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La France a perdu son AAA : et après ?

Témoignages.re / 16 janvier 2012

Tels des signes prophétiques, des voix annonçaient bel et bien que l’actuel chef de l’État serait celui qui dégraderait la France.

Pourtant, Nicolas Sarkozy et ses cohortes avaient érigé le maintien du Triple A en priorité nationale ; à la face des Européens, le locataire de l’Élysée n’avait pas craint de se poser en sauveur suprême !

On se souvient des leçons de bonnes conduites prodiguées à la Grèce, à la gauche, au centre, et même à la droite… et des propos culpabilisants, voire des invectives, proférés contre celles et ceux qui osaient s’interroger sur les réelles motivations qui le guidaient dans sa volonté d’imposer la fameuse « règle d’or ».

Pire, ni le premier, ni le second plan de ruine de la population, baptisés « de rigueur », n’ont réussi à sauver la note française. Ainsi donc, après avoir saigné les plus fragiles, pour beaucoup, la question est la suivante : pourquoi ce gâchis humain ?

Et maintenant, que peut-il bien se passer ? Nul n’ignore qu’un nouveau plan d’austérité ferait bien l’affaire des « marchés financiers »… et que nos gouvernants, pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, sont prêts une fois encore à les satisfaire.

Car en cette fin chaotique d’un quinquennat de vaches maigres, il est plus clair que jamais que les dirigeants français servent avant tout un système. Un système qui, comme diraient les agences de notation, « dégrade » tout ce qui est humain et ce qui n’est pas monnayable.

Même paré du titre « libéral », ce système ressemble bien aux autres dispositifs totalitaires. Comme eux, il prétend faire le bonheur du plus grand nombre, au service d’une élite dont l’enrichissement vertigineux, dit-on, devrait finir par profiter à tous.

Et comme tous les autres systèmes, il porte en lui les germes de sa propre destruction… mais aussi, et c’est là le plus dramatique, celle du genre humain tout entier. Car c’est bien cette contradiction que porte le capitalisme contemporain, en consommant à toute vitesse les ressources naturelles, au détriment des 4/5ème de l’Humanité.

Cependant, ce n’est pas une fatalité. Cela découle d’une idéologie. Des hommes et des femmes (surtout des hommes d’ailleurs) en sont responsables.
Et la résignation serait une faute. Ce laisser-faire, qui n’en est pas un pour la plupart des êtres humains, n’amènera rien de bon pour nous-mêmes, ni pour les générations futures.

Pas si bêtes que cela, finalement, ceux qui écrivaient : « Prolétaires de tous les pays, unissez vous » !

Dans les conditions qui sont aujourd’hui les nôtres, avec un chômage de masse, un sous-emploi chronique, une précarité grandissante, cet appel de 1848 reste, à mon sens, d’actualité.

L’élargissement de cette base serait une des conditions objectives pour imposer un nécessaire nouveau modèle de société. Car, au final, c’est bien de cela qu’il s’agit. Le bulletin de vote en est l’un des moyens actuels.

Pour l’heure, ce n’est pas faire preuve d’un grand talent prophétique que de se dire que cette affaire de Triple A perdu va ébranler encore tous les compartiments de notre « si belle » démocratie… au plan national, c’est sûr, mais aussi ici, à des milliers et des milliers de kilomètres des grandes bourses européennes.

Paul Vergès nous l’a souvent rappelé : le Réunionnais a tendance à ne comprendre que trop tard que la petite taille de son pays ne suffit pas à lui épargner les ravages des grands cyclones.

C’est pourquoi, en attendant la réponse des peuples et des prolétaires du monde, il serait peut-être bienvenu que l’AMDR (Association des Maires de La Réunion) se réunisse en urgence, afin d’examiner toutes les conséquences de la perte du Triple A de la France sur nos collectivités.

Espérons-le, en tout cas.

Yvan Dejean
Membre du secrétariat du PCR


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