Actualités

La création de l’ANC en 1912

Le PC sud africain rend hommage aux soutiens internationaux contre l’Apartheid et appelle au renforcement des partenariats régionaux —1—

Témoignages.re / 12 janvier 2012

Nous commençons ci-après la publication d’une importante Déclaration du SACP (Parti Communiste Sud Africain, l’une des principales composantes de l’Alliance au pouvoir) à l’occasion du centenaire de l’ANC. Une riche contribution du SACP qui analyse le combat historique de la Libération du Peuple sud africain. Aussi, dans ce message, les communistes sud africains rendent hommage « aux millions de personnes » dans la région, parmi lesquels les Réunionnais qui ont jour après jour manifesté et lutter contre le régime d’Apartheid. Nous reviendrons sur cet événement à l’occasion de la conférence de presse de ce jour organisé par le PCR. Dans la première partie de ce document, il est question des conditions de la formation de l’ANC.

Le Parti Communiste Sud Africain félicite son partenaire de l’Alliance Leader en Afrique du Sud à cette occasion mémorable - la célébration du centenaire de l’ANC-. Il y a très peu de formations politiques dans le monde aujourd’hui qui ont atteint un centenaire, et nul ne peut parler d’une telle histoire de persévérance face à la persécution prolongée, à la lutte de masse contre l’un des régimes coloniaux les plus tenaces du 20e siècle, avec comme finalité la victoire, même si elle est partielle et relative. En tant que Parti communiste d’Afrique du Sud, actuellement dans notre 90e année de lutte ininterrompue, nous sommes particulièrement fiers durant 80 ans, d’avoir servi dans les rangs de l’ANC. Main dans la main avec d’autres compatriotes révolutionnaires, les communistes ont contribué à bâtir et à développer l’ANC. Mais aussi, par leur activisme au sein de l’ANC, les cadres communistes ont repris dans le SACP une appréciation plus profonde de la centralité de la question nationale au sein de notre lutte, et de la puissance investie dans les revendications collectives nationales et les capacités nationales de nos masses populaires.

Alors que nous célébrons ce centenaire, nous nous souvenons, pour commencer, des premiers fondateurs de l’ANC. Ils ont été une nouvelle couche d’enseignants africains, des journalistes, des prédicateurs et des avocats, de concert avec les chefs coutumiers progressistes. Ils sont venus tous ensemble de toute l’Afrique australe, dans le contexte de la lutte finale de siècles de résistance héroïque. Aussi modeste qu’elle soit, sa conférence fondatrice qui marque la naissance de l’ANC a été une étape importante, une étape nécessaire et qualitatif dans la lutte contre le colonialisme et la domination de la minorité. Dès le départ, les fondateurs ont compris l’impératif de forger une nouvelle identité africaine, réunissant ceux qui étaient divisés par les traditionnelles et étroites identités ethniques. L’impulsion fondamentale de l’ANC a été la construction du concept « l’unité dans la diversité ». C’est ce thème qui est repris aujourd’hui pour célébrer le centenaire. L’ANC a été lancé dans les dernières années des grandes vagues d’accélération du capitalisme ayant conduit à la globalisation entre 1870 et 1914. Ce fut une période d’expansion mondiale dramatique et de grandes avancées technologiques - des lignes de chemin de fer, de la navigation, des câbles télégraphiques qui reliaient le monde entier. Il y avait de grandes sociétés par actions et des maisons bancaires qui entrainaient des investissements massifs dans des sites pré-industriels. Des villes entières ont surgi en Afrique du Sud avec l’ouverture des mines de diamant et d’or.

L’ANC a été lancé aussi dans la foulée de la guerre anglo-boer qui a été elle-même reliée à cette vague d’expansion du capital. Grâce à sa supériorité technique immense, la puissance impérialiste dominante du moment avait finalement vaincu les Républiques semi-féodales des Boers (descendants hollandais d’Afrique du Sud). Tout cela avait alors renforcé la croyance « positive », et, si elle n’était pas positive, du moins "irrésistible" en la puissance de l’idée de « progrès » et de modernisation occidentale. Reflétant une grande partie de l’ambiance de l’époque, un jeune, Pixley Ka Isaka Seme (qui deviendra alors le premier secrétaire général de l’ANC) a prononcé un célèbre discours sur la « régénération de l’Afrique » en 1906, qui prédit avec assurance la renaissance africaine encouragée par les progrès techniques mondiaux.

Toutefois, la loi de 1909 sur l’Union et par conséquent la formation en 1910 de l’Union d’Afrique du Sud exclu la majorité des Sud-Africains, les Noirs de la citoyenneté. Cela a été le catalyseur immédiat de la formation en 1912 de l’ANC. A l’intérieur du cadre idéologique des perspectives de modernisation (simultanément africaines et occidentales), cette exclusion a eu tendance à être considérée comme étant essentiellement une « anomalie », une « interprétation locale ». En bref, à sa fondation, il n’a pas été facile pour l’ANC de saisir la dialectique et la nature contradictoire de l’impérialisme conduisant à l’accumulation mondiale et la barbarie qui s’en en suivie emmenant le sous-développement. Il n’était pas facile de saisir les forces motrices nécessaires pour se mobiliser afin de mener une lutte active pour surmonter l’oppression nationale. Au lieu de cela, il y eu un une lutte des droits civils, progressive, mais limitée. Il y avait initialement non pas une politique de lutte contre l’émergence d’un État de domination blanche, mais plutôt une lutte pour l’inclusion de tous ceux qui ont été injustement exclus de la citoyenneté dans le cadre de la nouvelle Union d’Afrique du Sud.
(à suivre)


Kanalreunion.com