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La disparition d’Oscar Niemeyer ébranle le monde

Un architecte et un militant communiste vient de nous quitter à 104 ans

Témoignages.re / 7 décembre 2012

Héros national au Brésil, Oscar Niemeyer s’est éteint à quelques jours de son 105è anniversaire. Jusqu’au bout, il a lutté pour la cause qu’il défend et il avait encore des projets à réaliser. Car en plus d’être un architecte mondialement connu, Oscar Niemeyer était un militant communiste qui a subi la répression et fut chassé de son pays par la dictature.

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Photo Inmigrante a media jornada

« Le Brésil a perdu l’un de ses génies, c’est un jour pour pleurer » , a déclaré hier Dilma Rousseff, la présidente du Brésil. 

C’est une grande figure du monde qui nous a quittés, Oscar Niemeyer allait avoir 105 ans et jusqu’à son dernier souffle il a lutté pour faire avancer les causes pour lesquelles il s’est impliqué.

Dans de nombreux pays, il va laisser des témoignages qui dépasseront largement son siècle d’existence. Brasilia restera sans doute son œuvre maîtresse. Oscar Niemeyer est en effet l’architecte des bâtiments livrés lors de l’inauguration de la capitale du Brésil. Brasilia est inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Outre le Brésil, l’architecture d’Oscar Niemeyer a essaimé dans le monde : le palais des Nations-Unies à New York, le siège du Parti communiste français place du Colonel Fabien à Paris, l’ancien siège du journal l’Humanité…

Oscar Niemeyer était également engagé politiquement pour changer la société. Il était un militant de l’égalité et il avait choisi d’être membre du Parti communiste brésilien. En 1964, les militaires soutenus par les États-Unis renversent le gouvernement démocratiquement élu. Déjà reconnu mondialement, l’architecte de Brasilia aurait pu mettre ses convictions de côté, s’accomoder de la situation et continuer à travailler pour le pouvoir. Fidèle à son engagement, il est resté communiste quoique cela ait pu lui coûter. Il subit alors la répression et dut s’exiler.

À son retour au pays, il a continué à s’impliquer dans les luttes du Parti communiste brésilien qui était clandestin. Ce n’est qu’en 1985 que le PCB put à nouveau s’afficher au grand jour, quand la dictature prit fin.

Oscar Niemeyer n’a jamais cessé son engagement militant, qu’il menait de front avec une carrière prolifique d’architecte. Jusqu’au 6 novembre dernier, il était dans son atelier avec sa planche à dessin et sans doute continuait-il à travailler 12 heures par jour comme il l’avait avoué 10 ans plus tôt à nos confrères de "l’Humanité".

Le 6 novembre dernier, Oscar Niemeyer était admis à l’hôpital pour soigner une déshydratation. Une complication rénale expliquait un état jugé grave par les médecins. Pendant un mois, il a livré son dernier combat, car tant qu’il lui restait un souffle de vie, il pouvait être utile à la lutte.

C’est un grand militant qui vient de nous quitter, dont l’engagement exemplaire ne manquera pas d’inspirer tous les communistes.

Manuel Marchal

L’hommage de L’Humanité

Niemeyer : "un homme extraordinaire qui a su allier le geste créatif et son engagement communiste"

L’architecte brésilien avait construit l’ancien siège de notre confrère, situé à l’époque juste à côté de la Basilique de Saint-Denis près de Paris. Voici l’article publié hier par L’Humanité rendant hommage à Oscar Niemeyer.

L’architecte brésilien Oscar Niemeyer s’est éteint mercredi aux portes de ses 105 ans. Il restera comme l’un des monstres sacrés de l’architecture moderne du XXème siècle : son oeuvre est marquée par le béton, les lignes fluides, les courbes, et son refus de l’angle droit. Il a "ébloui" et fait rêver des générations d’architectes. 

Oscar Niemeyer, dont la carrière a démarré en 1935 pour ne s’arrêter qu’à sa mort, est "l’une des grandes figures de l’architecture du XXe siècle, avec Frank Lloyd Wright, Mies van der Rohe et Le Corbusier notamment", déclare à l’AFP Francis Rambert, directeur de l’Institut Français de l’Architecture (IFA) à Paris. 
Oscar Niemeyer s’est distingué par la liberté de ses formes, dessinées d’un trait linéaire. Il a exalté la courbe, "libre et sensuelle", celle qu’il disait rencontrer dans les montagnes du Brésil, ses rivières, ses plages et "le corps de la femme". L’angle droit ne l’attirait pas, pas plus que "la ligne droite, dure, inflexible, inventée par l’homme", selon lui. Un point de litige avec Le Corbusier, avec lequel il avait travaillé dans sa jeunesse et dont il avait reconnu l’influence sur lui. "Je l’ai influencé aussi", tenait-il à souligner.

"Au sein des modernes, Niemeyer est assez atypique. Son architecture n’est pas savante, mais très intuitive", relève l’architecte français Jacques Ripault. "Il dessinait rapidement à partir du paysage, esquissait une silhouette. Et le projet devait se plier à ce dessin", ajoute l’architecte qui a construit notamment le musée d’art contemporain Mac/Val, en région parisienne. L’excellence des ingénieurs brésiliens qui entouraient Niemeyer permettait au bâtiment de béton de prendre la forme voulue par le maître. Une prouesse technique à l’époque. "Son architecture a un côté héroïque", "généreux", estime M. Rambert, qui précise que certains ont pu la trouver parfois un peu mégalomaniaque."

Oscar Niemeyer restera une grande fierté pour son pays. Il a su "capturer l’essence du Brésil avec son architecture. Ses bâtiments distillent les couleurs, la lumière et l’image sensuelle de son pays natal", soulignait en 1988 le jury du prix Pritzker en lui décernant la plus haute récompense mondiale dans le domaine de l’architecture.
12 heures de travail par jour à 94 ans

• 15 décembre 1907 : naissance à Rio de Janeiro d’Oscar Niemeyer Soares Filho.

• 1934 : Oscar Niemeyer obtient son diplôme d’architecture à l’Université des beaux-arts de Rio, dont le jeune directeur se nomme Lucio Costa.

• 1935 : Niemeyer entre comme dessinateur bénévole dans le cabinet de Costa.

• 1941-1944 : le maire de Belo Horizonte, Juscelino Kubitschek, donne carte blanche à Niemeyer pour construire un quartier de la ville.

• 1955-1960 : Kubitschek devient président du Brésil. Il propose à Niemeyer de bâtir ex nihilo la nouvelle capitale administrative du Brésil, Brasilia. Lucio Costa trace le plan de la ville, Niemeyer dessine les bâtiments. La ville est édifiée en quatre ans. Elle est inaugurée le 21 avril 1960.

• 1964 : coup d’État militaire au Brésil. Niemeyer s’exile en Europe. Il arrive en France en 1967. Dans le film l’Homme de Rio, on aperçoit quelques images du chantier de Brasilia.

• 1987 : Brasilia est classé par l’UNESCO, patrimoine culturel de l’humanité.

• 2001 : Oscar Niemeyer, âgé de quatre-vingt-quatorze ans, travaille à deux projets : l’université d’Hanovre et une maison en Finlande. Il dit : "Je commence à 9 heures et j’arrête à 21 heures [...]. À partir d’un certain âge, il faut s’occuper."


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