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L’ UMP de Didier Robert au service des monopoles

De la casse du chemin de fer… à celle d’Air Austral ?

Geoffroy Géraud-Legros / 27 septembre 2010

En un peu plus de 6 mois à la tête de l’institution régionale, l’UMP et son dirigeant Didier Robert ont mené une campagne brutale de suppression d’équipements publics. Suppression du chantier du tram-train, à la veille du début des travaux, et des 6.000 emplois qui l’accompagnaient. Suppression de la géothermie. Suppression de GERRI. Bénéficiaire de ces opérations : le puissant monopole pétrolier. Le coup d’Etat de Didier Robert à la tête d’Air Austral, vendredi dernier, ouvre un nouveau chapitre de ce feuilleton destructeur. Objectif : démanteler la compagnie régionale, afin de l’empêcher d’acquérir les deux A-380 et d’instaurer un billet à 600 euros toute l’année. Bénéficiaire : le cartel héritier du monopole aérien, qui n’a cessé ces dernières années de perdre du terrain face à la compagnie régionale.

De dehors, ce qu’il se passe à La Réunion doit paraître incompréhensible. Didier Robert et ses proches sont probablement les seuls dirigeants régionaux de la République à demander la suppression d’investissements publics, tant dans le domaine des énergies renouvelables que celui de la construction ferroviaire.
Ce comportement s’explique-t-il par l’idéologie ? On a peine à le croire : dans le monde entier, des dirigeants de tous bords investissent massivement dans la production d’énergies alternatives — dont l’énergie solaire — et dans des moyens de transport autres que le tout-automobile dont, évidemment, le train. Ainsi, si à droite qu’il soit, le Gouvernement français vient de lancer un programme de développement ferroviaire sur trois décennies.

Gageons que l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement socialiste n’entraînera pas l’abandon pur et simple de l’extension du chemin de fer français, l’abandon de ses financements, la mise au chômage des cheminots formés pour la circonstance, la ruine volontaire des entreprises du BTP…

D’où vient, dès lors, la volonté de détruire qui s’exprime à La Réunion ? Son origine et les visées correspondent aux intérêts d’intérêts économiques puissants, qui cherchent à retrouver leur influence sur l’économie et la société réunionnaises.

Geoffroy Géraud Legros


Les pétroliers contre le tram-train

Dans l’Outre-mer français, les pétroliers et leur organisation en monopole d’achat et de distribution font la loi. Et pressurent littéralement des populations maintenues dans l’hyper-dépendance à l’importation d’hydrocarbures, avec l’appui traditionnel des représentants de l’Etat… mais aussi de politiciens locaux acquis à leurs intérêts. C’est précisément contre cette collusion Etat-pétroliers-alliés politiques locaux que s’était déroulée la vague de révoltes dans les Outre-mers, menées par le LKP en Guadeloupe, le Kolektif 5 Févriyé en Martinique et le COSPAR réunionnais au mois de mars 2009.

Le tram-train et l’autonomie énergétique : un danger pour le lobby du pétrole

Dans notre île, la dernière décennie a vu émerger une série de programmes, axés sur l’autonomie énergétique et le développement durable. But : sortir en même temps du tout-automobile et de la dépendance envers les énergies fossiles. Outils majeurs : la reconstruction d’un chemin de fer — déjà démantelé en 1964 pour des raisons politiques — et le développement de technologies telles que le photovoltaïque et la géothermie.
Pour les pétroliers et leur lobby, l’annonce de ces grandes transformations sonnait comme la fin d’un monde. En affichant un objectif de 0% d’énergies non renouvelables à l’horizon 2025 et en réduisant la facture du carburant automobile par l’essor du chemin de fer, la dynamique enclenchée par la Direction de la Région remettait en cause les gains colossaux du monopole des hydrocarbures, dans une île où la facture pétrolière annuelle s’élève à plus de 400 millions d’euros.
On connaît la puissance du pétrole à La Réunion. On sait aussi quelles méthodes il emploie : les carburants sont achetés à Singapour, sans aucune transparence. Quant à la fixation de leurs prix, « les pétroliers proposent un prix, au Préfet, qui s’exécute », dénonçait un rapport de la haute autorité de la concurrence publié en 2009.
On comprend donc que le tram-train et les énergies vertes aient été les cibles du monopole pétrolier, du pouvoir et de leurs alliés politiques dans notre île. Collusion d’ailleurs pas même dissimulée : ainsi, en 2008, Le Préfet Pierre-Henry Maccioni montrait publiquement avec quelle bienveillance il considérait une grève inspirée par le lobby pétrolier, dans le but de torpiller la revendication populaire d’une baisse de 20 centimes d’euros à la pompe.

Didier Robert sert les intérêts pétroliers

Dans le champ politique, Didier Robert a mené une bataille permanente contre le programme d’autonomie énergétique : dès le départ, il a combattu la géothermie, et a enchaîné les attaques contre le tram-train, contre lequel il n’a pas été avare de démagogie, de populisme et de coups bas. Une campagne menée pour le compte et au plus grand profit des intérêts pétroliers, qui a donné les résultats que l’on sait. A peine arrivé au pouvoir, Didier Robert supprimait le tram-train, se cachant derrière la “com’” et les effets d’annonce répétés d’une « renégociation » des Accords de Matignon… qu’il ne cesse de décaler, et à laquelle même les mieux disposés à son égard n’accordent guère de crédit. Il n’y croit d’ailleurs pas lui-même, et pour cause ! Sa véritable mission consiste non pas à aménager le territoire, mais à restaurer et à conforter les puissants intérêts du pétrole. C’est à ceux-là, et à ceux-là seuls que profite la destruction du tram-train, dans un pays où 70% de l’énergie est consommée par le transport, et où le budget auto est la première dépense des ménages.

G.G.-L.


Le cartel aérien contre les A-380

L’offensive de Didier Robert pour prendre le contrôle d’Air Austral obéit à la même logique. En cherchant à mettre la compagnie sous son influence, le dirigeant UMP a avant tout pour but de faire plonger la compagnie régionale, déjà mise à mal par ses agissements. Comme le journaliste Idriss Issa dans “Le Quotidien” de samedi dernier, « les carottes sont en train d’être cuites pour l’implosion de la SEMATRA ».
Et notre confrère de s’interroger quant à « l’attitude » qu’inspirera le putsch du Président de la Région aux « actionnaires privés ». A qui profiterait un plongeon de la compagnie régionale ? Un aperçu aux évolutions récentes du secteur aérien dans notre pays permet de comprendre l’enjeu que recouvre la tentative de prise de contrôle d’Air Austral.

David contre Goliath

Dans un ciel longtemps dominé par un opérateur unique — la compagnie nationale Air France — Air Austral a su s’imposer, face à des adversaires dotés de moyens immenses. Cela, grâce au soutien des collectivités, ainsi qu’à l’élan impulsé par la direction de l’entreprise et au dynamisme de son personnel. Ces actions conjuguées ont pu faire émerger une compagnie véritablement réunionnaise, dont les employés sont des Réunionnais et dont les bénéfices sont investis à La Réunion, pour le développement de La Réunion. La concurrence n’a épargné aucun coup à la compagnie. Là encore, elle a bénéficié d’un appui parisien, le gouvernement tentant en particulier d’imposer des mesures de dumping défavorable à l’opérateur réunionnais. Celui-ci est néanmoins parvenu à faire face et à desserrer l’étau du monopole hérité de l’histoire : ainsi, en novembre dernier, Air Austral supplantait pour la première fois Air France sur le trajet Paris-Réunion. Une évolution qui tranche avec celle des deux autres compagnies présentes sur le segment, Air France perdant son influence historique et Corsair battant sérieusement de l’aile. Au même moment, Air Austral multiplie les nouvelles destinations…

Les deux A-380 : menace mortelle pour l’ancien monopole

Le projet porté par la compagnie aérienne régionale va bien au-delà des conquêtes de parts de marché et de nouveaux segments aériens. Par le contrat passé entre Air Austral et le constructeur aérien Airbus, la compagnie réunionnaise a prévu de faire l’acquisition de deux très gros porteurs A-380, qui devraient entrer en service en 2014. Grâce à un aménagement de « surdensification » passant par la suppression de la 1e classe, les deux appareils pourraient transporter jusqu’à 852 voyageurs. Les dirigeants d’air Austral ont annoncé qu’une fois ces appareils mis en service, la compagnie proposerait des billets à un prix fixe tout au long de l’année, de 30% inférieur au coût actuel.

Tentative de restauration

Des avions plus performants, des billets pour le plus grand nombre, au prix constant de 600 euros environ : voilà la menace la plus sérieuse qu’ait jamais eu à affronter le cartel du transport aérien, héritier de l’ancien monopole colonial. Comme les pétroliers mis en danger par le tram-tain et les énergies vertes, celui-ci a trouvé un exécuteur politique en la personne de Didier Robert.
Au moment même où il procédait à son coup de force, le Président UMP de la Région déclarait « n’avoir rien à reprocher » à Nassimah Dindar. Pourquoi, dès lors, mettre une telle énergie à prendre le contrôle de la compagnie, jusqu’à se commettre dans une opération illégale ? Peut-être, ses soutiens s’impatientant, le dirigeant UMP veut-il se hâter de réserver à Air Austral le même traitement qu’au Tram-train. Et de restaurer l’influence d’un cartel aérien en perte de vitesse, et donc la rente qu’il a longtemps perçue, en imposant des prix injustes aux Réunionnais.

G.G.-L.



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  • Peut-on prêter à DR une vision aussi organisée et machiavélique sur le long-terme ?
    Je ne suis pas sûr , mais objectivement , ce que l’on perçoit de sa " démarche " pour l’instant corrobore l’analyse de Mr géraud-Legros et en tous cas conduit effectivement au renforcement des monopoles ( auquel il faut ajouter le très important lobby automobile ). selon moi , il s’agit plus d’un règlement de comptes politique de court terme , teinté de fanfaronade mal placée et qui permet en prime au gouvernement de faire des économies sur notre dos , alors que le bouclier fiscal continue de coûter à l’Etat l’équivalent du budget de la Région Réunion ( 600 millions ) !
    Que cette démarche conduise à desservir les intérêts de la population en termes de développement économique , de cout de la vie et de protection de l’environnement , est indéniable...Je vois donc plus d’irresponsabilité que de calcul, car pour calculer à ce niveau , il faut avoir le niveau , alors que pour moi , DR se contente de gérer sa carrière au sein de l’UMP en se moquant des conséquences locales de ses actes.

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  • Merci pour toutes ces nouvelles ! Suis d’accord avec toi. Votons socialiste en 2012 !! Il faut démanteler tous ces lobbies qui ruinent notre pays (métropole et Iles) ! J’espère que les socialistes sauront remettre le pays en route ! En tout cas, ils commencent à ruer dans les "brancards" et c’est bien. Que la vérité qui commence à éclater au grand jour aille au bout de sa course !!!

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