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La guerre contre le terrorisme remet tout en cause à La Réunion

Paul Vergès et les conséquences des attentats de Paris

Manuel Marchal / 19 novembre 2015

Paul Vergès a proposé une analyse de la situation à la suite des attentats de Paris. Il prévoit que la guerre contre le terrorisme va durer des décennies avec des conséquences importantes pour La Réunion, car les crédits de guerre devront être compensés par des restrictions budgétaires ailleurs. Dans cette période d’affrontements, le sénateur souligne l’apport essentiel du Groupe de dialogue inter-religieux de La Réunion pour notre île, et l’exemple qu’il peut donner au monde.

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Paul Vergès.

Initialement, la conférence de presse tenue hier par Paul Vergès avait pour but de donner sa position à titre individuel au sujet des élections régionales (voir par ailleurs), mais les attentats de Paris et leurs conséquences ont pris le pas. Le 13 novembre, une des principales capitales occidentales a été le lieu d’un massacre perpétré par 9 personnes : 129 tués, 350 blessés.

« Pourquoi une telle répercussion internationale de l’événement ? Pourquoi une solennité attachée aux actions immédiates du président de la République. Si un politique ne fait pas connaître son analyse, il est complice de toute la campagne faite sur cette affaire », affirme Paul Vergès.
En effet, « pourquoi une telle ampleur alors qu’en Somalie, au Nigeria, des tueries équivalentes ont lieu ».

Paul Vergès dénonce la falsification de la présentation de l’islam dans cette affaire. Il donne au problème la perspective de la démographie. Aujourd’hui, la première religion dans le monde est le christianisme, l’islam la deuxième. Dans une génération, l’islam sera à égalité avec le christianisme. Avec la poursuite de la croissance démographique, l’islam deviendra la première religion du monde.

Héritage de la colonisation et les inégalités

Tous les États en Asie et en Europe comportent des minorités musulmanes, avec quelquefois des conflits en Thaïlande, au Cambodge, en Birmanie, en Inde notamment. Des États à majorité musulmane écrasante couvrent une part majoritaire de l’Asie et de l’Afrique, de Dakar à l’Indonésie en passant par le Pakistan et le Moyen-Orient.

« Tous ces pays étaient des colonies de l’Occident, avec une indépendance récente. Ils ont subi le retard de la colonisation, et la très grande majorité de ces pays sont des dictatures, en particulier au Moyen-Orient », rappelle Paul Vergès qui constate que « la France développe des relations d’amitié avec des pays où règne l’esclavage ». C’est le cas dans les pays du Golfe, là où existent les plus grandes inégalités.
Cette situation entraîne des oppositions idéologiques et religieuses. Cela aura des conséquences sur tout le siècle.

Car l’aspect nouveau des choses, c’est l’évolution des courants fondamentalistes qui caricaturent l’islam. Au moment des attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington, ils recherchaient une assise territoriale et financière. Aujourd’hui, l’État islamique a un territoire, une armée et des finances. « C’est la suite de conflits commencés depuis longtemps », constate Paul Vergès. Intervention des Occidentaux en Afghanistan, en Irak, la campagne contre Kadhafi, contre la Syrie. « Partout l’Occident est présent, partout il est tenu en échec : battu en Afghanistan, Irak et Libye, en échec au Moyen-Orient », souligne le sénateur.

Une guerre longue

Aujourd’hui en Syrie se dressent deux alliances face à Daech, l’Iran et la Russie d’un côté, et de l’autre l’Occident, avec l’OTAN et la France qui joue un rôle moteur. La nouvelle étape est de dire allons faire une coalition de ces deux grandes forces d’intervention. « Cette coalition, c’est l’aveu de l’échec des moyens de guerre », poursuit Paul Vergès. C’est aussi la capitulation de François Hollande qui voulait exclure Assad de la solution. Paul Vergès prévoit un conflit qui durera des décennies, et que toute la situation internationale changera.

Les conséquences ne font que commencer, précise le sénateur. Le discours au Congrès du président de la République justifier des mesures urgentes et d’autres plus durables comme la modification de la Constitution, et l’impossibilité de respecter l’engagement de réduction du déficit public. « Le message pour La Réunion est immédiat.

Tout est remis en cause ». « Les discours sont réduits à néant », affirme Paul Vergès, « quand l’État dit que sa dette va augmenter pendant des années ».
« L’avenir va devenir catastrophique », insiste-t-il, « les dépenses engagées pour les différentes mesures auront une contre-partie qui sera payée partiellement par La Réunion ». Le sénateur s’étonne que les candidats aux élections régionales qui ont la responsabilité de voter les mesures découlant des décisions du gouvernement, ne parle pas de cela.

Le GDIR « atout considérable »

Maintenant, c’est la guerre est contre une forme de terrorisme qui s’étend dans le monde entier, avec des tensions qui s’exacerbent. C’est un danger réel qu’il faut combattre. « On a pas mis suffisamment en valeur l’atout considérable dont nous disposons avec le Groupe de dialogue interreligieux de La Réunion. Grâce au GDIR, il n’est pas possible de voir prospérer à La Réunion une idéologie islamophobe. Cela doit être mis en avant », souligne Paul Vergès. « Le GDIR peut jouer un rôle considérable à La Réunion contre ce risque qui existe dans le monde ».

Etat d’urgence : pas de chèque en blanc

Le sénateur s’étonne aussi de l’extension de l’état d’urgence à La Réunion, alors que le gouvernement justifiait encore voilà peu de temps le contraire. Du moment que l’on prend des mesures menaçant la liberté, on est là à égalité avec la France…, dit-il en substance.

Paul Vergès votera la prolongation de l’état d’urgence en proposant d’y inclure des mises en garde qui n’existent pas. « Pourquoi voulez-vous que je donne un chèque en blanc, c’est un délit un chèque en blanc », dit-il. Il soulignera les dangers de ces mesures exceptionnelles et leur caractère tardif.

Au lendemain de l’attaque contre Charlie Hebdo, « il aurait fallu revoir tout le système de renseignement ». La semaine dernière, des gens sont venus de Bruxelles à Paris en voiture, ont loué des appartements quelques jours avant l’attaque, ont repéré les lieux et n’ont pas été inquiétés.
Autre faille : le Réunionnais qui était en prison puis qui est parti en Syrie.


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