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L’UMP engluée dans ses contradictions

À 12 jours de l’arrivée de la ministre de l’Outre-mer

Manuel Marchal / 10 avril 2010

Jeudi, Gélita Hoarau est intervenue au Sénat. Elle a proposé au gouvernement une possibilité de sortir de la crise mais Paris n’a pas su saisir l’occasion. Dans sa réponse, le ministre a fermé toute solution, reprenant ce qu’il avait dit à Huguette Bello deux jours plus tôt à l’Assemblée nationale. Et les applaudissements des sénateurs UMP qui ont salué l’intervention raisonnent comme l’illustration d’une pratique totalement dépassée de la politique. Comment en effet peut-on applaudir le refus d’une solution qui va à la rencontre des préoccupations des différentes parties concernées ?

Depuis déjà plusieurs jours, des jeunes sont en lutte pour faire valoir leur droit de travailler à La Réunion. Ils ont eu plusieurs rencontres avec la nouvelle majorité de la Région qui n’ont débouché que sur une chose, la promesse jusqu’à présent de ne pas solliciter la police pour les expulser. Ces jeunes ont donc établi un campement dans le hall de la Région.
À la revendication des jeunes de travailler dans leur pays, l’administration oppose un manque de poste dans les disciplines dans lesquelles les jeunes ont obtenu leur titularisation. Les jeunes interpellent donc le président de la Région, qui est également député UMP. Ce dernier décide de ne pas faire intervenir la police pour les déloger de l’hôtel de Région. Il les rencontre plusieurs fois mais pour le moment, aucune avancée n’a été enregistrée de la part de cet interlocuteur.
Du côté du rectorat, aucune avancée non plus, et l’intervention des forces de police pour faire dégager les jeunes quelques heures après leur première rencontre avec Didier Robert.

Solutions proposées

Mardi, les députés ont l’occasion d’interpeller en direct devant les caméras de télévision les membres du gouvernement lors de la séance des questions, c’est la députée Huguette Bello qui intervient. Elle rappelle tout d’abord que des postes vacants existent à La Réunion, que les heures supplémentaires peuvent aussi permettre d’en créer, et souligne que dans ses déclarations, le président de la République appelle à une autre politique de mobilité afin que des enseignants ne soient pas mutés à 10.000 kilomètres de chez eux.
Dans sa réponse, le ministre Luc Chatel se retranche derrière le caractère national du concours et du diplôme, et l’absence d’après lui de postes dans les disciplines pour lesquelles les jeunes Réunionnais ont obtenu leur titularisation, afin de justifier le blocage de l’administration.
Deux jours plus tard, c’est une autre parlementaire réunionnaise qui saisit l’occasion des questions au gouvernement pour interpeller de nouveau le ministre de l’Éducation. Gélita Hoarau propose plusieurs possibilités pour régler la situation. C’est tout d’abord puiser dans les 117 postes qui sont gelés en attendant la rentrée prochaine. C’est ensuite la possibilité de transformer en postes des heures supplémentaires. C’est enfin la nécessité de tenir compte de la croissance démographique et des besoins en effectifs liés à ce phénomène et à celui du niveau insuffisant dans les évaluations de CM2. Cette prise en compte de la réalité demande des effectifs supplémentaires. Autrement dit, imposer à La Réunion la suppression d’un poste pour deux départs à la retraite retire aux jeunes générations la possibilité d’être traité en égal dans la République.

L’UMP préfère l’impasse

Ce sont donc autant de possibilité de sortir de l’impasse.
Mais dans sa réponse, le ministre est totalement hors sujet. Il répète ce qu’il a dit deux jours plus tôt à l’Assemblée nationale, et ce texte, dont la provenance semble venir tout droit de la plume d’un fonctionnaire de l’administration centrale, suscite les applaudissements sur les bancs de l’UMP.
Quel est donc le sens que l’on peut donner à ses applaudissements ?
Force est de constater que cette double interpellation du gouvernement intervient peu de temps après une lourde défaite infligée à l’UMP lors des régionales, alors que le résultat de La Réunion est un des rares motifs de satisfaction pour le pouvoir.
Or, c’est précisément à La Réunion que l’UMP est confronté à un problème que le gouvernement et son représentant local à la Région sont incapables de régler. Donc le pouvoir est dans l’impasse.
Dans ce contexte, les applaudissements des parlementaires UMP dénotent une volonté d’affrontement. C’est le signe que l’UMP perd les pédales et n’est pas cohérent dans ses propos.
En effet, le problème soulevé par les jeunes et les solutions qui sont proposées par des Réunionnais vont à la rencontre des préoccupations affichées par le président de la République quand il décline son projet pour l’Outre-mer. En refusant la sortie de l’impasse et en applaudissant le langage du blocage, les parlementaires UMP sont pris dans leurs contradictions. Il est profondément injuste que des jeunes Réunionnais paient les contradictions du parti au pouvoir.

Manuel Marchal


Kanalreunion.com