Actualités

La France décrédibilisée au moment d’assurer la double-présidence du G20 et du G8

Algérie, Côte d’Ivoire et Tunisie : le gouvernement incapable de se mettre dans la marche de l’Histoire

Manuel Marchal / 17 janvier 2011

Pour la première fois, un seul pays assure les présidences du G20 et du G8. C’est la France qui assure cette écrasante responsabilité, mais ce pays est décrédibilisé par la politique de son gouvernement. Le fiasco du bombardement des otages et de leurs ravisseurs au Niger, la chute du dictateur tunisien à qui le gouvernement proposait une coopération plus étroite et le silence médiatique sur la situation en Côte d’Ivoire soulignent que le gouvernement de la France est incapable de se mettre dans la marche de l’Histoire. Son président passe aux yeux du monde pour un amuseur, et la France est très fragilisée au moment de prendre la présidence du G20 et du G8.

La France prend pour cette année les présidences du G20 et du G8. C’est la première fois qu’un seul pays assume simultanément les deux présidences de ces groupements. C’est donc une lourde responsabilité du fait de la situation actuelle.
Le monde vit actuellement une période de transition qui marque la fin des rapports de domination économique issus de la colonisation. La Chine et l’Inde vont redevenir les deux premières puissances mondiales et les pays européens vont peu à peu décliner dans le classement des pays les plus riches jusqu’à retrouver la place qui était la leur avant qu’ils partent à la conquête du monde. Les États-Unis seront alors la seule puissance occidentale à pouvoir soutenir la comparaison avec ceux qui sont actuellement les pays émergents. Ces derniers s’organisent et ils ont créé le BRIC, instance de coordination rassemblant le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud.

Des enjeux importants

Ce bouleversement a lieu au moment où le monde est touché par les conséquences d’une guerre monétaire lancée par la Maison-Blanche quelques semaines avant le remplacement de George Bush par Barack Obama. Cette offensive a pu un temps ralentir la croissance des pays émergents, mais elle a surtout fait plonger l’Europe dans sa pire crise depuis les années 30. Ces changements profonds ne sont pas sans conséquence au sein des institutions financières internationales et des réunions de chefs d’État.
Les pays du Sud demandent une gouvernance du monde plus démocratique. Ils revendiquent également un ordre monétaire différent, qui ne serait plus dominé par la monnaie nationale des États-Unis, le dollar. La plupart des pays du monde souhaitent également une régulation du prix des matières premières pour éviter la création de bulles spéculatives sur des produits stratégiques.
Les enjeux des présidences françaises du G20 et du G8 sont donc considérables. Mais se pose un problème tout aussi considérable : la France est décrédibilisée par un gouvernement totalement incapable de se mettre dans la marche de l’Histoire. L’exemple le plus frappant est le rapport de la France à l’Afrique. Cette relation a toujours été controversée à partir du moment où la France a décidé de coloniser une partie de ce continent. Et 50 ans après le moment des indépendances, la France entretient toujours des liens étroits avec des responsables politiques africains, avec une présence militaire toujours visible.

Décalage avec la réalité

Au moment où la France entame la double-présidence du G20 et du G8, trois pays francophones, anciennes colonies de la France, se trouvent dans une agitation hors-norme : l’Algérie, la Côte d’Ivoire et la Tunisie.
En Côte d’Ivoire, le résultat contesté de la Présidentielle et la reconnaissance immédiate par les gouvernements occidentaux de la victoire d’un des deux protagonistes ont provoqué d’importantes manifestations dans le pays.
En Algérie, le gouvernement est confronté à des émeutes sans précédent, conséquence du chômage et de la vie chère.
En Tunisie, une révolte contre la pénurie d’emplois a provoqué le départ du Président Ben Ali.
Tous ces événements montrent que la période post-coloniale française touche à sa fin en Afrique. Et pour bien montrer comment le gouvernement est en total décalage de la réalité, il suffit de se référer à la séance des questions au gouvernement qui s’est tenue le 11 janvier dernier à l’Assemblée nationale. Un député interroge le gouvernement sur les violences en Tunisie. Réponse de Nicolas Sarkozy, par la bouche de sa ministre des Affaires étrangères : « nous proposons que le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type ».
Autrement dit, la France touche le fond, elle est décrédibilisée. À cause de son gouvernement, la France est la risée des grands pays, et cela, au moment où elle prend les présidences du G20 et du G8.

Manuel Marchal


Le fiasco de Dakar

Au début de son mandat, Nicolas Sarkozy avait tenté une ouverture vers les anciens pays colonisés, et notamment le Maghreb. Cette proposition visait à créer de nouveaux rapports : l’Union de la Méditerranée.
Ce projet devait être précisé lors d’une visite en Afrique. Ce séjour a été marqué par le discours de Dakar, où le chef de l’État a mis en avant les bienfaits de la colonisation. Cette affaire finit par une catastrophe diplomatique, dont la France ne s’est pas encore relevée.


Désastre militaire au Niger

Le 7 janvier, des terroristes prennent deux Français en otages sur le territoire nigérien. Alors en visite aux Antilles, Nicolas Sarkozy donne l’ordre d’attaquer les ravisseurs. L’objectif était de libérer les deux Français. Résultat : les deux Français sont morts durant l’opération.
C’est un désastre militaire, et la responsabilité en revient à la France qui a pris la décision, et a décidé de l’assumer jusqu’au bout. Ministre de la Défense, Alain Juppé s’est porté rapidement au-devant des critiques pour l’affirmer, afin d’éviter le développement d’une crise diplomatique en gestation avec le Niger. Mais n’oublions pas que le chef des armées, c’est le président de la République, président du G20.


Kanalreunion.com