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La dynamique des cantonales

Majorité plurielle renforcée

Geoffroy Géraud-Legros / 30 mars 2011

Issue d’une crise au sein de l’Assemblée départementale, la majorité plurielle a acquis une cohérence qui a passé avec succès le test des élections. Symbole d’une réorganisation du clivage politique, qui au-delà des labels et des étiquettes, oppose aujourd’hui partisans et opposants à la politique de l’Élysée.

Les élections cantonales occupent un statut quelque peu subalterne dans la culture civique : perçues à tort comme des « petits » scrutins, elles ont tendance à être éclipsées par les « grandes » échéances que constituent les élections municipales et les élections nationales, législatives et présidentielles. Méconnu – et cela fut bien souvent souligné au cours de la campagne - le Conseil général occupe néanmoins une place centrale dans la vie des citoyens. Compétente dans le domaine social, l’Assemblée départementale constitue un enjeu crucial en cette période marquée par l’application de réformes ultralibérales dictées par l’Élysée, qui tendent à raboter au maximum l’intervention publique auprès des plus démunis.

Enjeux de l’élection

Pour la majorité sortante, inscrite dans le refus des politiques impulsées par l’UMP, une présence affermie au sein du Département permettait de faire barrage à la rigueur et aux « coupes » choisies par l’exécutif. Pour l’UMP et ses alliés naturels, tel le "Nouveau Centre", rassemblés sous la bannière de "La Réunion en confiance" parrainée par le président UMP de la Région, faire tomber le Département dans son escarcelle laissait espérer un « doublé » inespéré dans le contexte actuel. Mis aux commandes des deux collectivités, le parti présidentiel aurait eu toute latitude pour faire de La Réunion une terre d’expérimentation pour les doctrines de rigueur économique et de restrictions sociales à outrance, prônées par l’Élysée. Une perspective alarmante, dans un pays qui accuse une série de graves décalages sociaux, où le chômage frappe 35% de la population et où la pauvreté touche près d’un habitant sur deux. L’attitude face au désengagement financier de l’État constituait un autre enjeu de taille de ce scrutin : en particulier, vis-à-vis de l’énorme dette de 350 millions d’euros environ dus par l’État au Conseil général de La Réunion. Une somme qu’une majorité acquise au pouvoir en place ne se serait guère empressée de chercher à récupérer, alors que sa restitution constitue l’un des axes de travail de l’équipe sortante.

Un scrutin cohérent

Mal identifiées malgré leur importance, les élections cantonales sont en conséquence fortement personnalisées et localisées : peu au fait des enjeux du scrutin, les votants ont tendance à être plus sensibles à l’identité du candidat, tout comme ils sont plus enclins à déterminer leur choix en fonction de problématiques locales (propres à « leur » canton ou à « leur » commune). Enfin, l’intérêt moindre des électeurs envers les cantonales a bien souvent pour corollaire une abstention assez prononcée.
Si ces tendances se sont bien exprimées lors du scrutin de mars 2011, une ligne de force n’en a pas moins rattaché les différentes consultations locales. Au-delà des étiquettes et des labels politiques, le scrutin dans son ensemble a trouvé une cohérence certaine dans le clivage entre partisans et opposants à la politique du Gouvernement. Cette ligne de partage est elle-même héritière de la précédente mandature, qui avait vu en mars 2008 la constitution d’une majorité « plurielle » composée des communistes, des socialistes, des centristes et de certains conseillers de droite en rupture avec leurs états-majors nationaux. À l’origine de cette redéfinition des cartes, la tentative inspirée par Paris de mettre à la tête de l’assemblée départementale une faction dévouée au président de la République, pilotée en sous-main par Didier Robert. Née d’une tentative de coup d’État à droite, cette majorité s’est affermie. Des épisodes tels que la crise de l’ARAST, ont confirmé l’opposition entre deux orientations politiques distinctes : d’un côté, les sectateurs de l’UMP parisienne. De l’autre, les adeptes d’une gouvernance plurielle, opposée aux effets de plus en plus prononcés des choix du pouvoir central dans le domaine social et l’aménagement du territoire. Face au durcissement des politiques sarkozistes, le principe d’une reconduction de la majorité plurielle a été adopté par les dirigeants des grandes formations qui la composent.

La majorité plurielle passe le test

Une dynamique qui est allée de pair avec celle du rassemblement et l’expression d’un certain consensus quant à la continuité de la gouvernance de l’institution. Ainsi, la présidente sortante Nassimah Dindar a accompagné la plupart des candidats au cours de leur campagne, participant aux meetings de camps qui, eux, ne dissimulaient pas leurs appartenances véritables : la dirigeante apparut tant aux côtés d’élus sortants socialistes que communistes, et est désormais identifiée à la majorité plurielle. Malgré le brouillage produit par une opposition qui peine à assumer publiquement sa filiation sarkoziste, tout en la revendiquant haut et fort dans les officines parisiennes, l’attitude envers la politique de l’Élysée s’est imposée comme ligne de clivage majeure au sein de l’assemblée départementale.

Geoffroy Géraud-Legros


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