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La justice en question

Témoignages.re / 16 novembre 2012

L’actualité judiciaire, « lourde » comme disent les médias, a une fois de plus ciblé Claude Hoarau, maire de Saint-Louis et dirigeant historique du Parti communiste réunionnais. En cause : la réintégration, en 2008, d’un fonctionnaire territorial, placardisé à la mairie de Saint-Louis après la victoire, en 2001, d’une droite qui ne faisait pas de cadeaux, un protocole électoral et une poignée d’embauches. Des faits, à l’évidence, presque anecdotiques en comparaison de l’ordinaire politico-judiciaire, qui mêle allègrement enrichissement personnel, histoire de mœurs et autres trafics d’influences, sans émouvoir outre mesure les bien-pensants.

Feu sur le social

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La passion animait pourtant le procureur, que n’arrêtaient ni l’invective ( « mafias », « parrains ») ni le mépris, (« maçons aux pieds nus »). Ressentiment, volonté d’humilier ont été exprimés ouvertement… Mais l’orientation politique des réquisitions apparaissait plus clairement encore : frapper un élu qui met les outils du pouvoir municipal au service d’une action sociale, dont la seule mention est insupportable aux partisans de l’austérité. Le reproche fut clairement énoncé : M. le maire, vous embauchez trop, vous titularisez trop. Le réquisitoire a très vite dérivé vers la politique menée par Claude Hoarau dans le domaine social. L’emploi ? « tarte à la crème », selon le Procureur de la République qui, non sans démagogie, rend les élus responsables du chômage. 35% de chômeurs à La Réunion, plus de 45% à Saint-Louis ? La crise de l’industrie ? La crise des domaines sucriers ? La grande transformation de la société réunionnaise et de Saint-Louis, passés en quelques années des terroirs et des usines à une économie de service qui a laissé sur le carreau les ouvriers, les planteurs, les artisans ? La démission de l’Etat ? Les monopoles ? Tout cela échappe au ministère public. Hier, celui-ci a clairement tenté de faire le parallèle entre Claude Hoarau, qui n’a jamais pris un centime d’argent public, et Cyrille Hamilcaro, mis en cause dans des affaires qui émargent à plusieurs millions d’euros. 

Contre l’ordre injuste

Sans doute parce qu’au fond, de telles choses atteignent moins le nouvel ordre économique qui s’installe. Celui-ci pense avant tout à répandre la précarité, la règle d’or, et à distinguer les « bons » et les « mauvais » pauvres. Ordre injuste, qui veut la prison pour les pauvres et l’impunité pour les gros poissons. Et pour lequel des politiques tels que Claude Hoarau, coupable de titulariser, de faire du logement social et d’utiliser le CCAS sont avant tout des obstacles à éliminer. Les magistrats, qui ne sont pas, eux, soumis directement au pouvoir d’Etat iront-ils dans ce sens ? Impossible d’en préjuger. Mais la question interpelle aussi le Parti en reconstruction. Il ne suffit plus, aujourd’hui, de dire « zistis makro ». Médiatisée, la machine judiciaire accomplit des ravages même lorsqu’elle ne condamne pas, même lorsqu’elle relaxe. Comment réagir ? N’est-il pas temps, avec tous les démocrates, en associant les nombreux progressistes des secteurs juridiques et judiciaires, de penser ensemble une réponse à ceux qui, après des années d’évolution de l’institution judiciaire, veulent la ramener au rôle de garde-chiourme de l’austérité ? 



Geoffroy Géraud Legros


Kanalreunion.com