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La jeunesse mérite mieux que ce système injuste

L’étude sur l’autonomie des jeunes rappelle l’ampleur des inégalités

Manuel Marchal / 23 mai 2015

L’INSEE vient de publier une étude qui révèle un nouvel indicateur de la crise à La Réunion. Moins de 25 % des moins de 30 ans vivent dans leur propre logement et ont un travail. 60 % n’ont pas de travail. Voici un sujet qui doit être dans les débats organisés par les médias dans la perspective du scrutin des régionales. Faute de quoi, les jeunes trouveront sans doute un autre moyen que les élections pour s’exprimer, ils l’ont déjà montré par le passé.

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Des centaines de jeunes attendent des heures sous le soleil pour passer un entretien avec quelques patrons susceptibles d’embaucher, c’était lors d’un carrefour pour l’emploi organisé l’an dernier à Saint-Paul.

L’INSEE a dévoilé jeudi le résultat d’une étude sur l’autonomie des Réunionnais de moins de 30 ans. Elle révèle d’importantes inégalités et une grande précarité. Les critères retenus sont « le fait de vivre dans son propre logement et d’avoir un emploi ». Seulement 24 % des moins de 30 ans répondent à cette définition. Un lien peut être fait entre niveau de diplôme, emploi et autonomie. Selon les données extraites du recensement de 2011, seulement 21 % des jeunes sans diplôme avaient un travail, et 10 % également un logement.

Chez les diplômés du supérieur, 75 % avaient un travail en 2011, et 55 % cumulaient avec un logement. C’est donc un rapport de 5 entre les non-diplômés et les jeunes qui ont fréquenté avec succès l’enseignement supérieur. Il est à noter que c’est le même rapport de 5 qui existe entre les revenus des 10 % les plus pauvres, et ceux des 10 % les plus riches à La Réunion.

C’est donc une nouvelle illustration d’un système à bout de souffle. Il n’arrive pas à réduire les inégalités. Il les reproduit. Dès la sortie de l’école, cette injustice est donc clairement établie.

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Des disparités

Entre les femmes et les hommes, de fortes disparités existent. Seulement 37 % des jeunes Réunionnaises ont droit à un travail, contre 44 % pour les hommes. Pour le logement, les données sont très nettement inversées. 64 % des Réunionnaises de moins de 30 ans ont leur propre logement, contre 34 % des jeunes Réunionnais. Chez les hommes, l’accès au logement est lié à l’emploi explique l’INSEE.

« Pour les jeunes hommes, la stabilité de l’emploi est le critère le plus décisif pour accéder à un logement. Les plus précaires sont contraints de rester chez leurs parents. Ainsi 57 % des jeunes hommes en contrat à durée indéterminée ont leur propre logement contre seulement 39 % des jeunes en contrat à durée indéterminée et 28 % des jeunes en contrat précaire ».

Pour les jeunes femmes, la situation est différente.

« Même sans emploi, elles ont le plus souvent leur propre domicile que les hommes qui travaillent (60 % contre 49 %). Deux raisons contribuent à cet écart. D’une part, elles vivent deux fois plus souvent en couple avec un conjoint qui travaille (26 % contre 11 % des hommes), ce qui facilite l’accès à un logement indépendant. D’autre part, les femmes qui élèvent seules leur(s) enfant(s) peuvent bénéficier d’aides et accéder plus facilement à un logement. Entre 16 et 29 ans, 11 500 jeunes femmes sont mères de famille monoparentale, soit 13 % d’entre elles. Parmi ces jeunes mères célibataires, 86 % vivent dans un logement indépendant alors qu’elles ne sont que 20 % à travailler ».

Pour plus d’une jeune Réunionnaise sur dix, c’est donc une aide sociale qui donne des revenus suffisants pour quitter le domicile des parents. Cela montre que sans l’égalité sociale obtenue par le PCR, la situation serait encore plus difficile. Rappelons qu’il a fallu la démission de deux députés, Paul Vergès et Elie Hoarau, pour qu’enfin les Réunionnais aient droit dans les années 1990 à l’égalité sociale inscrite dans la loi du 19 mars 1946.

Le blocage

Ces différentes données illustrent bien un blocage. La pénurie d’emplois pèse en effet lourdement. Ces données datent de 2011. Depuis, le gouvernement arrivé au pouvoir en 2012 a mis en place des mesures pour faire reculer le chômage des jeunes. C’est ainsi qu’un employeur du secteur public ou une association peut embaucher un jeune en ne payant que 10 % du salaire net si c’est le SMIC, plus les cotisations sociales et patronales. Ce sont les emplois d’avenir. L’aide de l’État, 90 % du SMIC net, s’arrête au bout de trois ans. En 2014, 2.831 jeunes ont eu un travail grâce à ce type de contrat dans le secteur public et parapublic. Ils étaient 831 dans le secteur privé à avoir quitté le chômage par un emploi d’avenir, où la subvention de l’État se limite à 35 % d’un SMIC net.

Juste après l’élection présidentielle de 2017 se posera alors la question de l’intégration de ces jeunes. Le précédent des emplois jeunes rappelle que le gouvernement avait alors choisi d’arrêter son aide, ce qui a entraîné la mise au chômage progressive des milliers de jeunes qui avaient alors travaillé pendant 5 ans.

Pourquoi ne pas en débattre ?

C’est bien la preuve qu’une autre politique est nécessaire pour briser le cycle de la reproduction des inégalités. Cela impose donc d’autres mesures que le contrôle renforcé des chômeurs qui vise à manipuler les statistiques pour faire croire à une baisse du chômage.

Mais pour arriver à mettre en œuvre cette autre politique, un débat est nécessaire. D’ici six mois, une élection désignera le nouveau Conseil régional. Cette institution a la responsabilité de la planification économique. Elle a donc pour responsabilité de créer les conditions d’une activité économique créatrice d’emplois durables. Cela suppose des projets crédibles.

Il reste donc six mois aux médias pour corriger le tir et organiser des débats en lien avec les préoccupations de la population. Faute de quoi, les jeunes trouveront sans doute un autre moyen que les élections pour s’exprimer, ils l’ont déjà montré par le passé.


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