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La casse des structures après la casse des projets

L’Alliance dénonce une politique régionale incohérente

Céline Tabou / 31 janvier 2013

Les élus de l’Alliance ont dénoncé « les décisions incohérentes de la Région Réunion » dans un contexte de crise « d’une exceptionnelle gravité ». Deux représentantes du groupe, Béatrice Leperlier et Maya Cesari ont pointé du doigt les propos tenus par le président de la Région Réunion, Didier Robert, lors de ses vœux à la presse.

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Face à la dégradation de la situation économique et sociale, les conseillères régionales ont expliqué que « le devoir et la responsabilité des élus, et plus encore d’une institution comme la Région sont de se concentrer sur l’essentiel, d’anticiper les évolutions prévisibles, de fixer un cap, de fédérer les acteurs, de dialoguer avec le gouvernement, et de se concerter pour trouver des solutions ».

« Imprévision, improvisation, sectarisme, postures politiciennes, voire réactions d’humeur » sont dénoncés, car ceux-ci «  priment et inspirent des décisions ou des prises de positions  (…) en adoptant des postures politiciennes et en cassant des structures partenariales ». Maya Césari et Béatrice Leperlier ont également constaté la dérive du budget de l’institution, car elle « casse des structures après avoir cassé des projets ».

Un budget «  insincère »

Rappelant le débat sur les orientations budgétaires et le vote du budget primitif, Béatrice Leperlier et Maya Cesari ont mis en exergue les « bonnes intentions » proclamées comme l’absence de décisions modificatives augmentant les dépenses de la Région afin de respecter le plan pluriannuel d’investissement destiné à lancer le projet de la nouvelle route du littoral. Cependant, le dossier de la continuité territoriale « montre que la Région n’a aucunement l’intention de respecter ses engagements, et que le budget de fonctionnement va exploser ».

Concernant les emplois verts, le budget de la Région prévoit 11 millions d’euros, « ce qui correspond à peu près au co-financement d’environ 1.000 emplois verts », toutefois, la Région « annonce qu’elle a l’objectif de co-financer 2.300 emplois verts, ce qui impliquerait de sa part un effort budgétaire de l’ordre de 20 millions d’euros ». L’Alliance se demande s’il s’agit d’une posture politicienne ou d’une réelle volonté de répondre à l’urgence sociale qu’est l’emploi. Les élus posent deux possibilités soit la Région « a la ferme volonté de cofinancer 2.300 emplois verts, et alors elle doit ajuster son budget si elle veut être crédible auprès de l’État pour obtenir les quotas ; soit elle n’a plus les moyens de le faire et veut transférer la responsabilité de sa défaillance sur l’État ! Tout cela n’est pas responsable ».

Parmi les « décisions budgétaires incohérentes de la Région, le gaz et le carburant », l’Alliance dénonce le retrait de la Région pour arrêter « l’hémorragie budgétaire qui découlait d’une décision irresponsable », car le gouvernement a changé. « Où sont la logique et la cohérence dans ces décisions successives ? »

Le service public abandonné

Suite aux annonces de Didier Robert concernant le retrait de la Région de certaines structures, telles que GERRI (Grenelle de l’environnement à La Réunion : Réussir l’innovation) ou le Comité Régional pour l’Innovation (CRI). Les élus se demandent si ces décisions « sont-elles dictées par une volonté de régler des comptes ? ». La majeure partie des structures abandonnées par la Région Réunion était en partenariat avec l’État, qui a basculé à gauche. Face à ces nombreux retraits, la Région n’a pas pris en compte l’avis de ses partenaires, ni des dispositions relevant de chaque organe, ce qui s’apparente à des décisions « dictatoriales et attentatoires à une gouvernance responsable ».

Le Comité Régional pour l’Innovation était l’une des structures partenariales « par excellence », réunissant la Région, l’État, le Département et les acteurs de la recherche. L’objectif de cet organisme était de porter le schéma régional de l’innovation, approuvée par l’Union européenne. « Quelle est la crédibilité de la Région et de son président de claironner partout “Réunion terre d’innovation”, de mettre en exergue la priorité à la recherche et à l’innovation, lorsque l’on décide de se retirer d’une structure qui ne coûte pratiquement rien ? », pose l’Alliance.

Sur le dossier GERRI, Didier Robert a défendu le dossier lors du gouvernement de François Fillon, mais aujourd’hui « il découvre son inutilité après l’alternance ». Après avoir abandonné les projets de géothermie ou encore la couverture de la route des Tamarins par des panneaux photovoltaïques dans la perspective de véhicules électrique, « la Région reporte sur GERRI ses propres insuffisances ». « La disparition de GERRI est un très mauvais signal », notamment dans le cadre de l’ambition proclamée d’autonomie énergétique de La Réunion.

« Faire preuve de responsabilité »

Les élues de l’Alliance ont dénoncé l’attitude « pour le moins dictatoriale » de Didier Robert qui « ne s’inscrit pas dans l’esprit de l’exercice de la fonction d’un président de Région ». À travers notamment la consultation et concertation avec les partenaires concernés par les projets de structures partenariales, le président de la Région souhaite « renforcer les structures qui lui sont proches ».

Dans un tel contexte, « il faut plus que jamais avoir la préoccupation de rassembler tous les acteurs et de construire et non de détruire ». L‘Alliance appelle Didier Robert à « faire preuve d’esprit de responsabilité, à maintenir l’acquis du partenariat entre les institutions, à favoriser sur tous les dossiers les conditions du dialogue et de la concertation avec l’État, les autres collectivités, les acteurs économiques et les acteurs sociaux ». Le groupe dénonce « toute attitude sectaire » pouvant « isoler et affaiblir la Région alors que le rassemblement de toutes les énergies et la préoccupation exclusive de l’intérêt général sont nécessaires pour relever les défis auxquels nous sommes confrontés ».

Correspondant

Coût de la route du littoral : l’Alliance en appelle à l’État

Le groupe appelle « l’attention de l’État et de la Chambre régionale des comptes sur les risques pesant sur les grands équilibres du budget de la Région », comme cela a été le cas lors de la question du financement du tram-train. L’Alliance demande à l’État, signataire des accords de Matignon et co-financier du projet, de « diligenter une mission de la MEEF (Mission d’expertise économique et financière », organisme placé sous l’autorité du ministère de l’Économie et des Finances, afin de déterminer « les conditions de la soutenabilité financière du projet de la nouvelle route du littoral ».


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