Actualités

La crise politique se révèle à La Réunion

Les partis politiques ne sont pas des sanctuaires qui protègent de la crise

Témoignages.re / 29 octobre 2012

Les événements de ces deux dernières semaines soulignent que face à l’absence de perspective dans l’intégration, tous ceux qui s’arcboutent sur ce modèle dépassé voient leurs contradictions exploser en plein jour. La crise que traverse La Réunion a des répercussions dans tous les domaines de la société, y compris à l’intérieur des institutions, comme les partis politiques.

Les dernières statistiques de Pôle emploi sont parues la semaine dernière. Elle révèle que plus de 157.000 Réunionnais sont inscrits dans ses fichiers, dans l’espoir d’avoir un emploi. Ces Réunionnais sont soit privés de travail pour plus de 125.000 d’entre eux, ou soit recherchant un emploi durable et plus épanouissant.

Cette pénurie d’emploi dure depuis des décennies. Nombreux sont les retraités d’aujourd’hui à avoir été contraints au chômage pendant de longues périodes. Ils n’ont pas un nombre suffisant d’années de cotisation et sont donc au minimum vieillesse. Tout cela entraîne la moitié de la population dans la grande pauvreté. Le modèle ne lui donne aucune perspective, car il ne permet pas de créer massivement les emplois dont les Réunionnais ont besoin, tout comme il crée les conditions d’une vie plus chère que sur le continent européen.

Paris ne peut pas faire davantage

La crise du modèle de l’intégration touche maintenant toute la société. Concrètement, les Réunionnais font l’expérience que vivre selon les standards de la classe moyenne en France est devenu impossible. La régression sociale s’impose. Dernièrement, la rentrée scolaire s’est ainsi faite sous le signe de la baisse des effectifs et de la dégradation du service public. Il devient maintenant toujours plus cher de se soigner : une des premières mesures de la politique d’intégration est remise en cause. La retraite est un luxe : la plupart se retrouve à l’allocation vieillesse, l’équivalent de l’aide aux vieux travailleurs versés il y a un demi-siècle. Face à cette crise, il n’existe aucun sanctuaire, et surtout pas dans les partis politiques.

Dans notre île, le clivage politique s’est fait sur deux visions différentes. L’une pense que l’intégration peut encore régler les problèmes, et privilégie une politique de l’immédiat et clientéliste. L’autre mise sur la responsabilisation et la construction d’une conscience réunionnaise pour développer durablement le pays sur des fondamentaux.

Avec la crise actuelle, les partisans de l’intégration sont face à un mur, car Paris ne peut plus donner. La politique d’austérité se monte à des restrictions qui atteignent plus de 140 milliards ! La France vient de voter la règle d’or : qui donc dans ce pays soutiendrait un gouvernement qui donnerait plus à un peuple d’une ancienne colonie qu’aux habitants de la France ?

Le dernier combat des intégrationnistes

Devant ce mur, les certitudes tombent aussi vite que les masques. C’est à qui pense qu’il peut faire mieux que l’autre. On cherche alors à se faire élire pour disposer d’une rampe de contestation personnelle. Le vide idéologique est total.

À droite, l’UMP est confronté à la création d’un nouveau parti, l’UDI présidée par l’un des ministres les plus influents de Sarkozy, Jean-Louis Borloo. À La Réunion, d’anciens partisans de NC, l’aile centriste de l’ancien gouvernement UMP, déclarent leur soutien au nouveau parti. C’est aussi le Modem de Bayrou qui connaît des difficultés. Au Conseil général, la coalition des Centres montée par Thierry Robert éclate. La présidente du Conseil général rejoint Borloo, tandis que le maire de Saint-Leu s’en va créer « La politique autrement ». À l’intérieur de l’UMP, des dissensions éclatent au Tampon et à St Denis.

Au PS, c’est plus spectaculaire. Le Congrès qui devait marquer le triomphe de la ligne de la fédération socialiste a été celui de la division : 4 parlementaires sur 6 ont boycotté la séance. Seulement quatre mois après l’élection d’un président socialiste en France, une telle abstention est sans doute un fait sans précédent dans l’histoire politique de La Réunion et, sans doute, sera-t-elle un jour soulignée comme, elle le doit.

Le PCR n’est pas épargné. Il a connu au début de l’année le départ de son unique députée qui est partie fonder un mouvement parce qu’elle n’est pas d’accord avec la direction du PCR et le choix des militants. Là aussi, la crise a fait son œuvre. Car elle a révélé au grand jour les divergences fondamentales : perspectives et valeurs. Les intégrationnistes ont commencé à quitter le PCR pour rejoindre la préférée des médias. L’illusion qu’elle fera mieux que ses anciens amis lui a donné des ailes !

C’est en effet la crise qui révèle la profondeur de la conviction. À La Réunion, le communiste a toujours été celui qui remet en cause la société tant qu’elle comporte des inégalités. Il ne peut donc pas se situer sur le même niveau que les sociaux-démocrates qui cherchent à aménager le système, et qui, dans le jeu de l’alternance, pensent utiliser les communistes comme caution de gauche.

Avec l’accélération des événements dans le monde et en France, la crise s’aggrave, ce qui tend encore un modèle qui est déjà au bord de la rupture. Il est donc logique que devant le manque de perspective, certains tentent désespérément de le maintenir en lui apportant la caution communiste. Huguette Bello et les siens ne disent pas autre chose quand ils s’affirment comme les vrais communistes, les plus purs, mais renforcent le courant social-démocrate qui va de la droite au PS.

À aucun moment, ils ont annoncé la rupture avec le modèle d’intégration qui montre quotidiennement ses limites, et qui illustre de manière éclatante les thèses fondatrices du PCR en 1959. Un demi-siècle de combat qui guérit une maladie politique qu’on nomme : l’impatience.

Mais tout ce remue-ménage dans les partis n’apporte aucune solution concrète aux problèmes de la population. Et c’est coupé des solutions durables en faveur des masses populaires que les derniers intégrationnistes appelleront le pouvoir à réprimer la juste révolte de la jeunesse et des pauvres ou à manoeuvrer, du haut de leur pouvoir acquis grâce au peuple, pour tenter désespérément de sauver le système obsolète.

Manuel Marchal


Kanalreunion.com