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La bataille de Sainte-Suzanne : quelle politique voulons-nous ?

Geoffroy Géraud-Legros / 3 janvier 2012

À la fin du mois de novembre 2011, un tiers des élus du Conseil municipal de Sainte-Suzanne ont communiqué leur démission à la Préfecture. Une démarche collective, initiée en application d’une décision arrêtée par les militants de Sainte-Suzanne, décision elle-même partagée et soutenue par l’ensemble du Parti communiste.
Les termes en étaient clairs : aussitôt ses droits retrouvés, Maurice Gironcel devait réintégrer ses fonctions à la tête de la municipalité démocratique, où la population travailleuse de Sainte-Suzanne l’avait placé dès le premier tour en 2008, lui apportant 60% des suffrages. Cette orientation, on le sait, constituait une réponse populaire et militante au verdict politique d’inéligibilité visant l’élu communiste, rendu à l’issue d’un procès bancal. Elle a été énoncée, expliquée, commentée au cours d’une centaine de réunions publiques ; elle a été régulièrement rappelée par "Témoignages" ; les radios, les télévisions et la presse écrite l’ont également relayée.

Tout cela n’empêche pas M. Daniel Alamélou, élu l’année dernière conseiller général PCR grâce au soutien de Maurice Gironcel, de briguer ouvertement la place de ce dernier.

Ne nous y trompons pas : ce ne sont pas deux individus, mais deux conceptions politiques qui s’opposent aujourd’hui à Sainte-Suzanne.
Héritier du combat mené par Lucet Langenier pour arracher cette terre des mains de l’un des représentant les plus réactionnaires de la classe sociale des sucriers, Maurice Gironcel a employé ses mandats à appliquer le projet de développement technique et social élaboré par le PCR.
Son engagement, forgé dans les luttes syndicales et politiques, se fonde tant sur une vision progressiste de long terme que sur un militantisme de la conviction et de l’idée.

En face, M. Alamélou a pour seul programme l’affirmation de sa jeunesse et de sa nouveauté, pour seule conviction la croyance dans sa propre ambition, pour seule ressource militante son aptitude à dispenser via ses associations des contrats temporaires et des avantages en nature à une population otage de la précarité.
La rupture avec un modèle de développement inadapté sur le plan administratif et politique et injuste sur le plan social est un combat. La politique de l’égo, qui combine saupoudrage et arrosage, ne l’est pas. Ceux qui la pratiquent ne risquent rien ; ils sont au contraire certains d’obtenir l’appui des puissants intérêts économiques dont le développement et l’émancipation de La Réunion menacent les positions dominantes.

En tant que membre du PCR, affilié au Comité central des jeunes réuni lors du congrès tenu au Gol il y a un peu plus d’un an, il me paraît important de préciser que la véritable jeunesse, celle de l’action et des idées, n’est pas ici du côté de celui qui l’invoque.
Au vrai, le comportement de M. Alamélou n’est qu’un nouveau symptôme de la régression qui, dans le contexte contemporain de crise économique et sociale, affecte le jeu politique réunionnais. De manière effrayante, cette tendance nous renvoie à ce passé colonial, passé finalement pas si lointain, où les achats de voix, le clientélisme au profit d’un « patron » sans couleur politique, dénué d’autre idéologie que sa propre survie, constituaient l’essentiel de la vie civique réunionnaise. Tous ceux qui luttent pour la dignité et l’épanouissement du peuple réunionnais doivent s’y opposer, à Sainte-Suzanne et ailleurs.

Geoffroy Géraud-Legros


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