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L’UMP coupe le courant au développement

Energies

Geoffroy Géraud-Legros / 12 janvier 2011

Le Président de la République présentait dimanche ses vœux à l’Outre-mer à Petit-Bourg (Guadeloupe). Un discours qui aura surtout servi à annoncer aux Outre-mers un surcroît de rigueur pour l’année qui vient. Grande absente de ces vœux, La Réunion. Aucune mention de l’État sur l’urgence économique et sociale qui affecte notre île, après deux années pendant lesquelles l’exécutif a prêché la « priorité à l’Outre-mer ». Une priorité qui, dans les faits, a surtout été donnée aux monopoles, contre le développement.

Les appels répétés à l’action face à la dégradation de l’économie et de la société réunionnaises ces dernières années ont été bien souvent moqués, qualifiés de déclarations politiciennes, ou relativisés par des effets de langage économique. Noyée dans les fausses annonces, la variété et les débats biaisés, la réalité de la situation économique n’en est pas moins implacable. Depuis 2009, La Réunion est désormais bel et bien entrée dans une phase de récession. Un déclin dû pour partie aux effets de la crise économique, mais avant tout à des prises de décisions qui, on le voit de plus en plus clairement, suivent un plan bien établi.

La récession volontaire

Plusieurs observateurs, dont une journaliste du “Monde” en août dernier, l’ont souligné : la suppression brutale des grands travaux, dont le tram-train, procède d’une démarche volontaire. Ces coups d’arrêt au développement résultent de l’accession au pouvoir de l’UMP réunionnaise le 21 mars dernier, pleinement soutenue par Nicolas Sarkozy. A ce bilan destructeur se combine le travail de restauration des monopoles engagé par le pouvoir avant même le changement de Direction à la Région, et intensifié depuis, toujours avec l’appui de l’appareil d’État.

L’enjeu pétrolier

Acquis sans transparence aucune, loin du regard de l’opinion réunionnaise, les hydrocarbures et les carburants sont sans doute les matières sur lesquelles l’emprise des monopoles est la plus forte. C’est aussi dans ce secteur d’activité économique que les liens entre l’État et les intérêts monopolistes apparaissent le plus clairement… surtout lorsque l’action collective et la volonté d’une collectivité décentralisée mettent en danger les profits considérables accumulés en amont et en aval d’une facture pétrolière qui s’élèverait à près de 500 millions d’euros.


La lutte pour des prix plus justes

Après un rapport explosif présenté par Jean-Hugues Ratenon en novembre 2007, des syndicalistes et des associatifs réunis à La Possession au mois de février 2008 commencent à structurer des actions pour obtenir une baisse du prix des carburants à la pompe, dont les prix à La Réunion flirtent au cours de cette période avec les records mondiaux. Fait méconnu, c’est cette mobilisation qui inspira, au mois de décembre suivant, la protestation guyanaise contre l’essence trop chère. L’onde de choc s’étendit ensuite aux Antilles. Ainsi, c’est de La Réunion qu’est partie l’étincelle qui a mis le feu aux Outre-mers, aboutissant aux mouvements de grève menés par le LKP en Guadeloupe, le Kolektif 5 Févriyé en Martinique et le COSPAR réunionnais. Fin 2008, la révolte qui gronde à La Réunion inquiète le monopole pétrolier.

L’Etat gardien des monopoles…

Face à Agir Pou Nout Tout qui réclame alors une baisse immédiate de 20 centimes d’euros pour tous les consommateurs, celui-ci suscite au début du mois de novembre une mobilisation des patrons transporteurs, qui demandent 20 centimes de baisse… pour eux-mêmes. L’État ne tarda pas à montrer les liens qui l’unissent aux intérêts pétroliers : en plein blocage des axes routiers de l’île par les transporteurs, le Préfet Pierre-Henry Maccioni fit publiquement la démonstration d’une infinie bienveillance envers ces derniers, lorsque leur meneur Joël Mongin annonça en sa présence sa volonté de « bloquer la Région ». Et de fait, le représentant de l’État, si prompt en d’autres circonstances à faire donner la troupe et à jouer de la matraque, ne fit pas le moindre geste contre le blocus de l’Assemblée élue. Quelque temps plus tard, un rapport de l’Autorité de la concurrence exprimait on ne peut plus clairement la collusion préfet-intérêts pétroliers, affirmant laconiquement qu’à La Réunion, « les pétroliers donnent un prix au préfet, qui s’exécute ».

… contre l’écologie

La prise de la Région par l’UMP à la suite de la triangulaire du 21 mars dernier a permis à l’État d’appuyer plus franchement encore les monopoles. Sous l’égide de Nicolas Sarkozy, la politique initiée pendant les deux mandatures Vergès, qui avaient vu La Réunion atteindre un taux de 30% d’énergies renouvelables — contre 8% seulement dans l’Hexagone — a fait l’objet d’attaques qui hypothèquent le futur et remettent en cause la plupart des avancées déjà réalisées. La mesure la plus symbolique en la matière est sans doute le coup porté au photovoltaïque par la suppression, au nom du « rabotage », de la défiscalisation. S’y ajoute l’appui donné par l’État à l’UMP régionale dans l’abandon du projet géothermique, ainsi qu’à l’interruption programmée du dispositif d’énergie thermique marine. En contrepartie, les Réunionnais ont pu entendre un responsable d’EDF prôner la construction de deux turbines au fioul dans le Sud de l’île. Pas difficile de comprendre à qui profite la mise à sac du développement durable organisée par le tandem Robert-Sarkozy.

Geoffroy Géraud-Legros.


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