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L’Observatoire des prix et des revenus doit agir face à la flambée des prix provoquée par le cyclone

L’institution va-t-elle s’emparer de la seule question qui préoccupe la population ?

Manuel Marchal / 10 janvier 2013

Aujourd’hui, l’Observatoire des prix et des revenus tient sa session plénière. Une question est à l’ordre du jour : le bouclier qualité-prix présenté par le gouvernement. Dans la population, une question est à l’ordre du jour : comment faire face à la flambée des prix à la suite du passage du cyclone. Sera-t-elle au centre des débats aujourd’hui ?

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Depuis la fin de l’alerte rouge, les étiquettes des prix des produits frais connaissent une importante variation à la hausse. Une fois la grande distribution réapprovisionnée, les tomates affichaient 3 euros le kilo dans les rayons, pour des légumes qui n’avaient pas le degré de maturité habituel. Cette situation touche différemment les Réunionnais en fonction de leur classe sociale. Plus les revenus sont faibles, plus il est difficile de faire face à ces hausses. D’ores et déjà, plusieurs produits sont hors de prix.

C’est dans ce type de situation que l’Observatoire des prix et des revenus doit intervenir. C’est en effet à lui de proposer des mesures pour faire face à une perte brutale de pouvoir d’achat des Réunionnais. Pour cela, il doit compter sur l’appui des services de l’État. Ce sont en effet eux qui doivent contrôler l’ampleur de la hausse des prix. Dans une situation aussi exceptionnelle, le préfet Demange n’avait pas hésité à menacer les spéculateurs de peines de prison pouvant aller jusqu’à 20 ans. Ces agents doivent ensuite informer l’Observatoire des prix et des revenus du différentiel constaté, et des éléments fournis par les commerçants pour le justifier.

C’est la base minimale de travail de l’Observatoire.

L’OPR va-t-il protéger les pauvres ?

Ce dernier doit tout d’abord informer la population. Il doit lui dire de combien les prix augmentent, et pourquoi. Car si les agriculteurs ont perdu leur récolte, les intermédiaires n’ont pas vu leurs installations dévastées par le cyclone. Cela rend injustifiable le maintien de leur profit au même niveau qu’avant le cyclone, car cela signifie que c’est le consommateur qui va tout payer au bout de la chaine.

Une fois la population informée, l’Observatoire des prix et des revenus doit proposer des mesures que l’État puisse appliquer, afin d’améliorer les politiques publiques en matière d’économie et de cohésion sociale.

Connaissant les inégalités flagrantes à La Réunion, une mesure de contrôle des prix ne suffit pas. Elle doit être complétée par un soutien au pouvoir d’achat des classes démunies. Sur la base du différentiel observé par les services de l’État, l’Observatoire des prix et des revenus doit être en mesure de proposer à l’État le versement d’une prime de vie chère uniquement pour les pauvres, afin que ces derniers puissent voir leur maigre pouvoir d’achat se maintenir. À La Réunion, les pauvres sont la moitié de la population, mais ils n’ont aucun droit à la parole dans la décision, sensée les concerner.

Une institution au service de la classe des privilégiés de l’intégration ?

Aujourd’hui, l’Observatoire des prix et des revenus se réunit en séance plénière. Va-t-il escamoter la seule question qui préoccupe la population ? L’Observatoire va-t-il abdiquer sa responsabilité et se contenter d’être une instance consultative de la politique du gouvernement, voire un agent de propagande (communication) électorale ?

Autrement dit, l’Observatoire des prix et des revenus va-t-il cesser d’être un moyen de lutter contre les injustices sociales à La Réunion comme le prévoyait l’amendement présenté par Élie Hoarau et voté contre l’avis du gouvernement socialiste, en 2000 ?

Si tel était le cas, alors cela voudrait dire que l’Observatoire des prix et des revenus aura définitivement basculé dans la main de la classe des privilégiés, qui perçoit des revenus pour se payer la vie chère, "la sur-rémunération", la contrepartie est de se détourner des injustices criantes.

Par exemple, la section de Saint-Paul a découvert que près de 20% des Réunionnais disposent d’un "reste à vivre" qui ne dépasse pas 3 euros par jour. Si l’OPR a une existence, c’est d’abord pour l’extrême pauvreté. Il devrait se saisir de l’appel de l’Ermitage rendu public le 18 décembre qui demande l’abolition de la grande pauvreté avant 2015. D’autre part pourquoi ce ne serait pas Élie Hoarau, le parlementaire qui a déposé l’amendement créant cette institution, qui préside l’Observatoire des prix et des revenus ? C’est quand même lui qui connaît le mieux le contenu et les objectifs de l’OPR.

L’OPR serait-il devenu une institution supplémentaire pour soutenir et justifier l’immobilisme ?

M.M.

L’État est au service de l’Observatoire des Prix et des Revenus

Le fonctionnement de l’observatoire des prix et des revenus est régi par le Décret n°2007-662 du 2 mai 2007. Voici un extrait de la version en vigueur. La loi est très claire, l’Observatoire n’est pas au service du gouvernement, mais de la population.

« Sauf disposition législative contraire, les administrations de l’État et les établissements publics de l’État sont tenus de communiquer à chaque observatoire qui en fait la demande les éléments d’information et les études dont ils disposent et qui lui apparaissent nécessaires pour l’exercice de sa mission. Chaque observatoire fait connaître aux administrations de l’État et aux établissements publics de l’État ses besoins afin qu’ils en tiennent compte dans l’élaboration de leurs programmes de travaux statistiques et d’études. »


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