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La culture au cœur du projet

« Paul Vergès, une vie pour La Réunion : échange avec ses compagnons de route », table-ronde avec Brigitte Croisier et Maurice Gironcel

Manuel Marchal / 29 novembre 2016

Deux semaines après le décès de Paul Vergès, un premier hommage a été rendu hier à l’Université de La Réunion à l’occasion d’une conférence organisée par Salim Lamrani et Carpanin Marimoutou au campus du Moufia. Intitulée « Paul Vergès, une vie pour La Réunion : échange avec ses compagnons de route », elle a permis au public d’échanger avec plusieurs personnes qui ont travaillé avec le dirigeant disparu au travers de deux tables rondes et de plusieurs interventions.

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Brigitte Croisier, Ary Yée Chong Tchi Kan et Maurice Gironcel.

Après une table ronde sur l’engagement de Paul Vergès marquée par les interventions d’Elie Hoarau, président du PCR, et d’André Oraison, professeur des Universités, Brigitte Croisier et Maurice Gironcel, co-secrétaire général du PCR, sont ensuite montés à la tribune pour la seconde table ronde sur le thème « culture et politique ». L’écrivaine et professeure de philosophie a rappelé combien la culture était au cœur du projet de Paul Vergès reprenant des propos du dirigeant disparu : « Pas de Réunion développée sans primauté du culturel ». Pour lui, l’égalité ne se limite pas au social, mais aussi aux cultures. C’est un des principes fondateurs de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise. L’exposé de Brigitte Croisier a aussi mis en valeur l’importance attachée par Paul Vergès à la transmission de la connaissance qu’il acquérait en s’informant constamment sur les problèmes du monde.

Brigitte Croisier note dans la pensée de Paul Vergès une approche systématique comparable à Edgar Morin, un philosophe contemporain. Il insistait également beaucoup sur l’importance de l’histoire de La Réunion, dont la connaissance était combattue par le pouvoir au travers d’une organisation de l’oubli. C’est pourquoi l’inscription du maloya au Patrimoine de l’humanité a été pour lui une reconnaissance des luttes.

Maurice Gironcel, co-secrétaire général du PCR, a développé l’aspect politique. Il a tout d’abord rappelé ses premiers contacts avec le PCR et Paul Vergès. Le maire de Sainte-Suzanne était alors un jeune Réunionnais de l’émigration qui militait à la CGT. À son retour à La Réunion en 1982, Elie Hoarau lui a alors demandé d’aller lutter aux côtés de Lucet Langenier à Sainte-Suzanne.

Maurice Gironcel est ensuite revenu sur des résultats concrets à Sainte-Suzanne de la politique menée par Paul Vergès à La Réunion. Grâce au photovoltaïque, aux éoliennes et au biogaz, Sainte-Suzanne produit avec les énergies renouvelables de l’électricité pour 40.000 habitants alors qu’elle n’en compte que 23.000, c’est donc une « commune à énergie positive ». Il a rappelé également une déclinaison de la politique culturelle : la création du centre de moringue Zélindor. C’était au départ un centre de formation de femmes de ménages créé par Michel Debré puis tombé à l’abandon. La création d’une épicerie sociale à Sainte-Suzanne grâce à la réserve parlementaire de Paul Vergès illustre l’œuvre sociale du responsable disparu.

Le travail de Paul Vergès sera poursuivi avec notamment l’expérimentation à Sainte-Suzanne de la méthode cubaine d’alphabétisation, Yo si puemo, en créole « Nou lé kapab ». Maurice Gironcel a souligné que cette première à La Réunion sera un bel hommage à la mémoire de deux dirigeants disparus ces deux dernières semaines : Paul Vergès et Fidel Castro.

M.M.


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