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L’impasse du déficit commercial

Un modèle à bout de souffle —9—

Manuel Marchal / 9 novembre 2010

En valeur, La Réunion importe 20 fois plus qu’elle n’importe. Le déficit a commencé à se creuser dans la seconde moitié des années 50 et ne cesse de s’amplifier. 66 ans après l’abolition du statut colonial, une grande partie des exportations reste toujours un produit agricole dont nous ne fixons pas le prix, mais les importations sont du type de celles de biens utilisés dans une société de consommation. Le modèle est totalement dans l’incapacité de changer la donne, car il ne permet pas aux Réunionnais d’exporter massivement des produits à forte valeur ajoutée, ou d’aller vers l’autosuffisance alimentaire et énergétique.

En juillet dernier, l’INSEE a donné les derniers chiffres du commerce extérieur. Malgré la crise, les importations se sont maintenues largement au-dessus de 4 milliards d’euros. Quant aux exportations, elles ont stagné à 250 millions d’euros. Le résultat, c’est un taux de couverture des exportations par les importations est d’à peine 6%. Et encore, en excluant des exportations les produits qui ne font que transiter quelques années à La Réunion, comme des automobiles, ce taux serait encore plus bas.
Cette situation est le résultat de l’application d’un modèle qui par nature ne peut inverser la tendance.

Conséquence du non-développement

Au lendemain de l’abolition du statut colonial, La Réunion exportait autant qu’elle importait. Mais au lieu d’appliquer immédiatement l’égalité comme le prévoyait la loi, et donc par conséquent de passer à l’étape du développement, les gouvernement en place à Paris ont tergiversé. Le résultat de ces errements se traduit dans l’évolution du déficit commercial et du taux de couverture. Car du fait du non-développement, La Réunion a été maintenue dans un rôle de fournisseur pour l’Europe d’une matière première dont les prix ne sont pas fixés par les Réunionnais.
De son côté, l’Europe qui nous achète cette marchandise écoule dans notre île plusieurs milliards d’euros de produits dont elle fixe le prix. Le 3 novembre dernier, "Témoignages" rappelait que 60% des importations viennent de France, 73% de l’Union européenne.
Cette dégradation structuelle de notre balance commerciale correspond d’ailleurs au tournant du milieu des années 50. Grâce aux luttes, les Réunionnais avaient obtenu l’intégration dans le cadre général de la totalité des fonctionnaires. Le gouvernement avait décidé que dans notre île, tous ses agents titulaires pouvaient avoir la possibilité de se payer la vie chère. Cette décision allait coïncider avec le début de l’arrivée de nombreux fonctionnaires venus de France. Ils accompagnaient la croissance des effectifs des services publics provoqués notamment par la scolarisation massive de tous les jeunes Réunionnais. Ces nouveaux arrivants sont venus avec leur mode de consommation qui a profondément transformé La Réunion.

Une des raisons du chômage de masse

Dans le même temps, du fait du choix du non-développement de La Réunion par Paris, des industries ont décliné à cause de la mise en concurrence avec l’économie de la France. Quant au secteur primaire, premier employeur de l’île, il allait subir la réforme structurelle qui a provoqué la suppression de milliers d’emplois. Ainsi, en 11 ans, le taux de couverture des importations passe de 98% en 1954 à 35% en 1965. Cette chute impressionnante correspond avec le début du chômage de masse dans notre île.
Aujourd’hui, en valeur, les exportations sont marginales par rapport aux importations. En 2008, 4,5 milliards d’euros sont partis ailleurs pour acheter des produits, et seulement 257 millions sont entrés en échange de ce que nous avons vendu à l’extérieur.
Quel développement durable envisager dans de telles conditions ?
Un modèle à bout de souffle ne pourra pas changer cette situation, d’autant plus que c’est ce modèle qui en est la cause.

Manuel Marchal


L’agent zélé du vieux modèle à bout de souffle

Pour remédier à cette très faible couverture des importations par les exportations et donc pour avoir davantage de marges de manœuvre, c’est une autre stratégie qui doit être mise en œuvre en allant vers l’autonomie énergétique et l’autosuffisance alimentaire. Ceci permet de réduire les importations et de réorienter les flux financiers de l’achat de carburants vers l’investissement à La Réunion.
Mais aussitôt arrivé à la Région, Didier Robert s’est empressé de casser cette stratégie. Le membre du bureau politique de l’UMP a aussitôt tombé le masque : il est fidèle à sa mission d’agent zélé au service d’un modèle à bout de souffle.


L’accumulation des impasses

66 ans après l’abolition du statut colonial, les impasses provoquées par un modèle à bout de souffle s’accumulent, retrouvez les précédents articles de "Témoignages" sur ce thème :

L’impasse de la pauvreté ("Témoignages" du 26 octobre)
http://www.temoignages.re/l-impasse-de-la-pauvrete,46347.html

L’impasse de la pénurie d’emploi ("Témoignages" du 27 octobre)
http://www.temoignages.re/l-impasse-de-la-penurie-d-emploi,46373.html

L’impasse du logement ("Témoignages" du 28 octobre)
http://www.temoignages.re/l-impasse-du-logement,46391.html

L’impasse des transports ("Témoignages" du 30 octobre)
http://www.temoignages.re/l-impasse-des-transports,46425.html

L’impasse du pouvoir d’achat ("Témoignages" du 2 novembre)
http://www.temoignages.re/l-impasse-du-pouvoir-d-achat,46448.html

L’impasse de la vie chère ("Témoignages" du 3 novembre)
http://www.temoignages.re/l-impasse-de-la-vie-chere,46467.html

L’impasse du financement des collectivités ("Témoignages" du 4 novembre)
http://www.temoignages.re/l-impasse-du-financement-des,46490.html

L’impasse de l’illettrisme ("Témoignages" du 8 novembre)
http://www.temoignages.re/l-impasse-de-l-illettrisme,46555.html


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