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L’Observatoire des prix et des revenus abandonne les pauvres

La flambée des prix consécutive au cyclone n’était pas à l’ordre du jour

Manuel Marchal / 11 janvier 2013

Lors de sa séance plénière hier, l’Observatoire des prix et des revenus n’a discuté que d’une seule question : le bouclier qualité-prix du gouvernement sur deux fois moins de produits que ce que le COSPAR avait obtenu de la grande distribution en 2009. Quant à la principale préoccupation de la population, la hausse des prix suite au cyclone Dumile, elle n’était pas celle d’une instance qui a renoncé à protéger les pauvres.

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Au cours des deux derniers jours, Roland Robert a mené deux visites de terrain sur des exploitations agricoles de la commune qu’il dirige. Mercredi à Dos d’Âne, il a pu constater que les maraîchers ont tout perdu. Hier, il a vu la récolte d’un jeune planteur de mangues détruite. Ce qui se passe à La Possession n’est pas un exemple isolé. Toutes les communes ont subi les effets du passage du cyclone, en particulier les greniers de La Réunion.

La conséquence de ces dévastations, c’est la raréfaction des fruits et des légumes. Les prix vont désormais atteindre des sommets.

L’État décide de l’inégalité

La Réunion est une société très inégalitaire. La question des prix illustre une inégalité tellement intolérable qu’elle qualifie une situation d’apartheid social. Toutes les études convergent vers un différentiel de prix avec la France très élevé. Une des particularités de La Réunion, c’est que du fait de la faiblesse du tissu économique, c’est le gouvernement qui fixe le montant de l’essentiel des revenus. Le taux de chômage frôle en effet les 30%, et les salaires du secteur privé sont souvent proches du SMIC.

L’État a donc une responsabilité écrasante dans la politique des revenus, car c’est lui qui dicte le montant du SMIC, celui des allocations chômage, des minima sociaux, et des retraites. À toutes ces catégories, le gouvernement applique l’égalité sur la France. Mais pour une catégorie, l’État décide d’aller au-delà de l’égalité : c’est la sur-rémunération. En versant une prime de vie chère à ses agents, l’État veut leur garantir le même pouvoir d’achat qu’en France, c’est la justification de cette mesure qui a succédé au supplément colonial versé aux fonctionnaires. Mais en refusant de verser une prime équivalente aux autres classes sociales dont il fixe le revenu, l’État les condamne à avoir un pouvoir d’achat plus faible que celui de leurs homologues en France.

Les salades peuvent prendre l’avion

La période qui suit un cyclone accentue encore cet apartheid social. S’il y a des fruits et légumes dans les rayons, c’est bien parce qu’ils peuvent être vendus, même à des prix très élevés.

À La Réunion, la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. 30.000 familles n’ont même pas assez d’argent pour se nourrir tous les jours. Tous ces travailleurs sont donc condamnés à regarder la valse des étiquettes les exclure : ils n’ont plus le droit de se nourrir avec des produits frais sous peine de déséquilibrer gravement leur budget très précaire.

Mais pour une catégorie de la population, le mode de consommation ne change pas. Cyclone ou pas cyclone, elle peut toujours consommer des produits frais. Et même s’il n’y avait plus de salade à La Réunion, la grande distribution fait prendre l’avion à des laitues récoltées en France, car il existe une classe sociale qui a les moyens financiers de payer le billet d’avion des salades.

Une régression

Face à de telles injustices, l’Observatoire des prix et des revenus a pour mission de proposer à l’État des mesures visant à préserver la cohésion sociale. Pour sa part, l’État a pour responsabilité de mettre ses services à la disposition de l’Observatoire. Quant à celle de l’Observatoire, elle est de veiller à protéger les plus pauvres des conséquences sur les prix de l’aggravation de la crise.

Alors que la population subit de plein fouet la hausse des prix consécutive au passage d’un cyclone, cette question n’est pas une préoccupation pour l’Observatoire des prix et des revenus puisqu’elle ne figurait même pas à l’ordre du jour de sa séance plénière d’hier.

Ce qui était au centre du débat, c’était de donner un avis sur une mesure du gouvernement qui constitue une régression par rapport à ce que la population a pu arracher auprès de la grande distribution lors de sa mobilisation aux côtés du COSPAR. Que pèse en effet un "bouclier qualité-prix" à négocier sur une centaine de produits par rapport aux 254 produits de grande consommation qui avaient connu une baisse immédiate pouvant aller jusqu’à 20%, suivie d’un gel de leurs prix ?

Le refus d’aborder la question qui préoccupe la population, c’est l’illustration d’un largage : l’Observatoire des prix et des revenus abandonne les pauvres.

M.M.

La population livrée au clientélisme

L’Observatoire des prix et des revenus est une mesure qu’un député de La Réunion, Élie Hoarau, a fait voter contre l’avis d’un gouvernement socialiste. Cette opposition de Paris a continué après le vote de la loi, puisque les gouvernements qui se sont succédé ont mis plus de 6 ans avant de publier le décret installant cet Observatoire.

Mais l’État a manifesté sa mauvaise volonté en refusant de laisser la direction de l’Observatoire à des représentants de la société réunionnaise. Son premier président a été le préfet. Il a été remplacé par la présidente de la Chambre régionale des comptes. Ce sont donc des agents de l’État qui dirigent cette institution, alors que selon la loi, c’est l’État qui doit se mettre au service de l’Observatoire.

Cette mainmise plombe d’entrée la capacité de l’Observatoire à agir, car à La Réunion l’État a un poids très important dans les prix et les revenus. C’est lui qui fixe les prix de l’énergie, et les montants des revenus d’une grande partie de la population.

Depuis 2007, date de son installation, force est de constater que tous les espoirs ont été déçus. Où est la transparence sur la formation des prix et des revenus ?

La conséquence de cette défaillance, c’est de laisser le champ ouvert à des mesures clientélistes. Ce qui s’est passé l’an dernier avec le carburant et qui continue avec le gaz le montre bien. Si l’Observatoire des prix et des revenus avait bénéficié de toutes les données pour faire la transparence sur les produits pétroliers, les profiteurs auraient été clairement identifiés et c’est sur eux que revenait la responsabilité de faire des efforts.

Au lieu de cela, l’opacité est entretenue, et les collectivités subventionnent les compagnies pétrolières pour qu’elles baissent leur prix.

Voilà comment la défaillance de l’Observatoire des prix et des revenus laisse la porte ouverte au clientélisme.


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