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La collectivité unique : l’outil adapté à La Réunion

La solution à nos problèmes est dans notre environnement, pas à 10.000 kilomètres

Manuel Marchal / 22 janvier 2013

À Madagascar, Andry Rajoelina, le président de la Haute autorité de Transition, a annoncé son refus de concourir à la prochaine élection présidentielle. L’ex-président de la République, Marc Ravalomanana, a pris la même décision. Cela ouvre la perspective d’une sortie de crise pour Madagascar. Quand Madagascar s’éveillera, serons-nous capables de parler d’une même voix ? C’est tout le problème de l’intégration de La Réunion dans son environnement qui est posé, et des institutions adaptées à cet objectif. La collectivité territoriale unique est l’outil de la clarification, pour que la voix de La Réunion puisse être identifiée à travers elle.

L’ouverture de La Réunion, c’est la condition du développement de notre île. Nous vivons en effet dans le Sud-Ouest de l’océan Indien. Les pays qui nous entourent s’appellent Maurice, Madagascar, les Comores, les Seychelles. Un peu plus loin, nous avons le Mozambique, la Tanzanie, l’Afrique du Sud. Lorsque nous élargissons le cercle, ce sont notamment l’Inde, la Chine, Singapour et l’Australie. Voilà notre environnement géographique avec lequel nous avons d’importants liens culturels.

Depuis le début de son histoire, la relation de La Réunion au monde s’est faite en fonction d’intérêts qui n’étaient pas réunionnais. Notre île a été mise au service du développement économique d’une métropole. L’abolition du statut colonial et l’intégration dans la France ont accentué le monopole économique et l’exclusive coloniale avec un pays éloigné de près de 10.000 kilomètres. Il a fallu attendre 1998, et l’arrivée à la Direction de la Région d’une majorité conduite par Paul Vergès, pour qu’une alternative à l’européocentrisme soit expérimentée. Cette stratégie anticipe les évolutions inéluctables de notre environnement géographique. La Réunion est en effet au cœur d’une des régions les plus dynamiques du monde sur les plans démographiques et économiques.

Le grand pays voisin : une île sœur

Toute cette stratégie a été remise en cause par l’arrivée d’une nouvelle Direction à la Région, portée par une coalition d’assimilés de gauche et de droite, opposée notamment à la vision d’une Réunion maîtresse de son ouverture sur le monde. C’est pour cela que le bras armé de ce courant idéologique a fait revenir Air Austral 10 ans en arrière en stoppant le projet d’A380 : il n’est pas question pour ces assimilés que des Réunionnais soient responsables, c’est Paris qui doit décider.

Mais en prenant en compte la dynamique de l’Histoire, cette résistance au changement relève du combat d’arrière-garde. Car le monde change sous nos yeux. Toute tentative visant à faire croire que la relation privilégiée avec l’ancienne métropole peut sauver notre situation relève de l’illusion. L’Europe est en crise, et la France avec. C’est la fin d’un modèle qui nous pousse à renouer avec la réalité de notre pays : La Réunion, île de l’océan Indien.

Dans cette configuration, le grand pays le plus proche, c’est Madagascar. C’est précisément de là que proviennent une grande partie de nos ancêtres. Madagascar et La Réunion sont donc deux îles sœurs.

La Grande île est en pleine période de transition démographique. Quand nous étions 250.000 Réunionnais, il y avait 4 millions de Malgaches. Mais aujourd’hui, quand nous sommes 850.000, nos voisins sont plus de 20 millions. Malgré toutes les difficultés, une classe moyenne s’est constituée à Madagascar. Elle contribue à l’élévation du niveau de vie. Grâce à l’apport de cette classe moyenne, 10% des Malgaches ont un pouvoir d’achat suffisamment élevé pour consommer. Ce n’est sans doute qu’un début.

Quand Madagascar s’éveillera

Chez nos voisins, deux dirigeants ont décidé de débloquer une situation gelée. En décidant tous les deux de ne pas se présenter à l’élection présidentielle, Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana font sauter un obstacle au règlement de la crise politique. C’est justement là que se situe une des clés du développement de Madagascar. À partir de la stabilité politique, Madagascar s’éveillera. Plusieurs pays l’ont déjà compris et ont investi dans des usines.

C’est dans ce développement que se situe une des réponses à la crise de l’emploi à La Réunion. Mais la condition est de se situer dans une stratégie de co-développement, en tant que contributeur à un projet de progrès partagé par les représentants de tous les peuples de notre région.

Mais qui porte la voix de La Réunion dans cette conférence ? Le pouvoir central à Paris, la Région, le Conseil général ? Cette confusion, c’est le résultat de l’application à La Réunion d’un système institutionnel imaginé pour des collectivités situées sur le continent européen, au milieu d’autres collectivités de même type. C’est à 1.000 lieues du contexte réunionnais.

La collectivité territoriale unique compétente dans les relations avec les pays autour de La Réunion, c’est le moyen de la cohérence dans l’ouverture de notre pays sur le monde. Car quand Madagascar s’éveillera, les peuples de notre région ne nous attendront pas. Il nous appartient d’avoir alors des institutions adaptées à cette situation nouvelle, pour contribuer au projet collectif de développement du Sud-Ouest de l’océan Indien.

M.M.

28ème Conseil de la COI

Lors du 28 ème Conseil de la Commission de l’océan Indien jeudi dernier aux Seychelles, une délégation de notre île était au sein de la représentation de la "France/Réunion". Roland Robert, premier Vice-président du Conseil général, était présent au titre de la collectivité. Dans une prochaine édition, le compte-rendu de cet événement.


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