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« La France a pris ses responsabilités », selon M. Kanner. Quelle France ?

Tribune libre

Ary Yée Chong Tchi Kan / 8 août 2015

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Nous avons connu la France esclavagiste et la France des abolitionnistes. Grâce, notamment aux actions des parlementaires du PCR, la France de la cohabitation a reconnu que l’esclavage est un crime contre l’humanité et a fait du 10 mai une date mémorielle. Dès lors, les peuples de La Réunion, Maurice et les Seychelles sont issus d’un crime contre l’humanité. Pour leur part, Madagascar et les Comores étaient déjà habitées et, pour les besoins de la France esclavagiste, elles ont été occupées, pillées…leurs habitants déportés.

Après l’abolition officielle de l’esclavage à La Réunion, la France coloniale s’est distinguée par les événements de 1947 où 100 000 Malgaches ont péri sous les balles des militaires. Quant à l’archipel des Comores, il a vécu sous le règne des mercenaires français, maître d’œuvre de la politique de la France. Ils ont déposé le premier Président, un mois seulement après la proclamation de l’indépendance, en 1975. Trois Présidents ont été assassinés et un autre a été extradé à La Réunion et maintenu en exil, à Salazie.

La France de cette époque était-elle moins responsable de celle de M. Kanner ? La France d’aujourd’hui est soumise aux enjeux de la coopération bilatérale d’Etat à État, la coopération régionale et la globalisation des échanges sans frontières. Comment articuler tout ce bouleversement quand la culture politique des ministres n’a pas changé ?

La France a participé à la colonisation du monde et à sa partition, il y a 5 siècles. Cette domination politique a assuré sa prospérité interne et ses représentations extérieures. Après la deuxième guerre mondiale, les empires se sont effondrés. Malgré ces réalités qui se sont imposées, souvent dans la douleur, les dirigeants politiques français continuent d’exalter Colbert, le père du Code Noir qui stipule qu’un Noir est « un meuble » ainsi que Napoléon, qui est revenu sur la première abolition de l’esclavage, de 1794, obligeant nos ancêtres à vivre un demi siècle supplémentaire sous le régime du Code Noir. Ils continuent à exalter le patriotisme gaulois sur 5 continents sans préciser à partir de quelle géographie la France n’est plus la France ? Ils nient au peuple Réunionnais le droit d’exister, jusqu’à nous refuser le droit de discuter avec nos voisins, directement, des conditions des Accords de Partenariat Economique.

Au sommet des Chefs d’Etat de la COI qui s’est tenu en Août dernier à Moroni, la France s’est octroyée une place « d’observateur » dans les discussions qui doivent aboutir aux Accords définitifs. Sur un texte de 5 pages, pas une seule fois, il est fait mention de l’existence de La Reunion. La France de M. Kanner, située à 10 000 km d’ici, se moque des Réunionnais et caricature le projet de coopération indiaoceanique.

Suivant cette mentalité, nous assistons à une recentralisation des compétences régionales dans les mains de fonctionnaires nommés par Paris. D’où la nomination d’un ambassadeur transversal qui n’est pas du tout apprécié par les ambassadeurs bilatéraux qui ne comprennent pas tout ce pataquès. Les dérives auxquelles nous assistons au niveau des Jeux des Îles ne sont qu’un exemple de la négation des réalités géographiques de La Réunion. La France est en Europe et n’est pas une ile de l’Océan Indien. Pour contourner l’obstacle, ils fabriquent une étiquette : « France de l’Ocean Indien ». Sans statut constitutionnel.

Cela me ramène au 21 décembre 2011. Apres l’échec monumental du G20 à Cannes, sous la présidence française, je publiais une tribune au titre interrogateur : " la France peut-elle se rattraper ? » J’avançais l’idée que le gouvernement issu des Présidentielles de 2012 ouvre le grand chantier de l’Egalité entre les Peuples. Les événements actuels montrent que nous en sommes très loin. A l’évidence, M. Kanner n’est pas le porte-parole de cette France-là. Continuons à agir pour que les problèmes de voisins soient traités entre voisins responsables, sur la base du Respect et de l’Egalité.

Ary Yée Chong Tchi Kan, auteur de « réconciliation et fraternité », 2009



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  • Je laisse aux spécialiste le soin d’en débattre et bien sur d’apporter toute la lumiére pour la bonne compréhension de tous mais n’empeche je voudrais émettre deux point de vue : comment se fait -il que la politique régionnale subisse de telle accrobatie, alors qui décide ? qui controle la bonne application des textes juridiques ? qui detect les failles des négociations, les possibles ratés ? etc..

    " Négations des réalités" qu’elles soient "géographiques" ou tout simplement les tracasseries quotidiennes amenent immanquablement au fiasco et les exemples pleuvent aussi , à mon humble avis.

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