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La claque pour les députés de La Réunion

Le gouvernement n’attribue aucune responsabilité d’envergure aux nouveaux élus réunionnais : un constat d’incompétence ?

Manuel Marchal / 19 septembre 2012

Au second tour de l’élection présidentielle, François Hollande est arrivé largement en tête à La Réunion. Avec 1% du corps électoral de la République, notre île a apporté 15% de la majorité. Pourtant, aucune responsabilité de haut niveau n’a été confiée aux sept députés réunionnais se réclamant de la majorité. Voilà qui relativise l’importance que le gouvernement peut leur accorder.

Lors de l’élection présidentielle, François Hollande a remporté une victoire claire et nette à La Réunion : majorité absolue dès le premier tour, et 71% des voix au second. Dans ce score fleuve, les communistes ont apporté une contribution décisive. C’est ainsi que les villes dirigées par des maires PCR ont été au-dessus de la moyenne, Le Port en tête avec plus de 81% pour Hollande au second tour. Cela permettait de compenser des scores plutôt décevants à Saint-Denis ou à Saint-Paul.
Grâce à cette mobilisation, l’écart de voix entre François Hollande et Nicolas Sarkozy à La Réunion représentait 15% de la différence entre les deux candidats. Un résultat considérable pour une île qui ne comporte que 1% du corps électoral.

On allait voir ce qu’on allait voir…

Un mois plus tard, c’étaient les législatives. Pour la première fois, les Réunionnais élisaient 7 députés. L’UMP, majorité parlementaire sortante, a subi une défaite totale. Pour la première fois depuis 1946, le parti s’affichant comme conservateur n’a aucun député.
Le PCR a également connu un recul. Comme dans la majeure partie de son histoire, il n’a pas de député. D’autres partis ont profité à fond du mode de scrutin et d’un traitement médiatique favorisant la bipolarisation à la mode française. Que n’a-t-on pas entendu sur la nécessité d’élire des députés du même parti ou presque que le nouveau président ? Sans arrêt était martelée cette évidence : avec des députés socialistes ou assimilés, la cause de La Réunion allait avancer. Bref, on allait voir ce qu’on allait voir.
C’est pourquoi dans ce contexte, le parti du vainqueur de la présidentielle est favorisé. Avec bien moins de 40% des voix au premier tour, le PSF et ses alliés raflent 6 sièges sur 7. Le dernier est obtenu par un Modem qui s’empresse d’aller siéger dans le camp de la nouvelle majorité parlementaire à l’Assemblée nationale.
La victoire de la nouvelle majorité est donc écrasante à La Réunion.

Aucun ministre et le reste à l’avenant

L’élection passée arrive le moment de la confrontation avec la réalité.
Trois originaires de l’Outre-mer figurent dans le gouvernement, mais aucun Réunionnais.
Il y eut le choix d’un député guadeloupéen pour le ministère des Outre-mer, d’une députée guyanaise pour le ministère de la Justice, et d’une députée parisienne issue de l’émigration antillaise à la Réussite éducative.
Conséquence : aucun Réunionnais n’a été nommé rapporteur de la moindre loi.
Ces sept députés ont également brillé par leur discrétion lorsqu’il s’est agi de se mobiliser contre les suppressions de poste dans l’Éducation nationale décidées par l’ancien gouvernement et maintenues par l’actuel.
La conférence des RUP a même été l’occasion pour le gouvernement d’infliger un nouveau constat d’incompétence aux nouveaux élus réunionnais puisque c’est à Serge Letchimy, député de la Martinique, que le ministre des Outre-mer a confié la responsabilité de rédiger un rapport clé sur nos Régions. Car d’autres choix qu’un député étaient possibles.
Autant dire que le nouveau gouvernement semble faire peu de cas de la représentation réunionnaise pléthorique à l’Assemblée nationale. Elle n’a qu’un os à ronger : la présidence de la délégation Outre-mer des députés…
Le contingent est de 7, soit plus que la Guadeloupe et la Guyane réunies, mais il ne dispose d’aucune tribune de haut niveau pour se faire entendre à la différence des Antillais, des Guyanais et de l’émigration antillaise en France.
Voilà qui fixe en tout cas l’importance réelle des sept députés chargés de représenter La Réunion à Paris, et qui relativise tout le tapage fait autour de ces législatives : pourquoi 7 députés se revendiquant du président de la République pour de si piètres résultats ?

M.M.



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Messages






  • Je trouve cet article déplacé. Est-ce que Témoignages aurait écrit la même chose si ses candidats de l’Alliance avaient été élus et qu’ils n’avaient obtenu aucune responsabilité "confiée" du gouvernement ?
    Moi là où je les attends, et j’attends le PCR aussi, c’est sur le TSCG.
    Quelle est la position du PCR et de l’Alliance ? C’est plus intéressant pour le réunionnais que de savoir pourquoi un ou une députée n’a pas autre chose que son mandat.

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  • Je pense que ce n’est pas aux députés personnellement de demander tel ou tel poste. Vous savez comme moi que ce sont les partis politiques, les groupes parlementaires qui proposent. Nos députés réunionnais sont-ils plus compétents ? Sont-ils volontaires ? Je ne le sais pas, j’attends de voir concrètement si ils sont cohérents. Pour l’instant je les trouve obéissants.
    On ne peut pas réclamer et promettre des postes quand on est dans l’opposition et dire que la rentrée peut se faire une fois élue dans une majorité.
    C’est vrai que Mme Orphée et Mme Bareigts sur les postes d’enseignants ou sur les contrats aidés ne tiennent plus le même langage. Mais qui peut être surpris ?
    Sur le TSCG, vous écrivez que le PCR et l’Alliance prendront sans doute position.
    Pourquoi le "sans doute" ? Je pense le sujet plus sérieux que le fait qu’il n’y ait pas de réunionnais au gouvernement ou qui rapporte une loi. Il faut une position claire de la gauche, un NON. Je vous lis souvent et je ne retrouve pas l’enthousiasme de 2005 sur le TCE, jamais de demande d’un référendum. Donc je doute. J’espère me tromper.

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