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L’impasse de la pauvreté

Un modèle à bout de souffle au bout de 64 ans

Manuel Marchal / 26 octobre 2010

Dimanche, l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté (ARCP) a une nouvelle fois rappelé l’urgence d’agir contre un mal qui ronge notre société depuis le début de son Histoire : la pauvreté. 64 ans après l’abolition du statut colonial, tous les gouvernements qui se sont succédé à Paris n’ont pas écouté les propositions réunionnaises pour développer le pays. Le résultat, ce sont plus de la moitié des Réunionnais sous le seuil de pauvreté. C’est donc un pays fragilisé par cette pauvreté de masse qui subit de plein fouet un plan d’austérité décidé à Paris.

Lorsque la loi du 19 mars 1946 est publiée dans le "Journal officiel", elle prévoit l’application de l’égalité le 1er janvier 1947. Un premier report est ensuite décidé pour le 1er juillet 1947, c’est le point de départ de la lutte pour l’application de l’égalité à laquelle ont droit les Réunionnais depuis l’abolition du statut colonial.
Tout ce temps durant lequel l’égalité a été refusée a été autant de temps perdu pour mettre en œuvre une politique de développement à partir de l’application intégrale des lois sociales à La Réunion.
Le résultat de tous ces errements, c’est la persistance de la pauvreté massive dans notre île. La fin du statut colonial a permis des avancées en termes d’accès aux soins, à l’eau potable, à l’électricité, à des logements décents ou à la scolarisation. Mais il reste encore des défis considérables à relever. C’est notamment la pauvreté massive, et des inégalités bien plus grandes qu’en France.
Depuis 64 ans, aucun gouvernement n’a mis en place des outils pour en finir avec cette situation. Des décisions prises à Paris ont même été à l’origine d’une aggravation de la situation, avec par exemple la ruine de nombreuses industries réunionnaises mises directement en concurrence avec celles de France. Pourtant, face à l’aggravation de la crise, des Réunionnais ont fait des propositions de mesures adaptées à notre situation, mais ils n’ont pas été écoutés.
Lorsque la France pouvait s’appuyer sur les confortables excédents budgétaires des années 60 et du début des années 70, la pauvreté n’a pas été éradiquée. Aujourd’hui, le modèle mis en place au lendemain de l’abolition du statut colonial doit désormais puiser ses ressources dans un État déclaré en faillite par le Premier ministre voici trois ans. Comment penser que ce qui n’a pas été fait en période d’abondance pourra être réalisé avec la rigueur ?
Or, le chômage massif est donc toujours présent, et depuis 2008, il ne cesse d’augmenter à cause de plusieurs décisions politiques prises à Paris et à La Réunion pour casser le secteur du BTP. C’est donc une société considérablement fragilisée par la pauvreté qui est en train de subir le choc de la politique de casse sociale du gouvernement.
64 ans après l’abolition du statut colonial, notre pays est plongé dans l’impasse de la pauvreté. A bout de souffle, le modèle de l’après 1946 ne peut pas régler cette question qui empêche tout développement du pays. Car comment parler de développement durable lorsque la préoccupation de plus de la moitié de la population est de survivre dans la pauvreté ?
C’est bien un autre modèle que nous devons construire pour que, rapidement, la pauvreté puisse enfin disparaître de La Réunion.

Manuel Marchal


Avant la crise mondiale, déjà 52% de la population vivaient en dessous du seuil de pauvreté


La Réunion : niveau de vie moyen 1.030 euros

France : niveau de vie moyen 1.460 euros


La Réunion : 20% des plus aisés captent 44% des revenus

France : 20% des plus aisés captent 37% des revenus


La Réunion : la moitié des personnes ayant les revenus les plus faibles se partagent 25% des revenus

France : la moitié des personnes ayant les revenus les plus faibles se partagent 31% des revenus


La Réunion : les 10% plus riches vivent 5 fois mieux que les 10% les plus pauvres

France : les 10% plus riches vivent 3,6 fois mieux que les 10% les plus pauvres


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