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L’Office européen de lutte anti-fraude enquête sur la Nouvelle route du littoral de La Réunion

L’Europe va-t-elle exiger le remboursement des subventions versées pour le projet de la Région Réunion ?

Manuel Marchal / 1er juin 2016

Jamais un chantier de La Réunion n’a été la cible de tant d’investigations. Après le Parquet national qui enquête sur les conditions d’attributions des marches de la nouvelle route du littoral, ce n’est rien moins que l’Office européen de lutte anti-fraude qui a dépêché une équipe à La Réunion indique le Quotidien du 31 mai. L’étau se resserre sur le projet pharaonique de Didier Robert. Si les enquêteurs trouvent quelque chose, les sanctions tomberont. L’Union européenne pourrait très bien demander le remboursement des 151 millions d’euros prévus dans le contrat, ce qui ternira gravement la réputation de La Réunion qui a grandement besoin des fonds européens pour des chantiers bien plus utiles tels que la formation ou l’agriculture. Alors que les surcoûts inévitables vont faire largement dépasser le budget initialement prévu de 1,6 milliard, il est temps d’arrêter ce gaspillage.

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La NRL s’expose sur les écrans de télévision d’un local loué par la Région à Saint-Denis. Sera-t-elle autre chose qu’un film ?

Au lendemain d’une énième opération de communication de Didier Robert et Gilbert Annette portant sur le financement d’à peine 10 % de la nouvelle entrée ouest de Saint-Denis (NEO), le président de la Région Réunion et les soutiens de la nouvelle route du littoral ont senti hier le soufflet retomber aussitôt. En effet, le Quotidien du 31 mai révèle que l’Office européen de lutte anti-fraude s’intéresse à la NRL. Des enquêteurs sont sur place, indique notre confrère.

Le but de cet office est de protéger les intérêts de l’Union européenne et de veiller à la bonne utilisation des fonds alloués. Il va sans dire que comme pour les perquisitions au siège de la Région et au domicile du président du Conseil régional, Didier Robert, l’an dernier, une telle opération est sans précédent à La Réunion.

Où sont les matériaux pour construire la NRL ?

On se souvient que sous la présidence de Paul Vergès, la route des Tamarins avait été en son temps le projet routier bénéficiant du plus important soutien financier de l’Union européenne. Jamais l’ombre d’un enquêteur de l’Office européen de lutte anti-fraude n’avait plané sur les conditions de réalisations de ce chantier, jugé exemplaire à plus d’un titre.

Mais avec la NRL issue de l’accord Didier Robert-François Fillon, c’est dans un tout autre registre que La Réunion se fait connaître.

D’après le Quotidien, les enquêteurs pourraient très bien se pencher sur les conditions dans lesquelles les élus de la Région ont voté l’attribution du marché au groupement de majors du BTP bénéficiaires. Les membres de la commission ad-hoc n’ont eu que peu de temps en séance pour éplucher les centaines de pages des dossiers de candidature.

Rappelons également que le chantier a été lancé sans avoir la certitude d’avoir les matériaux nécessaires pour les mener à bien. Cela a provoqué la plus grande manifestation pour la défense de l’environnement jamais organisée à La Réunion : plusieurs milliers de personnes avaient fait une chaîne humaine pour s’opposer à la création d’une méga-carrière dans la région de Bois-Blanc. Avec la complicité de l’État, la Région Réunion a été même jusqu’à faire venir en urgence des roches de Madagascar pour protéger les premiers travaux de la période cyclonique, un phénomène météorologique annuel à La Réunion.

Où est donc passé ce train ?

Il est à noter également que l’Union européenne finance des projets en lien avec le développement durable. L’accord Robert-Fillon a transféré sur la construction d’une route en mer les fonds obtenus par Paul Vergès pour la mise en service d’un train fonctionnant à l’électricité. Un des moyens de faire « passer la pilule » a été de prétendre qu’un jour, un « transport guidé » circulerait sur la route en mer. Mais où est donc passé ce train ?

Si l’Office européen de lutte anti-fraude trouvait quelque chose, l’Union européenne pourrait très bien demander le remboursement des 151 millions d’euros prévus dans le contrat. Sans compter que la réputation de bonne gestion donnée par les mandatures successives de Paul Vergès à la présidence de la Région Réunion pourrait en pâtir de manière irréversible. La Région a en effet la compétence pour financer les fonds européens, et a décidé d’en affecter une grande part sur le chantier de la NRL. L’Europe acceptera-t-elle d’être aussi généreuse qu’actuellement si une enquête met en cause le chantier de la NRL ?

Alors que les surcoûts inévitables vont faire largement dépasser le budget initialement prévu de 1,6 milliard, il est temps d’arrêter ce gaspillage.

M.M.


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