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La coopération régionale reste à développer à La Réunion

Après les annonces du CIOM

Geoffroy Géraud-Legros / 12 janvier 2010

Des compétences dans le domaine de la coopération régionale est l’une des grandes mesures annoncées par le Gouvernement le 6 novembre dernier. A La Réunion, le représentant de l’Etat n’a rien mis en œuvre pour l’appliquer… et a même renforcé son influence dans ce secteur.

La crise sociale qui a ébranlé la Guyane, les Antilles et La Réunion au début de l’année dernière a fait ressortir un archaïsme persistant : l’éloignement des pays d’Outre-mer avec leur environnement géographique immédiat. Hérité de l’histoire, ce désaxement maintient les anciennes "vieilles" colonies dans des réseaux presque exclusifs avec l’Hexagone. Sur le plan économique, cette dépendance se solde par un coût exorbitant des produits importés, aux dépens de l’environnement. Sur le plan culturel et humain, cette distance maintient une coupure artificielle entre les populations et les pays où se situent bien souvent leurs racines ou des ensembles culturels proches. Ainsi la logique des flux humains et commerciaux fait aujourd’hui de La Réunion une terre bien plus proche de l’Europe située à plus de 10.000 kilomètres que de Maurice ou de Madagascar.
La possibilité de construire une coopération régionale véritable est ainsi l’une des demandes essentielles portées par les mouvements de mars dernier. Les Etats-généraux de l’Outre-mer, convoqués par l’Exécutif après les mobilisations, ont eux aussi exprimé cette nécessité, tant dans le but de faire baisser le coût de la vie que de rétablir des liens culturels avec les ensembles économiques et humains de la zone.

L’annonce de grands changements

Les mesures annoncées le 6 novembre par Nicolas Sarkozy ont pris acte de ces demandes. Dans un chapitre des « mesures transversales » élaborées par le premier Conseil interministériel de l’Outre-mer (CIOM), le Gouvernement énonce la nécessité d’« accroître la capacité d’action et la visibilité des départements et Régions d’Outre-mer en leur permettant, notamment , d’ouvrir des délégations à caractère non diplomatique dans les états de leur zone géographique, de systématiser les commissions de coopération transfrontalière, d’autoriser plus largement la participation des autorités locales, sous mandat, à la négociation d’accords internationaux ayant un impact régional ». A cela, les « mesures tranversales » ajoutent la préoccupation de « faciliter la présence des ultramarins dans le réseau diplomatique ».
Enonçant la ligne d’interprétation générale, le Président de la République marquait le souhait de « donner la possibilité aux collectivités régionales de participer aux négociations internationales qui les concernent, et même de représenter la France sous mandat dans les organismes de coopération régionale de leur zone géographique. En agissant ainsi, on ne fragilise pas la France, on la renforce ».

Ou sont les Réunionnais ?

A la lecture du discours du Chef de l’Etat, qui ne s’est pas privé de railler la situation « proche de la caricature » que constitue l’absence des originaires de l’Outre-mer dans les négociations en Préfecture, la représentation des citoyens de l’Outre-mer dans cette extension des compétences en matière de coopération régionale semble aller de soi.
Il n’en va pas de même, semble-t-il, pour le Préfet de La Réunion, qui a récemment encore renforcé sa mainmise sur l’intervention dans le domaine de la coopération régionale. Le représentant de l’Etat à La Réunion n’est-il pas désormais doté de rien moins qu’un « Conseiller diplomatique » ? De plus, il suffit de jeter un œil à la photographie réalisée à l’occasion de la "Conférence de coopération régionale de l’océan Indien" tenue les 9 et 10 décembre derniers, pour constater que la « caricature » n’est pas si loin…

Geoffroy Géraud-Legros


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