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La catastrophe

Tram-train : une décision lourde de conséquences

Manuel Marchal / 31 mai 2010

Enterrer le tram-train, retarder la mise en chantier de la nouvelle route du littoral, porter un coup fatal au BTP. C’est le résultat de la décision prise par Didier Robert de ne pas être là aujourd’hui au moment décisif. Ce sont au total plus de deux milliards d’euros d’investissements et plusieurs milliers d’emplois qui sont remis en cause, alors que le pays a un besoin urgent d’infrastructures et de travail.

Ce matin à 8h30, l’Intersyndicale du BTP appelle à un rassemblement devant la Région. Depuis vendredi, c’est devant la Région qu’Hermann Elise, président du syndicat Vigilance terrassiers La Réunion (VTR) a installé ses engins de BTP. À cause du report ou de l’arrêt de chantiers, son entreprise est au bord de la rupture, et elle compte donc sur le tram-train pour passer le cap. C’est l’inquiétude partout.
C’est en effet aujourd’hui qu’expire la clause suspensive du contrat de partenariat public privé signé le 1er décembre dernier entre la Région et Tram’Tiss, le groupement d’entreprises qui doit construire et exploiter le tram-train de La Réunion.
Ce contrat prévoit le démarrage du chantier dès que possible, c’est-à-dire dès qu’une solution sera trouvée pour financer le paiement de la redevance annuelle à payer à Tram’Tiss. Mais la nouvelle direction arrivée à la Région a tout remis en cause. À peine élu, le nouveau président de Région a rencontré le gouvernement pour évoquer l’abandon du tram-train. Lors de sa visite à La Réunion, la ministre de l’Outre-mer a confirmé cette orientation choisie par Didier Robert. Or, ce choix va à l’encontre du contrat signé par la collectivité qu’il préside depuis mars.

Didier Robert préfère aller bat’karé à Nice

En effet, la Région devait rechercher avec l’État une solution pour financer la redevance nécessaire à l’exploitation et à la réalisation du tram-train, mais pas une solution pour abandonner le projet. Et rien dans l’attitude du nouveau président de Région ne laisse présager une issue favorable. Invité sur le plateau de RFO-Télé le soir de la première séance plénière de la Région qu’il a présidée, Didier Robert a annoncé vouloir prochainement s’exprimer « abondamment » sur le tram-train. Mais ne voyant rien venir, le monde du BTP s’est encore plus inquiété. Une mobilisation de l’Intersyndicale a provoqué une rencontre entre les représentants des travailleurs et Didier Robert le 19 mai dernier. Ce dernier s’est engagé à prendre position au plus tard le 31 mai sur le tram-train. Mais il n’a pas respecté la parole donnée.
Car absent depuis la semaine dernière de La Réunion, Didier Robert n’a pas réuni l’assemblée plénière qui devait décider de la suite à donner à la clause suspensive du contrat de partenariat public-privé qui lie la Région et Tram’tiss. Plutôt que de venir s’exprimer, il préfère prolonger son séjour hors du pays aller bat’karé à Nice.
Cette absence est une décision lourde de conséquences.
Elle signifie enterrer le tram-train, retarder la nouvelle route du littoral et porter un coup fatal au BTP.

Quelles études pour la route à 6 voies ?

En effet, Didier Robert a annoncé vouloir utiliser les crédits du tram-train pour construire une route du littoral à 6 voies. C’est une remise en cause du Protocole de Matignon qui prévoit la construction du tram-train et d’une route littoral à quatre voies sur la base d’études suffisamment argumentées pour que l’État et l’Europe s’engagent aux côtés de la Région sur deux investissements dont le montant cumulé dépasse 2 milliards d’euros.
Une nouvelle route du littoral à six voies est-elle possible, si oui quand, et quand commenceront les études ? Le chantier de la nouvelle route du littoral est retardé, et il semble difficile de croire qu’il puisse être lancé d’ici 2014. Ce sont donc au moins 4 ans de perdus qui s’ajoutent à la suppression du tram-train.
Jadis secteur le plus dynamique de l’économie de notre île car fort de plus de 23.000 salariés, le BTP voit se dessiner un coup fatal. L’abandon de grands projets, dont celui de la rocade du Tampon par Didier Robert, et la diminution des investissements de l’État dans le logement ont fait brutalement perdre des milliers d’emplois au secteur du BTP. L’arrêt du tram-train et le retard de la mise en chantier de la route du littoral auront un résultat dramatique : c’est un coup fatal porté au BTP.
La première conséquence de cette décision, ce sont des milliers d’emplois supprimés. Comme pour la rocade du Tampon, le Zénith ou le Pôle océan, les travailleurs paient le prix des décisions qui cassent les projets.

Manuel Marchal


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