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L’enjeu fondamental de la conférence économique et sociale

Conférence de presse du Parti communiste réunionnais

Céline Tabou / 29 octobre 2012

La veille de l’ouverture de la conférence économique et sociale à la Chambre des métiers de Saint-Denis, Maurice Gironcel, Julie Pontalba et Faaïza Ibrahim se sont exprimés, au nom du Parti communiste réunionnais sur cette question.

Les trois cadres du Parti ont fait le bilan de la politique menée à La Réunion depuis la loi du 19 mars 1946 et présenté une série de propositions pour un « développement, durable, solidaire et responsable » de l’île. À la fin de cette conférence de presse, un courrier a été envoyé à tous les acteurs de la société réunionnaise, dont les médias, afin de « poser les enjeux de cette conférence économique et sociale ». « poser les enjeux de cette conférence économique et sociale ».

L’appel entendu du PCR

Présidant la conférence de presse, Faaïza Ibrahim a rappelé le contexte de la conférence économique et sociale organisée par François Hollande et le gouvernement à Paris, le 9 juillet. « Lors de cette conférence, une déclinaison a été proposée pour les Outres-Mer. Au Parti communiste réunionnais, nous avons souhaité que cette conférence se fasse à La Réunion pour ce qui nous concerne », a expliqué la jeune femme.

Suite au courrier adressé au chef de l’État, la conférence économique et sociale se tient aujourd’hui à La Réunion, « nous sommes satisfaits que notre demande ait été entendue ». Cette dernière a expliqué que la conférence «  se formalisera le 14 novembre prochain ici en présence, ou pas du ministre de l’Outre-Mer  », Victorin Lurel. « Une dernière séquence de ces différents travaux est prévue au mois de décembre à Paris, où sera faite la synthèse des travaux pour tout l’Outre-mer en présence semble-t-il du Premier Ministre », a précisé Faaïza Ibrahim.

Le gouvernement souhaite « dégager 7 ou 8 mesures dans le domaine économique et social, afin de constituer la feuille de route du Gouvernement pour l’Outre- Mer durant le quinquennat ». Face à cet évènement, le PCR souhaite apporter sa contribution dans « la définition d’une stratégie de développement de La Réunion pour les années à venir ». « C’est la raison pour laquelle, nous avons voulu mobiliser l’opinion en organisant dans l’ensemble de l’île, des réunions de cellules, de quartier et aussi 3 grands meetings à Saint-Louis, Sainte-Suzanne et au Port où nous avons eu l’occasion à nouveau de rappeler nos propositions ».

« L’Apartheid social est une réalité »

Maurice Gironcel a réalisé un « bref bilan des conséquences de la politique menée à La Réunion depuis de nombreuses décennies, par les gouvernements successifs quelle que soit leur couleur politique » . Reconnaissant « les avancées indéniables après de nombreuses luttes sur lesquelles nous avons contribué » comme l’égalité sociale, la santé publique, l’éducation, les équipements publics. « Force est de constater que 66 ans après la Loi de 1946, abolissant le régime colonial, instaurant le Département et réalisant l’intégration, la situation économique est sociale de La Réunion est particulièrement grave », a insisté Maurice Gironcel.

« L’Apartheid social est une réalité tangible caractérisant la société réunionnaise. Une telle société n’est pas viable, n’est pas durable », a dénoncé le maire de Sainte-Suzanne. Ce dernier a indiqué que « l’implosion sociale est déjà une réalité et elle est une source d’explosion sociale ou de situation non maîtrisable. Du fait d’une politique des revenus aggravant les inégalités ».

« La situation n’est pas le fait d’une politique récente, mais c’est l’accumulation d’une politique menée depuis des décennies, tout le monde la connaît cette situation ». Pour étayer ses propos, Maurice Gironcel a rappelé les chiffres suivant : 158.000 demandeurs d’emplois, 60% de jeunes de moins de 26 ans au chômage, 120.000 illettrés, plus de 25.000 familles dans l’attente d’un logement, 49% de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté national.

Rappelant la politique d’intégration de La Réunion Maurice Gironcel a expliqué que le PCR avait, dès 1981, attiré « l’attention du président de la République, François Mitterrand, qui nous proposait une intégration sans assimilation, sur le fait que cette politique d’intégration atteindrait ces limites et qu’il nous faudra impérativement changer de modèle. La question se pose, si nous ne sommes pas arrivés à cette échéance de rupture avec un tel modèle ! »

« Où va La Réunion ? »

Maurice Gironcel a demandé «  comment rendre compatible et mettre en adéquation notre appartenance à la France métropolitaine et l’Europe et pouvoir mener une politique de co-développement véritable en tenant compte de notre position géographique  ». D’autant plus face aux difficultés actuelles des entreprises à La Réunion, dont un grand nombre fait faillite ou peinent à honorer leurs dettes fiscales et sociales.

Le responsable communiste a évoqué les perspectives fixées par le gouvernement pour les 5, voire 10 ans à venir, mais face à la hausse démographique, celles-ci ne pourraient utiles car  « dans 5 ans La Réunion comptera près de 900.000 habitants… et dans 10 ans, quelques 950.000 habitants. Au rythme des mesures mises en œuvre jusqu’à maintenant », la situation va continuer à s’aggraver. C’est pour cette raison que le PCR explique que les « mesures actuelles ne vont pas fondamentalement changer la situation. Sera-t-on capable donc de prendre des mesures en rupture avec ce qui se fait jusqu’à maintenant » ?

Prévoyant que « dans 10 ans, avec l’augmentation de la population active, nous aurons presque 200.000 chômeurs. Les demandes de logements vont dépasser les 30.000, et de 400.000 Réunionnais en dessous du seuil de pauvreté, on risque d’atteindre les 500.000 », a expliqué Maurice Gironcel qui a demandé « où va La Réunion ? ».

Autre élément pointé du doigt par le PCR : « l’aggravation de la crise qui dure depuis plus de 4 ans » et qui devrait continuer, car les prévisions de croissance pour 2013 ajoutée à la politique d’austérité vont aggraver la situation économique réunionnaise.

Changer de modèle

« Tous les observateurs conviennent que le modèle actuel, issu de l’intégration exclusive et mécanique à la métropole et à l’Europe a atteint ses limites. Et la combinaison de la crise structurelle et de la crise conjoncturelle marque un saut qualitatif dans l’aggravation. Nous avons la conviction que si rien ne change fondamentalement, le point de non-retour sera atteint dans les prochaines années », a expliqué Maurice Gironcel.

Ce dernier a également indiqué que « le constat lucide de la situation et de son évolution prévisible dicte l’obligation du changement. C’est ce rendez-vous qui est fixé à la conférence économique et sociale ». Le PCR a affirmé qu’il fallait « rompre avec la société post coloniale actuelle découlant du régime de l’intégration pour ouvrir la voie à la nouvelle étape du développement durable ».

Pour se faire, le PCR souhaite que cette vision soit partagée par les différents acteurs (État, élus, acteurs économiques, acteurs sociaux, monde culturel) afin d’amorcer à la conférence économique et sociale, « un véritable changement, par des mesures novatrices et audacieuses, s’inscrivant dans un cadre global et cohérent, et dans une perspective d’avenir tout en prenant en compte l’urgence de la situation ».

Céline Tabou

Des préconisations indispensables à La Réunion

Julie Pontalba a rappelé les principales propositions du PCR :

- la construction d’un nouveau modèle de développement, véritablement durable, fondé sur l’autonomie énergétique, c’est-à-dire tournant, le dos aux énergies fossiles ; c’est ce que l’on appelle « l’économie verte », qui est le défi posé à l’humanité à l’aube du nouveau siècle ; La Réunion dispose de tous les atouts pour réussir ce pari ;

- une nouvelle stratégie de développement rompant avec « l’économie de comptoir » et la dépendance exclusive avec la métropole, et ouvrant La Réunion sur son environnement géographique de l’océan Indien, en plein essor démographique et économique ; La Réunion doit relever le défi de sa double intégration à l’ensemble européen et à son environnement régional ;

- un nouveau contrat social afin de bâtir une société plus juste, de définir une nouvelle politique des revenus, et de mieux orienter les flux financiers vers le développement économique et la cohésion sociale ;

- une nouvelle gouvernance avec des responsabilités, des outils juridiques et des moyens financiers accrus, au service du développement de La Réunion ;

- une nouvelle priorité au développement humain, par l’investissement massif en faveur de la formation et de la jeunesse, la priorité d’accès des Réunionnaises et Réunionnais à l’emploi, et la valorisation de l’identité et de la personnalité réunionnaises sur tous les plans, sans oublier une politique de logements à la hauteur des besoins.

Julie Pontalba a expliqué que les grandes orientations que « nous avons formulées dans le Pacte pour un développement, durable, solidaire et responsable » seront à nouveau précisées d’ici le 14 novembre dans le cadre de cette conférence économique et sociale. « L’alternative est aujourd’hui clairement posée : le statu quo ou le véritable changement », a posé la jeune femme. « C’est-à-dire des mesures se limitant à aménager le cadre actuel, ou des mesures rompant réellement avec la société post coloniale ». « Les travaux de cette conférence économique et sociale éclaireront sur la prise en compte ou non de son enjeu fondamental », a conclu Julie Pontalba.


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