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L’opacité entretenue autour de la nouvelle route du littoral démontre qu’elle n’est pas financée

L’Alliance et le projet de route en mer de Didier Robert

Manuel Marchal / 20 novembre 2013

Face à une utilisation massive de fonds publics pour tromper les Réunionnais, l’Alliance a informé la population sur le véritable état d’avancement du projet de nouvelle route du littoral.

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Béatrice Leperlier, Catherine Gaud et Maya Césari ont rappelé que la part de l’Etat doit être financée par l’écotaxe, or d’écotaxe il n’y a plus.

Hier, les Réunionnais ont appris dans la presse que les premiers marchés de la route en mer de Didier Robert n’auraient jamais dû être signés. La procédure est dans l’attente d’un jugement en référé. Cela n’a pas empêché la Région Réunion d’acheter des pages de journaux pour faire croire que le chantier de la route en mer va bientôt démarrer. C’est notamment pour lutter contre cette campagne d’intoxication financée par des fonds publics que l’Alliance a fait le point hier sur le véritable état d’avancement du projet de la route en mer.

L’Alliance donne tout d’abord une analyse de la dernière visite de Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, et de l’attitude du préfet lors de la dernière séance plénière de la Région. Maya Césari revient sur les propos du ministre au sujet de l’enquête sur le projet de nouvelle route du littoral. Ce dernier a dit en substance qu’il faut « démontrer qu’il faudra montrer que ce projet est le moins pire » . De plus, ce chantier devra être indissociable de la réalisation d’une nouvelle entrée Ouest à Saint-Denis, sans que l’État ne donne la moindre garantie sur cette partie du projet. Par ailleurs, une grande confusion est entretenue sur un objectif de la nouvelle route du littoral. « Elle ne résoudra pas les problèmes d’embouteillage » , précise Catherine Gaud.

Attention danger

« Le gouvernement n’est pas clair sur un positionnement assumé sur ce projet » , constate Maya Césari.

La conseillère régionale est ensuite revenue sur l’attitude du préfet lors de la dernière séance plénière de la Région. Il a été justement interpellé sur la demande formulée depuis un an par les élus de l’Alliance : une mission d’expertise économique et financière du projet.

Le préfet a donné une réponse orale

Il dit que le projet est trop important financièrement pour être expertisé. « D’un montant de 1,5 milliard d’euros, le projet de tram-train avait été expertisé à l’époque », donc l’excuse du coût ne tient pas.

Le préfet affirme aussi que le projet est déjà validé et que le calendrier ne permet plus d’expertiser. Sachant que la demande de l’Alliance date depuis un an, force est de constater que le préfet avait largement le temps de lancer cette expertise. De plus, « il n’est jamais trop tard pour s’assurer de la capacité financière d’une collectivité », souligne Maya Césari.

Comme les arguments du représentant de l’État ne tiennent pas, les questions très inquiétantes demeurent. « Qui serait rassuré ? » , poursuit Maya Césari, qui demande si le refus de faire une expertise n’est-il pas un aveu de la peur que l’on trouve quelque chose qui bloque irrémédiablement le projet dans les finances de la Région.

Gouvernement pas clair

L’élue rappelle que l’État va continuer à baisser les dotations à la Région. Interrogé sur l’impact de cette baisse sur les finances de la collectivité, le préfet n’a donné aucune réponse.

Enfin, dans la "lettre de l’océan Indien", le gouvernement annonce qu’il financera sa part de la route en mer grâce aux recettes tirées de l’écotaxe. Mais pas d’écotaxe pour le moment, donc quid du financement de l’État.

Conclusion : « Un gouvernement fuyant, versatile, très impopulaire, de connivence totale avec un conseil régional UMP. C’est inexplicable, inexcusable » .

Cette légèreté incroyable et ce silence font craindre le pire. Ce projet est un gouffre qui sera d’abord financé par les pauvres, ceux qui n’ont pas de voiture et qui sont privés d’un transport collectif moderne et pas cher.

Pour l’intérêt des Réunionnais, l’Alliance continue le combat. La Cour administrative d’appel de Bordeaux va donc examiner la légalité de la déclaration d’utilité publique de ce projet qui prend toujours plus l’eau chaque jour.

M.M.

Projet producteur de chômage pour les Réunionnais

Quant au coût, les 1,6 milliard d’euros d’enveloppe maxi promis par Didier Robert sont déjà un mensonge. Le démolisseur de tous les projets, responsable de l’aggravation du chômage à La Réunion, ne peut plus continuer à tromper la population. Rien que par le jeu de l’index du bâtiment, « le prix actuel de la route est déjà dépassé » , explique Catherine Gaud.

Les estimations évaluent maintenant le coût final à 2,5 milliards. Mais, il faut aussi prendre en compte les 460 millions de l’entrée Ouest de Saint-Denis, qui restent à financer de a à z, ainsi que les 170 millions demandés par Tram-tiss à la Région au titre de l’arrêt du chantier tram-train.

Quant aux dépenses de fonctionnement de la Région, elles continuent d’augmenter, alors que les recettes d’octroi de mer et taxes sur les carburants baissent.

« La Région engage un projet en sachant qu’elle ne pourra pas le financer, l’État est aussi au courant » , précise Catherine Gaud. Et quand ils ne seront plus au pouvoir, les Réunionnais devront payer pendant plus de 40 ans, qu’ils aient ou pas une voiture.

Pendant ces décennies, il sera impossible de construire des lycées ou d’autres routes. Le chômage va encore s’aggraver à La Réunion, car il est clair que la route en mer donnera de l’emploi à des ouvriers spécialisés venus de l’extérieur, et pas aux Réunionnais… pour déjà plus de 133 millions d’euros le kilomètre.
Victorin Lurel marche sur la Constitution

Béatrice Leperlier estime que les mesures prises dans le domaine de l’environnement ne sont pas suffisantes. Ces manquements ont d’ailleurs été soulignés par le Conseil national de la protection de la nature qui a voté contre le projet. C’est pourquoi une enquête doit se tenir.

En plus des espèces menacées, la question des matériaux n’est pas réglée. Où sont les carrières ? « Silence total »

Encore plus grave, la Région persiste à ne pas tenir compte des nouvelles expertises liées au changement climatique. La catastrophe des Philippines rappelle la force d’un cyclone. « La population doit être tenue au courant des manquements ».

La consultation publique soulève les interrogations de l’Alliance. Tout d’abord parce qu’elle n’est accessible qu’à la frange de la population à l’aise avec Internet. Les pauvres, majoritaires dans notre île, sont exclus. Ils ne sont même pas au courant.

Ensuite, sans préjuger du résultat de l’enquête, Victorin Lurel dit que l’Etat apportera toutes les dérogations, « à quoi sert la consultation ? », s’indigne Béatrice Leperlier. « Un ministre fait un pied de nez à la démocratie environnementale » , précise-t-elle. Victorin Lurel bafoue donc ce droit fondamental inscrit dans la charte de l’environnement qui a valeur constitutionnelle.


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