeunes de moins de 25 ans domiciliés dans ce territoire ».

C’est donc l’annonce d’une nouvelle mesure pour lutter contre le chômage des jeunes. À La Réunion, le taux de chômage des jeunes dépasse 50 %. Aucun gouvernement n’a réussi à changer cette tendance.

Situation hors-norme

En mai dernier lors de son voyage aux Antilles, le président de la République a fait de l’égalité réelle un point central de la politique qui sera menée au cours des deux dernières années de son mandat. Les parlementaires sont chargés d’animer la concertation dans leurs territoires, et un de leurs collègues rendra un rapport qui devra déboucher sur l’adoption d’une loi-cadre au début de l’année prochaine.

L’idée de l’égalité réelle part du constat de l’échec de toutes les politiques menées depuis près de 70 ans outre-mer. Le 19 mars 1946, les citoyens de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de La Réunion sont en droit les égaux des citoyens de France. L’égalité inscrite dans la loi devait s’appliquer le 1er janvier 1947. Mais le refus du gouvernement de respecter la loi a eu de lourdes conséquences. Ce qui a été ensuite décidé a amené la situation actuelle : un taux de chômage à près de 30 %, plus de la moitié de jeunes privés de travail, plus de 40 % de la population sous le seuil de pauvreté. L’égalité permet à ces personnes abandonnées par le système d’avoir un revenu minimal pour survivre. Mais où est donc l’égalité réelle ?

Près de 10.000 bacheliers en 2015

Pour lutter contre le chômage des jeunes, ce gouvernement a adapté des mesures existantes pour la France. Lors de la campagne présidentielle de 2012, François Hollande s’était engagé à recréer un dispositif s’inspirant des emplois-jeunes de 1997, ce sont les emplois d’avenir. Pour La Réunion, il a été décidé d’élargir les critères pour que plus de jeunes puissent en bénéficier. En août dernier, le président de la République a même annoncé que le taux de financement par l’État de ces emplois allait être de 90 % du salaire net avec effet rétroactif, pour les jeunes travaillant dans le secteur non-marchand.

Ces mesures ont pu donner un coup d’arrêt dans l’augmentation du chômage des jeunes. Mais elles sont relativisées par la croissance démographique. Chaque année, la population active augmente de plusieurs milliers de personnes, car chaque année plus de 5.000 jeunes quittent l’école pour chercher un travail. Cette tendance va encore se poursuivre. Cette année, plus de 11.000 jeunes ont eu leur brevet, près de 10.000 le bac, sans oublier les lauréats des BEP et des CAP. Eux aussi vont prochainement faire partie de la population active. Face à cela, l’économie peine à créer les emplois, et l’aide de l’État ne suffit pas à redonner l’espoir.

C’est dans la structure de la société réunionnaise que la crise est inscrite. D’où l’importance de faire autre chose l’adaptation de mesures décidées pour la France. Le débat autour l’égalité réelle permettra-t-il d’aller vers cette remise à plat indispensable ?


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