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La fin d’Air Austral ?

Après le refus de continuer le projet d’Airbus A380

Manuel Marchal / 24 septembre 2012

C’est la fin d’un projet réunionnais exemplaire où l’Airbus A380 était une solution innovante et adaptée à un besoin réunionnais : des billets d’avion 30% moins cher. La Réunion avait pris la tête de la nouvelle étape de la démocratisation du transport aérien, mais sa compagnie a eu les ailes brisées. Car Air Austral n’a plus désormais de moyen pour rebondir tandis que ces concurrents pourront se maintenir tout en bénéficiant de l’argent des contribuables réunionnais généreusement distribué par Didier Robert.

Le projet d’Airbus A380 était l’étape essentielle permettant la maîtrise du désenclavement de notre pays. Propriété d’une compagnie réunionnaise, cet avion devait permettre aux Réunionnais de voyager 30% moins cher que la concurrence.

Depuis que l’avion est devenu le mode de transport quasi exclusif pour quitter l’île, les Réunionnais ont dû faire face à d’importantes difficultés. Il y eut d’abord le monopole d’Air France et ses prix scandaleusement élevés. L’ouverture à d’autres compagnies a permis une baisse des prix et une augmentation de l’offre. Mais l’intégralité du désenclavement était dans les mains d’intérêts extérieurs, car aussi bien Air France que ses concurrents étaient tous des compagnies françaises. Toutes ces compagnies sauf une ont disparu. Seul a survécu Corsair grâce à son adossement à TUI, une société allemande multinationale du tourisme.

La solution réunionnaise viable face à Air France

Le dernier exemple en date est la faillite retentissante d’Air Lib. Devant la crise, Air Austral a proposé une alternative. Validé par le gouvernement de l’époque, le projet réunionnais proposait de faire évoluer Air Austral vers le long-courrier en remplaçant Air Lib. C’était en 2003. Les années suivantes permirent de vérifier la pertinence de cette solution réunionnaise. Air Austral résistait à Air France. Mieux encore, elle créait de nouvelles lignes vers la France reléguant Air France loin derrière sur la liaison entre La Réunion et ce pays. L’Océanie et Bangkok étaient d’autres ouvertures vers le monde.

Air Austral a ainsi créé des centaines d’emplois et l’effectif est aujourd’hui d’un millier. Et la majorité du désenclavement du pays a basculé dans la main des Réunionnais.

L’avion de la continuité territoriale

Durant cette période de développement s’est posé le problème de la continuité territoriale. Paris refuse l’égalité aux Réunionnais dans ce domaine. Alors que son budget prévoit d’attribuer en moyenne plus de 600 euros à chaque Corse pour voyager, les Réunionnais sont loin du compte. La seule réponse du gouvernement a été une aide d’à peine 10 euros par Réunionnais, financée par une taxe prélevée sur les billets d’avion à La Réunion. La gestion de la dotation obtenue est attribuée à la Région. Votée dans la loi-programme de 2003, cette mesure a commencé à être appliquée.

Malgré la faiblesse de l’enveloppe, la Région Réunion est arrivée à élaborer des critères sociaux permettant à plus de 50.000 Réunionnais aux revenus modestes de voyager. Devant le succès du dispositif géré par la Région, le gouvernement décide de refuser de verser la dotation. Il apparaît donc qu’un tel dispositif n’est pas viable, car il est à la merci du moindre caprice politique d’un responsable français. C’est de ce constat qu’est né le projet d’A380, l’avion de la continuité territoriale.

Les Réunionnais dépossédés

La crédibilité d’Air Austral était telle qu’Airbus a travaillé à la conception d’un avion nouveau, répondant aux critères réunionnais : des billets d’avions moins chers de 30% toute l’année. Ce projet signifie la faillite du système de billets subventionnés qui n’encouragent pas les compagnies à baisser leur prix. La solution est là, car Air Austral achète pour commencer 2 avions. Le 11 novembre 2009, l’A380 fait un triomphe à son arrivée à La Réunion. Cette réussite veut dire qu’Air France est mise en demeure de trouver une solution capable de faire baisser ses prix de 30% sans subvention, et cela d’ici 2014 au plus tard. Les concurrents de la compagnie réunionnaise prennent donc peur. Leur intérêt est de soutenir l’effondrement d’Air Austral. Ils vont trouver avec Michel Vergoz et Didier Robert des soutiens de poids. Le premier permet en effet au second de prendre la Direction de la Région, et donc de peser sur la stratégie d’Air Austral.

Or, chacun sait que l’A380 s’oppose à la politique électoraliste de Didier Robert. Ce dernier prend des millions dans la caisse de la Région pour distribuer des bons de réduction sur les billets d’avion. Ce n’est rien d’autre qu’une subvention versée aux compagnies aériennes, ce qui ne les encourage pas à baisser leurs prix, bien au contraire.

Quel moyen de sortir de la crise ?

Simple coïncidence ? Toujours est-il qu’à peine un mois après le changement de président à la Région, une grève est déclenchée à Air Austral. Son lancement a lieu en direct sur RFO-Télé, et cela au moment où Gérard Ethève, Président du Directoire de la compagnie, est en Europe pour travailler avec Airbus sur le projet A380 !

À force de manœuvres, Didier Robert arrive à s’octroyer le poste de président du Conseil de surveillance d’Air Austral, et aussitôt, d’anciens cadres d’Air France remplacent les Réunionnais à la Direction de la compagnie. Les résultats ne se font pas attendre : Air Austral perd des passagers et, comme par hasard, Air France reprend la première place sur la ligne La Réunion-France.

Et c’est vendredi qu’a été donné le coup de grâce : l’arrêt du projet A380 en espérant récupérer les 30 millions d’euros investis.

Or, même si ces 30 millions sont remis à Air Austral, ce ne sera qu’un pansement temporaire. Les causes de son déficit sont avant tout d’ordre structurel, c’est le prix des carburants qui touche toutes les compagnies aériennes.

Une fois que ces 30 millions d’euros auront été dépensés, il n’y aura plus d’argent pour combler le déficit alors que l’A380 était justement le moyen de rebondir grâce à l’innovation. Voilà donc qui mène droit à la fin d’Air Austral.

C’est là que chacun peut situer la responsabilité de la liste PSF aux dernières régionales. Sans le choix de faire perdre l’Alliance voulu par une fédération du Parti socialiste français, rien de cela ne serait arrivé.

 M.M. 


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