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La jeunesse prend son avenir en main

L’année de La Réunion : la mobilisation de la population et du COSPAR

Manuel Marchal / 30 décembre 2009

Le mois de mars a été marqué par de grandes manifestations de la population et du COSPAR. Elles ont débouché sur une baisse immédiate et sans condition des prix de la bouteille de gaz, des carburants, des loyers des logements sociaux. Puis un accord a été obtenu avec la grande distribution pour faire baisser les prix de 254 produits. Enfin, un accord salarial régional a permis la revalorisation des salaires de 50 euros. Depuis ce mouvement social, une partie des salariés a aussi droit à une prime de 100 euros par mois versée par l’État, c’est le RSTA. Mais cette mobilisation a donné une nouvelle dimension à la lutte de la jeunesse. Désormais, plus rien ne sera comme avant.

Lorsqu’au mois de novembre, une grande diversion est organisée pour protéger les pétroliers, les inspirateurs de cette manipulation sont loin de se douter que le mouvement social allait revenir largement amplifié à La Réunion.
C’est en effet en novembre 2008 que La Réunion lance les premières manifestations contre la crise. Face à la mobilisation d’un collectif de 25 associations pour la baisse de 20% des prix des carburants, des apprentis sorciers organisent le blocus de La Réunion pendant cinq jours pour tenter de détourner la colère de la population sur la Région. Des transporteurs sont donc mis à contribution pour « casser l’économie » selon un des meneurs de la diversion. Les inspirateurs de cette stratégie croyaient s’en tirer avec un accord qui prélevait 2,5 millions d’euros dans les caisses des collectivités au profit de quelques patrons : mauvaise prévision. C’est bientôt tout l’Outre-mer qui est concerné par un mouvement social d’une ampleur sans précédent depuis bien longtemps. La mobilisation est à la hauteur de la crise que traverse nos pays. Et rapidement, les revendications ne touchent plus seulement les prix des carburants, mais elles s’élargissent aux demandes de toutes les couches de la population.
Et tel un boomerang, le mouvement social revient à La Réunion mais le rapport de force a changé depuis novembre. Quelques camions ne suffirsent plus à boucher les yeux. Créé au mois de février, le COSPAR (Collectif des organisations syndicales, politiques et associatives de La Réunion) pose plusieurs revendications urgentes puis publie une plate-forme.
Le mouvement rassemble toutes les catégories de la population, des jeunes aux retraités en passant par les salariés.
Le 5 mars à Saint-Pierre et à Saint-Denis, les Réunionnais défilent par dizaines de milliers. Aussitôt s’engagent des négociations alors que la mobilisation ne faiblit pas. Les journées des 10 et 19 mars seront autant de succès qui pèseront sur les négociations. Ces dernières aboutissent tout d’abord à une baisse des prix de la bouteille de gaz et des carburants, puis à un gel des loyers au niveau de 2008, ensuite à une baisse des prix dans la grande distribution pour 254 produits, enfin par un accord salarial régional.
La mobilisation dans l’Outre-mer a aussi permis d’obtenir la mise en œuvre du RSTA, un complément de salaire de 100 euros mensuels, au prorata du temps de travail, versés par l’État aux travailleurs qui gagnent moins de 1,4 SMIC par mois, ainsi que l’application de mesures sociales destinées aux allocataires de minima sociaux.
Ces avancées offrent une bouffée d’oxygène au moment où le pays commence à voir la crise s’aggraver.
Il est à noter que la lutte du COSPAR a permis l’émergence du mouvement des jeunes. C’est d’ailleurs un des représentants des jeunes, Gilles Leperlier, qui avait la responsabilité le 5 mars de porter le message du COSPAR.
Neuf mois après ces grandes mobilisations, la jeunesse a maintenant pris clairement conscience de ses responsabilités.

M.M.


La prise de conscience

Gilles Leperlier a été un des acteurs du COSPAR. L’UNEF Réunion était en effet partie prenante du collectif, et revendiquait l’application de plusieurs mesures pour la jeunesse étudiante.
Le président de l’UNEF Réunion rappelle qu’au moment où commence l’histoire du COSPAR, la jeunesse est déjà mobilisée depuis plusieurs mois contre les réformes projetées dans l’enseignement supérieur et les lycées. Gilles Leperlier rappelle le blocage sans précédent de l’Université de La Réunion, et la mobilisation des enseignants-chercheurs.
La lutte solidaire avec la population et le COSPAR a fait franchir une étape, celle de la conscientisation. « C’est la jeunesse qui prend son avenir en main », rappelle Gilles Leperlier. « Le COSPAR a été le point de départ, il y a eu ensuite les États généraux, 1.000 projets, puis l’AJFER ». Lors du mouvement social du mois de mars, « cette jeunesse s’est battue pour son avenir », précise le président de l’UNEF Réunion, et « il était important que cela soit la jeunesse qui porte le message du COSPAR » quand il a fallu qu’un représentant du mouvement fasse état publiquement de la déclaration commune aux organisations qui ont donné vie au collectif.


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